Emprisonnement et liberté retrouvée

Deux années de liberté

Rétrospection d’un ex-tolard

Jean-Pierre Bellemare, ex. tolard   dossiers  PrisonCroissance personnelle

Réinsertion liberté prisonMon passé d’ex-tolard devient parfois insoutenable. Une bonne partie de mon entourage qui me perçoit comme une réussite flagrante de réhabilitation m’étouffe un peu.

Ce trop-plein d’éclairage complique ma progression vers mon rétablissement psychologique, car j’ai encore de la difficulté avec mon estime personnelle. Ingrédient essentiel pour de l’autosabotage. C’est pourquoi, je me dois de parfois tourner mes miroirs à l’envers, ainsi je respire mieux et la pression diminue un peu.

Cette fameuse pression ou tension reste sournoise parce que sans faire de bruit, elle rajoute du poids, des attentes et des espoirs. Je voudrais bien rendre heureux tout ce beau monde. Mais je reste un homme qui, avec ses faiblesses, doit reprendre un chemin rempli d’embuches.

J’entame ma deuxième année de liberté et il me reste encore beaucoup de fausses idées à déprogrammer. En commençant par l’amour, qui est peut-être le sujet le plus délicat et complexe à saisir.

Ayant été privé aussi longtemps de caresses charnelles, mon manque me fait parfois sentir comme un véritable vampire ou un vulgaire maringouin qu’on chasse d’une taloche dès qu’elle s’approche d’un peu trop près.

Je voudrais bien que les préliminaires soient plus simples, que les discussions ne soient pas remplies de sous-entendus, que les gestes prennent un sens clair. Je m’y perds si souvent que j’ai l’impression d’être un pur idiot.

Pour mes autres interactions avec mes collègues de travail ou amis, les choses se déroulent relativement bien. J’ai fait une demande d’augmentation de salaire à mon patron en bon et due forme avec de bonnes raisons.

R-E-F-U-S-É.

Je sais que je la mérite amplement. Cela me choque un peu. Je préfère quand même ma situation sociale et culturelle à celle de mon patron. Ses sourires, aussi rares que sa générosité, nourrissent sa cupidité qui le dévore de l’intérieur. Il donne l’impression de travailler si fort pour son malheur. Pourquoi irais-je lui compliquer un peu plus la tâche?

Il me fait sentir véritablement bien dans ma peau, et ça n’a pas de prix.

Vos commentaires sur Prison et liberté

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

    croissance personnelle développement personnel cheminement guide recueilAprès la pluie… Le beau temps. Recueil de textes à méditer. Chaque texte révèle un message, une émotion. Un même texte peut prendre un couleur différente selon notre état d’âme.

    Le livre, au coût de 9,95$ est disponible dans toutes bonnes librairies au Québec.

    Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
    Par Internet. Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4

    Autres livres de croissance personnelle et cheminement:

    Autres livres pouvant vous intéresser:

    Vos commentaires sur Prison et liberté

    Relativité du temps et système carcéral

    Chronique d’un prisonnier

    À la recherche du temps perdu

    La société d’aujourd’hui fonctionne sur un temps mesuré à la minute, à la seconde, à la nanoseconde. Ce n’est que depuis peu dans l’histoire humaine que nous disposons d’horloges suffisamment précises. Les fuseaux horaires ont été inventés au 19e siècle de manière à harmoniser les horaires des trains, puisque jusqu’alors, l’heure locale pouvait varier d’une ville à l’autre. Mais il demeure un endroit sur la Terre qui ne s’inscrit dans aucun fuseau horaire.

    Colin McGregor – prison de Cowansville, Dossier Chronique d’un prisonnier

    old-clock-prison pénitencier tole bagne système carcéralDans le grand désert central de la péninsule arabique, le ciel semble s’étendre à l’infini; les dunes demeurent les mêmes, où que vous alliez; il n’y a pas de saisons. Les Bédouins ajustent leur montre à chaque lever de soleil, ainsi que leur emploi du temps en accord avec les anciennes traditions du Coran. Qu’il soit midi, 14 heures ou 14 h 30 importe peu au pasteur nomade du désert.

    La prison ressemble beaucoup à cela, en ce sens que chaque jour ressemble à l’autre, dans le contexte d’un emprisonnement de longue durée. La même nourriture; les mêmes édifices; les mêmes visages. L’hiver ou l’été, les jours de semaine ou de fin de semaine… Vous vous réveillez dans la même couche à structure métallique, portez les mêmes vêtements, allez au même gymnase, à la même classe, à la même chapelle…

    brisbane-town-hall-clock-systeme carcéral pénitencier tole bagneDans ce milieu, des sirènes et des sonneries vous disent quand passer d’un lieu à l’autre. Mais les mois ressemblent à des jours et les jours à des semaines. Vous perdez la notion du temps à long terme. Les Bédouins d’Arabie peuvent au moins compter sur la lune pour marquer leurs mois, puisqu’ils utilisent un calendrier lunaire qui suit les phases de l’astre d’argent dans leurs ciels purs, sombres et étoilés. En prison, vous remarquez à peine la lune. La nuit, nous avons la télé.

    Une enseignante à l’école de la prison où je travaille me demande quand un de ses étudiants, dont j’étais le tuteur, avait quitté la prison. Je hausse les épaules. «Ça peut être l’hiver dernier ou il y a trois ans. J’ai perdu la notion du temps depuis bien des années», lui dis-je. «Moi aussi», murmure-t-elle en secouant la tête.

    pocket-watch-systems carcéral prison pénitencier prisonnierAprès quelque temps, vous cessez de penser à ce que vous portez et au lieu où vous vous trouvez. Vous vous habituez à tout cela. Lorsqu’il n’y a plus rien de nouveau à remarquer, la partie de votre cerveau qui enregistre les nouvelles informations visuelles se ferme. Il ne vous reste que vos propres pensées.

    C’est exactement l’état d’esprit que les moines, les penseurs, les ermites et ceux qui se consacrent aux techniques de méditation recherchent depuis des millénaires. Il y a 26 siècles, deux écoles de pensée ont vu le jour en Chine, qui était alors de loin la société la plus avancée de la planète; elles représentaient deux façons d’atteindre l’état d’esprit dont jouit chaque détenu de longue durée sous autorité fédérale.

    time-prisonnier systeme carcéral pénitencier prisonConfucius était un sage qui croyait à l’approche fédérale du système carcéral: porter les mêmes vêtements, manger la même nourriture, suivre une même routine quotidienne, écouter la même musique, s’exposer aux mêmes couleurs encore et encore… essayer de ne pas essayer. Rendu à un certain point, le monde extérieur disparaît. Il ne vous reste que l’enfant intérieur, le «moi» intuitif uni à l’univers. Confucius appelle cet état «chi». À l’âge de 70 ans, Confucius ne remarquait plus ce qu’il portait ou ce qu’il mangeait: il se sentait alors complètement libre. Il avait réalisé le «chi»: une vie où l’on ne forçait rien.

    Les taoïstes, à la suite de Lao-Tseu, parvenaient au même état d’esprit par une route différente: une absence totale de rigidité. «Soyez comme le bois non sculpté», écrivait Lao-Tseu dans son livre, le Tao Te King. Renoncez; menez une vie simple; lâchez prise; consacrez-vous à quelque chose de plus grand que vous. Vers la fin de sa vie, Confucius fut accosté par un groupe de taoïstes qui lui apparut comme que de sales hippies. Aujourd’hui, la société chinoise vit avec les 2 écoles de pensées: elle suit les principes confucéens, tandis que les écrits de Lao-Tseu sont de grands succès en librairie.

    J’ai essayé de convaincre un autre détenu, hier, de la chance que nous avions d’être en prison et d’à quel point nous étions près du «chi». À la fin, je n’ai pu le convaincre que d’une chose, et c’est de ne pas me tabasser.

    Vos commentaires sur Relativité du temps et système carcéral.

    autres textes de Chroniques d’un prisonnier

    Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous  par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

    Merci de votre soutien.

    Soutenez le Café-Graffiti, affichez vos couleurs!

    t-shirt-cafe-graffiti-t-shirt-personnalise-votre-logoVotre T-shirt Café-Graffiti pour seulement 9,95$. Disponible en bleu, rouge, noir, rose, vert ou blanc. Ou encore votre Sweat-shirt disponible en gris, noir, rouge ou rose pour 29,95$.

    Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
    Par Internet.

    Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4

    Pour votre T-shirt promotionnel avec votre logo: Café-Graffiti: (514) 259-6900.

    Vos commentaires sur Relativité du temps et système carcéral.

    Après l’emprisonnement… la liberté?

    Choisir ses barreaux

    La progression

    Jean-Pierre Bellemare   Dossier Prison

    Totalement libre depuis maintenant un an, je me permets de faire un léger bilan sur cette trajectoire remplie de surprises incroyables. Pour commencer, en définissant notre liberté, celle qui s’arrête là où celle des autres commence, ne m’apparaît pas un concept pas facilement assimilable pour tout le monde.

    Un vieil ami, Roger Gamache, avait cette maxime: la liberté est le pouvoir de choisir ses propres barreaux. Mon Dieu que cette phrase m’avait choqué… on n’était et on ne serait jamais libre finalement.

    Bilan d’une nouvelle liberté

    Donc où en suis-je aujourd’hui? Autant je pouvais disposer de temps libre en étant incarcéré, autant j’en manque en étant libre! Sacré constat, que la recette du succès, s’il en existe une. D’abord s’oublier. Car chaque arrêt pour se plaindre, critiquer, juger ou même condamner sont de véritables freins à notre propre progression. Il y a des gens et des situations que j’aurais voulu changer. Mais cela ne m’appartient pas. Je ne peux pas changer le monde. Mais je peux changer ma façon de le percevoir. C’est plus facile ainsi et plus réaliste aussi.

    Un an plus tard, j’ai encore le même emploi que j’affectionne. Il me permet de socialiser avec toutes les classes de la société. J’apprends constamment à découvrir leur idéologie, leurs préoccupations, leurs angoisses et leurs petits tracas qui me font, je l’avoue, parfois sourciller. Comment les gens oublient leur façon de faire en pointant celles des autres. C’est connu : lorsque l’on pointe quelqu’un du doigt, il en reste quatre dirigés vers nous. Les gens aiment bien voir et analyser les choses qui vont toujours dans la même direction. C’est la même chose pour moi. Je ne suis pas plus fin qu’un autre. Lorsqu’une personne m’irrite, je trouve tout ce qu’il faut pour la condamner sans préliminaires.

    Mes plus grandes difficultés ne sont jamais venues des autres, mais bien de moi-même. Des objectifs parfois très farfelus que je me fixais. Des attentes inaccessibles. Un emploi à 100 000$. Miss Univers à la porte. Et surtout, aucun sacrifice sur quoi que ce soit pour atteindre tout cela.

    Famille et cancer

    On m’avait tellement arraché ce que je possédais, que je ne voulais plus rien laisser aux autres. Triste constat. Mais la vie ne fonctionne pas ainsi. Sortir de prison, avoir perdu toute ta famille ou même d’avoir survécu à un cancer ne te rend pas la vie moins facile. Toutes les dévotions aux saints, aux études ou même à une cause généreuse ne t’octroient pas de passe-droit. Aussi plate que cela puisse sonner.

    Arrêter la drogue, la boisson, le jeu, avec les efforts que cela exige ne fait pas en sorte que tu auras la partie plus facile que les autres qui n’ont pas souffert comme toi. Nous avons la fâcheuse habitude, en commençant par moi-même, de croire qu’après un certain nombre de sacrifices, les choses doivent se régler. NON, ce n’est pas nous qui avons le dernier mot. J’ai compris qu’il faut se relever les manches. En pensant que certains, peut-être moins privilégiés que nous, n’aurons jamais de répit jusqu’à leur mort.

    Voilà ce que j’ai compris après un an de travail acharné, d’efforts, et d’oubli de soi. Rien n’est encore fini et tout reste à faire. Mais si un homme averti en vaut deux, combien d’hommes vaut celui qui avertit les autres ?

    VOS COMMENTAIRES SUR La liberté après un emprisonnement

    Autres textes sur Prison

    couverture-love-in-3 d l'amour en 3 dimensions colin mcgregor

    LOVE in 3 D, L’Amour en 3 Dimensions

    Colin McGregor est un prisonnier de Cowansville. Depuis plus de 3 ans, ce journaliste anglophone tient une chronique régulière dans le magazine Reflet de Société. Une chronique très appréciée par sa façon originale de nous conter une histoire carcérale et les anecdotes du système pénitencier.

    Colin et moi avons vécu une expérience fort intéressante. J’ai publié un roman humoristique L’Amour en 3 Dimensions. Une histoire pour dédramatiser les événements qui nous ont bouleversés. L’histoire est une source d’inspiration pour découvrir, d’une façon attrayante et amusante, une nouvelle relation avec soi-même et son environnement.

    Colin a traduit en anglais cette histoire qui peut être lu autant pour le plaisir que pour un cheminement personnel. Pour commander L’amour en 3 DimensionsLove in 3D, journal@journaldelarue.ca, (514) 256-9000. 19,95$.

    Autres livres pouvant vous intéresser:

    Biographie de l’auteur.

    VOS COMMENTAIRES SUR La liberté après un emprisonnement

    Prison: la famille autochtone de Mistassini

    Loin de chez soi

    Colin McGregor, prison de Cowansville. Dossiers PrisonAutochtones

    prison-systeme-carceral-prisonnier-penitencier-cowansvilleNous nous tenons à l’entrée des blocs cellulaires, mon jeune ami et moi. La récréation vient juste de commencer ; les gens nous bousculent en passant.

    B* a 22 ans, il est grand, calme et il apprend à lire. Mais aujourd’hui, nous ne lisons pas. Son attention est centrée sur une pile de photos qu’il tient à la main. Il me les montre, une à la fois.

    «Le voici», me dit-il. «Mon fils.» Penché de façon précaire sur une table, un enfant de deux ans danse, pendant que ses yeux brun clair regardent directement l’appareil photo. Devant le garçon à la tête ronde, on voit un très grand gâteau. On peut lire, écrit en glaçage: «(le nom du garçon) marche». Sur le gâteau, on a posé un tipi et une épinette, les deux faits de sucre.

    B* arbore le large sourire que partagent tous les pères. «C’est mon fils», dit-il.

    enfant-prison indiens mistassini autochtones pénitencierIl m’explique que seuls les Cris de Mistassini procèdent à cette cérémonie avec leurs fils, aussitôt qu’ils peuvent marcher. Le voisinage se rassemble pour fêter l’occasion. On élève une tente dans laquelle toute la famille prend place. On sort le garçon de la tente pour le faire marcher sur un lit d’aiguilles de pin. C’est là toute la cérémonie. Après vient le gâteau. Dans la photo que je regarde, un garçon souffrant d’embonpoint, deux fois plus gros que le fils de B*, se tient à côté du gâteau qu’il dévore des yeux. En arrière, on voit de grands bungalows en bois et une allée boueuse.

    Il y a toujours quelques jeunes Cris de Mistassini, ici; ils sont fiers, polis et réservés. Leur ville est perchée sur le bord du plus grand lac du Québec, et entourée par des épinettes noires et chevelues (leurs branches sont couvertes par une sorte de lichen). Notre prison en Montérégie est bien éloignée de cette communauté: onze heures de route. B* ne verra pas son fils avant de sortir de prison.

    Comme la plupart des Cris de Mistassini qui se trouvent ici, B* purge une peine pour une des choses idiotes que font les jeunes hommes ivres un samedi soir, dans une ville pleine de fusils. Lorsque B* quittera le système carcéral pour retourner chez lui, il n’aura pas besoin de quêter. Là où le ciel nordique sans fin touche les rives du grand lac, les rues sont pavées d’or: à cause de l’uranium, des diamants, de la pêche et de l’argent de l’entente de la Baie-James. Des maisons de briques comme on pourrait en voir à Outremont. Une communauté où règnent la solidarité et le pardon.

    Une grande affiche sur le mur de la salle de rédaction du Washington Post affirme ceci: «L’argent est la réponse à toutes vos questions». Mais parfois, ce n’est pas vrai. Les écoles françaises et anglaises de Mistassini sont incroyablement bien équipées; et pourtant, au cours des 4 dernières années, seulement 2 étudiants ont réussi leurs études. Et c’était des femmes au commencement de la vingtaine. Dès le début du secondaire, les enfants respirent de la colle et de l’essence dans les bois derrière l’école. Les enseignants appellent les parents. Les parents se souviennent des brutalités des pensionnats autochtones de leur enfance. Et rien n’est fait. Ceux qui veulent étudier ne peuvent se réfugier nulle part: la plus proche bibliothèque publique se trouve à Chibougamau, à 89 kilomètres de là. Une fois rendus en prison, loin des tentations, les jeunes hommes de Mistassini commencent à se concentrer. Ils apprennent les mathématiques, ils apprennent à lire et à écrire, en anglais, en français et parfois même dans leur langue natale, le cri.

    De leur côté, les Inuits des prisons du Sud viennent de 14 villages disséminés le long de la côte, comme les perles sur un collier de plusieurs centaines de kilomètres. Chaque village parle son propre dialecte inuktitut. Pendant les longs voyages de chasse qui peuvent durer des semaines, les Inuits apprennent les langues des villages voisins. L’anglais représente probablement leur quatrième ou cinquième langue; et les verbes français avoir et être leur sont étrangers. Qu’on le veuille ou non, le Grand Nord est un monde anglophone.

    Des enseignants et des conseillers de la prison, des tuteurs volontaires de l’extérieur et même des «bagnards» négligés participent à l’éducation des Autochtones. Il y a des programmes fédéraux et des lieux spécifiques réservés aux Autochtones en prison. À l’intérieur des limites municipales de Cowansville se trouve la ferme de Paul Martin, qui fut jadis le premier ministre canadien. Il dirige une fondation qui se consacre à l’éducation autochtone et subventionne le Conseil de l’alphabétisation de Yamaska, le groupe de volontaires qui soutiennent les prisonniers autochtones dans leur apprentissage. Par le biais de ce Conseil, la Fondation de M. Martin paye pour beaucoup de nos livres d’alphabétisation.

    Dans son autobiographie, M. Martin décrit la vallée idyllique dans laquelle il vit, avec les moutons qui paissent dans les prés verts. À l’intérieur de nos blocs cellulaires de béton gris, tout près de là, on ne peut qu’imaginer cette vallée. De temps en temps, un tuteur de la région, venu de Bromont, s’assoit dans la chapelle de la prison avec B*.

    Ensemble, ils se penchent sur des histoires illustrées de raquettes et de mocassins dans un livre payé par l’ancien premier ministre. La vie peut être étrange.

    Dans le corridor du bloc cellulaire, B* me montre une autre photo de son fils. Le garçon émerge d’une tente remplie de parents. Il est soutenu par le frère de la mère.

    «Si j’étais là», me dit B* en souriant tristement, «c’est moi qui l’aiderais à marcher. Le garçon me ressemble, hein?»

    Le garçon regarde encore une fois directement vers l’appareil photo, et avec beaucoup de force pour un enfant de deux ans. Je regarde ses yeux. Je vois B*.

    VOS COMMENTAIRES SUR Famille autochtone de Mistassini et la prison

    Autres textes sur Autochtone

    fanny aishaa muraliste peuple autochtone première nation Trois mots peuvent décrire le cheminement artistique de la muraliste Fanny Aïshaa: Unité, biodiversité et diversité des peuples.

    Visitez la boutique de Fanny Aïshaa. Fanny y présente des reproductions de quelques-unes de ses oeuvres. Que ce soit avec une affiche 8.5 » X 11 » à 5$, une carte de voeux à 4$, un T-Shirt à 20$ ou encore un Sweat-Shirt à 40$, les reproductions de Fanny sont une façon originale de la soutenir dans ses différents projets de création avec les peuples autochtones tout en ayant une partie de son oeuvre chez vous.

    Autres artistes de la boutique des Éditions TNT:

    Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

    VOS COMMENTAIRES SUR Famille autochtone de Mistassini et la prison

    La fin d’une incarcération!

    Retour à la vie « normale »

    Suis-je vraiment libre?

    Jean-Pierre Bellemare      Dossier Prison

    LIBERATION prisonnier pénitencier prison système carcéralCela ne fait pas encore un an que je suis totalement libre et pourtant je me considère comme extrêmement privilégié par la vie. Est-ce le fait d’avoir été privé de tout pendant autant de temps, qui me permet de m’émerveiller plus facilement?

    Je redécouvre la société québécoise avec un regard meurtri de souvenirs carcéraux. Vingt-six ans de pénitencier! Ce fut long, très long, immensément long, incommensurablement long pour une personne.

    Libération conditionnelle

    J’ai eu à quêter à plusieurs reprises une libération conditionnelle. Lorsque je me suis retrouvé devant ces individus, une question massue vint fracasser mon assurance. Pas ce que j’avais changé. Pas comment je règlerais mes problèmes à l’avenir. Pas mon abstinence aux drogues ou à l’alcool. Même pas de questions reliées aux programmes suivis. Non. Quelle place prenait la spiritualité dans mon incarcération après plus de vingt ans passés derrière les barreaux?

    Des larmes lourdes et beaucoup trop précieuses pour être exposées s’exhibèrent alors dans toute leur splendeur. Des sanglots, que je ne me connaissais pas, apportaient malgré moi une touche de sensiblerie que j’avais réservées aux miens, à ceux qui comptent dans ma vie. À ce moment-là, je réalisais tout ce qu’il m’avait fallu pour traverser tant de fourberie, d’hypocrisie et de violence.

    Les bénévoles de la prison

    prison-systeme-carceral-prisonnier-penitencier-cowansvilleSans l’aide de ceux qui viennent en prison pour transmettre leur amour de Dieu, j’aurais coulé au fond du lac, comme un vulgaire caillou qu’on pousse du pied lorsqu’on s’ennuie. Ce Dieu qu’on m’a offert par dévotion avait la saveur d’un chocolat chaud savouré durant la tempête.

    Tout cela est maintenant derrière moi, malgré que survienne parfois de petites crises d’angoisse. Pour pallier, je fréquente la messe à tous les dimanches, accompagné par des bénévoles anglophones que j’ai rencontrés à la prison de Cowansville. Ils se montrent toujours aussi soucieux de ma personne, de mon rétablissement, et leurs yeux pleins de Dieu pansent encore des plaies qui guérissent plus lentement. Voilà Dieu dans sa plus belle expression: des hommes et des femmes qui au lieu de prêcher donnent, visitent, écoutent et aiment avec une bienveillance sans borne.

    Soutien et sécurité

    Peace_dove paix journée internationaleCes gens représentent un environnement sécurisant, accueillant et spirituellement apaisant. Ils ont joué un rôle très important dans ma réinsertion. Des croyants qui, malgré plusieurs déceptions, persistent à croire. Moi qui n’ai pas le pardon facile, j’en prends pour mon rhume avec eux. Ils sont de véritables exemples de dévotion qui en jetteraient plus d’un par terre. S’ils savaient tout le bien qu’ils accomplissent!

    Ces personnes contribuent significativement aux rétablissements de brebis égarées. Ils ont choisi de consacrer une partie de leur vie à ramener sur le droit chemin ceux qui avaient perdu la foi. Pourtant, par leur dévotion désintéressée, ils accomplissent de petits miracles qui méritent sérieusement notre attention. Et je crois fermement faire partie de leur réussite.

    Spiritualité et prison

    En me comparant à ceux qui ont passé par les mêmes ruelles (cellules) que moi, je sais que je devrais normalement être en train de m’injecter une dose d’héroïne, histoire de rendre supportable une souffrance galopante. Ou pire encore, penser à tuer quelqu’un parce qu’il a osé me manquer de respect. Voilà à quoi ressemblent ceux que j’ai côtoyés, mais qui ont rarement fréquenté la chapelle.

    Pour la majorité des prisonniers, la chapelle n’est pratiquement jamais considérée comme un investissement positif ou constructif. Ils évitent d’aller y perdre leur temps.

    Un nouveau travail

    J’ai maintenant un travail stable, l’entretien d’un énorme édifice résidentiel et commercial. Étrangement, je me suis familiarisé très rapidement avec cette population de 600 personnes. Des caméras partout ainsi que des portes à n’en plus finir: cela ressemble à bien des points de vue au pénitencier Leclerc, mais en plus luxueux.

    Il est vrai que dans le cas présent, c’est moi qui porte les clés, ce qui procure une impression un peu grisante. La perte de trois précédents emplois, malgré des efforts soutenus ainsi que des sacrifices consentis, m’a demandé beaucoup d’énergie, au point de remettre en question ma détermination.

    Puis après réflexion, je crois que ces mises à pied m’ont simplement préparé à mon emploi actuel. J’avoue que ces pertes d’emplois pour des motifs nébuleux (identification d’un casier judiciaire) m’ont sérieusement découragé. Je reste un homme fragile avec des limites peut-être pas aussi élastiques que les experts de la criminologie prétendent.

    Le commandant Piché

    Notre fameux héros national, le commandant Piché, qui s’investit à faciliter l’embauche d’ex-prisonniers, sait à quel point il peut-être difficile de se trouver un emploi avec un lourd passé judiciaire. J’en profite pour lever mon chapeau à cet homme qui a su s’élever au rang de gentleman en poursuivant une croisade digne d’un chevalier. Choisir une cause aussi louable et d’aussi mauvaise presse nécessite une audace hors du commun.

    Beaucoup de choses m’échappent depuis mon retour dans ce monde libre. Tout cela pour vous dire que je suis véritablement choyé par ces gens qui m’entourent. J’y vois le visage de Dieu qu’on blasphème constamment. Ma spiritualité a transformé le poison que j’étais en une sorte de vaccin.

    VOS COMMENTAIRES SUR La fin d’une incarcération!

    Autres textes sur Prison

    Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous  par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

    Merci de votre soutien.

    Après la pluie… Le beau temps

    apres-la-pluie-le-beau-temps-recueil-de-textes-a-mediter-croissance-personnelleRecueil de textes à méditer. Chaque texte révèle un message, une émotion. Un même texte peut prendre un couleur différente selon notre état d’âme.

    Le livre est disponible au coût de 9,95$.

    Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
    Par Internet: http://www.editionstnt.com/livres.html
    Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

    Autres livres pouvant vous intéresser:

    VOS COMMENTAIRES SUR La fin d’une incarcération!

    Témoignage d’un prisonnier

    Livre de Colin McGregor LOVE in 3D

    Présentation en français de LOVE in 3D

    Témoignage d’un prisonnier

    Colin McGregor, prison de Cowansville Dossier Chronique du prisonnier

    chronique-prisonnier-prison-cowansville-systeme-carceral On me fournit la copie d’un Tempo récent, la publication mensuelle du Lac Brome, une ville située à quelques kilomètres de la prison de Cowansville. J’y suis détenu depuis 23 ans. Ce genre de publication n’est généralement pas disponible pour nous, résidents de l’établissement pénitencier. Lire Tempo en prison est un exercice d’absurdité existentielle.

    J’étudie les articles et, en particulier, les publicités. Elles me révèlent un monde à ma porte, au sujet duquel je ne peux que fantasmer. Je suis invité à acheter tout un assortiment de lampes antiques à West Bolton, peu importe où ça peut bien être. De «bonne humeur», un club à Bondville veut m’enseigner l’espagnol. Des vétérinaires s’affrontent pour avoir l’honneur de prendre soin de mes chats malades. Lac Brome croit que je devrais aider à assumer les coûts de ses ambulances. Et il y a ces maisons, ces chalets et ces propriétés pittoresques dans lesquels je peux immédiatement emménager. Le tout étant vendu par des photos passeport ornées de visages rayonnants juste un peu trop voraces.

    Je mets de côté mon Tempo. D’où je suis assis, je ne peux rien voir de ce monde. J’ai de vagues souvenirs de visites furtives dans cette région lorsque j’étais à l’université McGill, mais c’était il y a une éternité. Cela semble trop beau pour être vrai. Ce monde existe-t-il vraiment?

    Quelques instants plus tard, j’explore mon minuscule univers. C’est une journée d’octobre brillamment ensoleillée et particulièrement chaude pour la saison. Je marche le long de la piste qui borde notre petite cour. Je vois les mêmes objets qui m’ont salué depuis des années: tours de garde et fils barbelés; clôtures électrifiées; une route étroite juste derrière les clôtures; et, sur cette route, des camionnettes policières modernes arpentant l’asphalte à la vitesse d’un escargot, leurs fenêtres teintées cachant des agents correctionnels portant des fusils chargés, prêts à faire feu.

    À peine visibles, au-delà des grands arbres qui encerclent la route, on peut distinguer des collines élyséennes baignées d’un déversement de couleurs automnales. Rien d’autre provenant du monde extérieur ne m’est perceptible. Nous pouvons entendre les bruits d’une autoroute à proximité et l’occasionnel grondement sourd d’un train, mais c’est tout. J’imagine qu’en-dessous et tout autour de la canopée multicolore recouvrant ces collines existent des maisons et des fermes, des bateaux et des routes, peut-être même de pittoresques petites auberges de campagne où les touristes passent des fins de semaine agréables et tranquilles, aussi peu conscients de notre existence que nous de la leur en train de profiter d’une promenade dans les bois ou d’une bonne fondue au souper.

    Mais les seuls signes de vie que je peux réellement voir au-delà de mon domaine exigu sont ces infatigables camionnettes bleu foncé complétant lentement, inexorablement leur ronde. Ces endroits décrits dans le Tempo, doivent exister. Le Tempo ne mentirait pas. Mais ce n’est qu’une hypothèse: pour le moment, de tels signes d’humanité ne sont que rêves dans mon esprit – comme s’ils avaient déjà été les rêves d’architectes et d’urbanistes et de colons et de fermiers et d’entrepreneurs, des rêves menés à maturité grâce au labeur et à l’ingéniosité. Tout commence à l’état de rêve. Et dans mes pensées, tout demeure exactement dans cet état.

    Retour en cellule

    Je retourne à la grise et terne cellule que j’appelle ma maison. Dans mon espace de 2 mètres sur 3, et feuillette à nouveau mon Tempo: 2,3 acres de terres à vendre à quelques kilomètres d’ici, seulement 449 000$, l’endroit idéal! Je peux faire graver ma souris d’ordinateur de façon personnalisée à Knowlton. Steven émondera mes arbres pour un prix indéterminé. Un homme possédant un marteau hydraulique me souhaite une heureuse Action de Grâces. Quelqu’un ressemblant à Fish dans Barney Miller [NDLR: une comédie policière américaine des années 1980] construira un nouveau centre communautaire à la condition que je l’élise maire. Et il y a tant de lieux ravissants où je peux manger et même faire l’épicerie (même si je ne suis pas certain que l’IGA de Knowlton apprécierait la chasse à l’homme nationale qui s’ensuivrait si je me pointais pour acheter une tête de laitue).

    À quelques mètres de moi, un homme en uniforme presse en silence un bouton à l’intérieur de son enclos de plexiglas. La porte de ma cellule glisse en position fermée. Avec le frottement froid et sourd du métal contre le métal, je suis enfermé pour la soirée. Mon monde devient concentré sur la minuscule télévision lumineuse à l’extrémité de mon bureau.

    Et alors, je réalise. Oui, ce monde doit exister. Les gardes doivent dormir quelque part. Et je rappelle à ma mémoire un point de référence. Un après-midi, pendant que nous étions enfermés dans nos cellules – une fouille visant à trouver du moonshine brew [alcool artisanal] si je me souviens bien –, le météorologue vétéran de la télévision locale Don McGowan m’a mené à travers le secteur dans le cadre de l’un de ses célèbres carnets de voyages. Il m’a montré des collines et des tavernes et un monastère habité par des hommes sérieux vivant en silence et fabriquant du fromage, ou quelque chose du genre. Il a visité un théâtre de langue anglaise nommé d’après le lieu où l’on garde les porcs – sans dout  un pied-de-nez aux francophones du coin – suivi d’un énième message publicitaire – les gens du coin sont-ils donc tous des ivrognes? Il m’a emmené dans les rues de la ville de Magog, le seul endroit de la planète portant le même nom que la mythique origine de tout mal selon la Bible – une simple coïncidence, je suppose, puisqu’il s’agit d’un terme autochtone local. Il a négligé de mentionner la prison: une omission compréhensible. Nous sommes bien cachés. Sans doute parlera-t-il de nous lors d’un voyage de retour. Je sais maintenant que ces endroits dont le Tempo fait mention sont tangibles. Don McGowan ne mentirait probablement pas. Cogito Brome est, ergo est.  [Je pense que Brome existe, donc elle existe]

    Je me dis en mon for intérieur que je suis au mauvais endroit. J’appartiens à la réalité nouvellement découverte du Tempo.  Ces gens sont mes semblables. Ces agréables individus dans la publicité qui veulent héberger et pomponner mon animal, le comprendraient sans doute? Mais personne ne se soucie que je sois en prison ou pas. Je regarde le ciel bleu pâle et les blocs de parpaing qui m’emmurent. Ceci est ma place. Mes yeux dérivent jusqu’aux tuiles d’un blanc cassé maculé de taches sous mon lit de camp de prisonnier. Tu es à la maison, me dis-je, ceci est ton monde. La boutique cadeau The Lyon and the Walrus pourrait aussi bien être sur la lune en train de se sauver avec le repas et la «runcible spoon» [NDLR: l’auteur fait allusion à un poème célèbre d’Edward Lear, The Owl and the Pussycat], vu l’impact négligeable qu’elle a sur ma vaine existence. Washington, Tokyo, Brome et Mars sont toutes à la même distance les unes des autres. À l’exception près que, la nuit, je peux voir Mars: d’un rouge brillant, plus proche qu’elle ne l’a été depuis des milliers d’années, effrayant les psychotiques qui errent à l’intérieur des murs de la prison en se demandant quand cette soucoupe volante en flammes viendra s’écraser au sol.

    Ceci est l’enfer, dit Méphistophélès à Faust, tu y es.

    Je m’endors, mon sens de l’injustice et ma conscience de l’absurdité également satisfaits, tandis que je regarde ce merveilleux documentaire sur le monde sous-marin qu’est Bob l’éponge [Une série en dessins animés basée sur les aventures de Bob, une éponge de mer peu fûtée].

    VOS COMMENTAIRES SUR CE TÉMOIGNAGE D’UN PRISONNIER.

    autres textes de Chroniques d’un prisonnier

    Illustrations Renart L’Éveillé.

    PUBLICITÉ

    reflet-de-societe-magazine-drogue-prostitution-suicide-alcool-gang-de-rue-gambling Internet-o-thon pour soutenir le magazine communautaire Reflet de Société édité par le Journal de la Rue. C’est le temps de vous abonner pour montrer votre soutien à votre revue sur l’actualité communautaire et sociale. Toute contribution supplémentaire pour soutenir notre cause est la bienvenue.

    Par téléphone: (514) 256-9000, ext.: 1-877-256-9009
    Par Internet: http://www.refletdesociete.com/Abonnement.html
    Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

    Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

    Et si Jean-Pierre Bellemare faisait la loi?

    Livre de Colin McGregor LOVE in 3D

    Présentation en français de LOVE in 3D

    La chronique du prisonnier

    Et si Jean-Pierre Bellemare faisait la loi?

     

    C’est si facile de critiquer le système judiciaire. Pourrais-je plutôt trouver des moyens de corriger cette «machine»? Ayant vécu de très longues années en détention, je suis en mesure d’évaluer l’efficacité des politiques en place, du moins à mon échelle. Afin de proposer mes solutions, je chausse, le temps d’une chronique, les souliers du ministre de la Justice.

    Jean-Pierre Bellemare
    justice canadienne prisonniers

    L’auteur de ce texte est détenu depuis 22 ans à la prison de Cowansville et signe depuis 2 ans la Chronique du prisonnier dans la revue Reflet de Société.

    Durant mon «mandat», toutes mes décisions seront guidées par l’équité. Le système judiciaire est très mal perçu par la population carcérale. Les détenus  constatent les iniquités flagrantes de son fonctionnement. Les plus riches s’en tirent habituellement à bien meilleur compte, ce qui engendre un mépris vis-à-vis tout ce qui concerne la justice. Comment faire pour améliorer ce système considéré si mauvais?

    Je débuterais par la rémunération des avocats: tous au même salaire, afin d’éviter que seuls les accusés les plus riches aient accès aux meilleurs. Ensuite, les avocats devraient alterner leurs rôles, soit une année à la défense, puis une à la poursuite. Cette double pratique élargirait leur compréhension des impacts de leurs décisions. La pratique actuelle ne leur fournit qu’un côté de la médaille.

    Les forces de l’ordre sont aussi dirigées selon deux approches opposées, l’une répressive et l’autre préventive. Ces deux aspects du métier devraient plutôt être complémentaires. Les policiers, et cela s’appliquerait aussi aux avocats, devraient expérimenter la prévention dans les quartiers défavorisés. La répression serait, quant à elle, utilisée contre une criminalité plus professionnelle. Il faudrait aussi que les agents ne soient pas cantonnés dans un même secteur, afin d’élargir leurs horizons, par exemple, en les déplaçant annuellement d’un quartier riche vers un quartier pauvre. Cette manière de faire devrait prévenir, chez certains policiers, le laxisme, la familiarité et l’indifférence envers les plus démunis. Je leur donnerais de plus le pouvoir de régler, par des constats à l’amiable, la petite criminalité: vol à l’étalage, bagarre, consommation de drogues, etc.

    Des libérations trop conditionnelles

    J’abolirais ensuite la Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC). Cet organisme qui se doit d’être impartial et transparent n’arrive pas à remplir adéquatement son mandat. La CNLC est devenue un instrument de chantage et de malversations. Le fait que les fonctionnaires y soient nommés par le gouvernement pour des motivations politiques en démontre le favoritisme. Si, comme le prétend le gouvernement, la sécurité du public était une priorité, la sélection des commissaires serait réservée uniquement à des experts en la matière. Les pénitenciers possèdent des équipes de gestion de cas capables de s’en occuper.

    En dernier lieu, lors d’un procès, si un témoin de la défense est en conflit d’intérêt, son témoignage serait rejeté. Des criminels pris les culottes à terre sont régulièrement contraints de témoigner contre leurs confrères, parfois en échange d’une rémunération ou d’une réduction de peine. Leur version des faits sera tout de même reçue par la cour. L’iniquité envers l’accusé dans ces cas est incroyable. Tout le monde devrait être traité sur un pied d’égalité devant la loi.

    Les corps policiers reçoivent un budget imposant pour la formation de leurs membres et l’achat d’équipements très sophistiqués. Pourquoi donc s’en remettre presque toujours au témoignage d’un délateur? La facilité pour les policiers de faire condamner un suspect grâce aux délateurs les encourage à réduire leurs efforts et à s’abstenir d’améliorer leurs méthodes d’enquêtes.

    [NDLR: Dans ce texte, le ministre Bellemare a sauté plusieurs fois la clôture séparant les compétences des gouvernements fédéral et provincial. Mais, tout comme nous nous permettons d’imaginer Jean-Pierre ministre de la Justice, nous lui avons permis de remplir son mandat dans un monde sans conflits de juridiction entre les différents ordres de gouvernement.]

    autres textes de Chroniques d’un prisonnier

    Illustration: Louise Pianetti-Voarick

    Reflet de Société, Vol 18, No. 1, Septembre/Octobre 2009, p. 8

    VOS COMMENTAIRES SUR JEAN-PIERRE BELLEMARE ET LE SYSTÈME JUDICIAIRE

    PUBLICITÉ

    T-Shirt promotionnel disponible avec votre logo

    tshirt-cafe-graffiti-t-shirt-personnalise-votre-logo Soutenez le Café-Graffiti, affichez vos couleurs.

    Votre T-shirt Café-Graffiti pour seulement 9,95$. Disponible en rouge, noir ou blanc.

    Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
    Par Internet: http://www.editionstnt.com/T-shirts-promotionnels-et-personnalise.html
    Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4

    Pour votre T-shirt promotionnel avec votre logo: Café-Graffiti: (514) 259-6900

    Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

     

    Chronique du prisonnier Abonnes aux barreaux

    Livre de Colin McGregor LOVE in 3D

    Présentation en français de LOVE in 3D

    Chronique du prisonnier

    Abonnés aux barreaux

    Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville     DOSSIER REFLET DE SOCIETE ET CHRONIQUE DU PRISONNIER

    Pourquoi un homme comme-t-il un second crime après une condamnation? La détention n’a-t-elle pas été dissuasive?

    Dans le système judiciaire, on qualifie sarcastiquement les récidivistes d’abonnés, de revenants ou de réguliers. Cette catégorie de détenus est principalement composée d’hommes ayant des problèmes à répétition qu’il s’agisse de violence conjugale, de conduite avec facultés affaiblies, de vol à l’étalage ou de vagabondage. Ils ont tous un point commun: un sévère problème de dépendance. Leur lieu de rassemblement est le Palais de justice et leur cri de ralliement ressemble à celui d’un animal blessé, perdu.

    Les drogués sont les plus nombreux. À peine sortis de prison, ils partent en chasse armés de leur désespoir pour trouver n’importe quelle drogue qui pourra arrêter momentanément leurs angoisses. Ils sont à risque de revenir rapidement derrière les barreaux. Le manque les pousse à commettre un délit sans préparation.

    Ce n’est pas une recherche de plaisir qui les motive, mais le mal dans leur corps qu’ils tentent de combattre. Pour eux, la récidive est aussi certaine que la venue du soleil après la pluie. Ils sont aux prises avec un problème si fort que la peur d’une seconde détention leur semble superflue en comparaison. Le cercle vicieux se perpétue durant des années, tant et aussi longtemps qu’un évènement spectaculaire ne vienne renverser ces hommes comme un décès, un traumatisme, l’atteinte du fond du baril, etc.

    image Récidivistes volontaires

    Une deuxième catégorie d’hommes reviendra à coup sûr au pénitencier: ceux qui se nourrissent d’un ressentiment contre l’injustice ou qui se «victimisent». La rancoeur constitue pour eux un moyen fréquemment utilisé pour éviter de se remettre en question et surtout d’avoir à reconnaître leurs torts. D’autres, hantés par un passé non réglé, sont incapables de tourner la page. Certains d’entre eux ont été élevés dans un environnement familial criminalisé. Leur perception du crime n’a aucune connotation négative. Pour eux, il s’agit simplement d’un mode de vie qui se transmet d’une génération à l’autre.

    Il y a ceux qui reviennent en prison après avoir espéré réussir un bon coup grâce à des renseignements obtenus au pénitencier. Avant même d’être libérés, ils se préparent à revenir s’ils se font prendre. Le pénitencier est considéré comme l’école du crime. Tous ceux qui s’y trouvent se sont pourtant plantés lamentablement, même s’ils se permettent de donner des leçons aux autres. Ces futurs récidivistes croient naïvement que ceux qui les ont renseignés voulaient leur  réussite. La réalité est que quand un détenu possède une information «payante», il la garde pour lui. Les informations partagées en prison sont habituellement une forme de manipulation que les gars utilisent pour en piéger un autre. Ce sont presque toujours des jeunes criminels qui tombent dans le panneau.

    Il existe des détenus qui, bien qu’ils n’aient aucune ressource monétaire ou familiale, n’acceptent pas de partir du bas de l’échelle. D’autres sont des gens qui, vu la gravité de leurs crimes (pédophilie, infanticide, viol) ont été isolés de ceux qui auraient pu leur venir en aide. Quelquefois des sans-abris ou des gens aux prises avec des problèmes psychiatriques reviendront au pénitencier. Le milieu carcéral est le seul qu’ils connaissent véritablement. Le fait de connaître un environnement le rend sécurisant, aussi incroyable que cela puisse paraître parfois. Des hommes mal équipés socialement pour affronter des problèmes simples deviennent ainsi une clientèle permanente des prisons, un résultat de la désinstitutionnalisation des services psychiatriques.

    La peur de la liberté

    D’autres prisonniers qui ont purgé une très longue peine deviennent «institutionnalisés». Une poule encagée trop  longtemps perd ses réflexes naturels comme rechercher sa nourriture, prendre soin de ses petits et marcher. Le même  phénomène se produit chez l’homme. Après plus de dix ans d’incarcération, ses réflexes, sa débrouillardise et ses autres capacités sont fréquemment hypothéqués. Des choses simples comme prendre le métro entouré d’inconnus, s’avèrent des épreuves difficiles. Le contact avec les étrangers l’épuise sans raison apparente.

    À l’extérieur des murs, la vitesse des voitures et le flux incessant des gens qui vont et viennent créent de l’angoisse. Même les relations avec les femmes deviennent une source de stress énorme. Elles impliquent des façons de faire et de vivre qui n’existent pas en prison. Regarder une personne dans les yeux est généralement considéré comme une provocation au pénitencier. Effleurer la fesse d’une agente correctionnelle peut entraîner un transfert dans un établissement à sécurité maximale. Ces aspects de la vie carcérale nécessitent des adaptations qui ne sont pas naturelles et le prisonnier, lorsqu’il retourne dans la société, doit tenter de s’en déprogrammer. C’est parfois impossible ou trop difficile et cela peut le mener de la dépression jusqu’au suicide. Se sentir incapable de vivre ce qui est attendu depuis si longtemps frappe de plein fouet. Plus d’un détenu libéré est devenu fou. Le rêve de la liberté devient parfois un cauchemar éveillé. Comment l’expliquer aux autres alors qu’on ne comprend pas vraiment sa propre incapacité à satisfaire ses désirs? Une minorité de ces personnes, malgré leur bonne foi et, surtout, une envie certaine de liberté, reviendront gonfler les rangs des prisonniers bien malgré eux.

    Voilà une description des différents types de récidivistes avec lesquels j’ai pu m’entretenir durant mes longues années d’incarcération. La liste n’est pas exhaustive, mais elle est représentative. Je m’inclus, naturellement, dans le groupe. J’ai appris quelque chose d’extraordinaire en psychologie qui m’a permis de me rendre où j’en suis intérieurement: on peut juger un geste, mais pas une personne. Car une personne ne se limite pas à un seul geste.

    autres textes de Chroniques d’un prisonnier

    Reflet de Société, Vol. 18, No. 3, Juin/Juillet 2009, p. 8-9

    PUBLICITÉ

    cover_avril-mai08 Internet-o-thon pour soutenir le magazine communautaire Reflet de Société édité par le Journal de la Rue. C’est le temps de vous abonner pour montrer votre soutien à votre revue sur l’actualité communautaire et sociale. Toute contribution supplémentaire pour soutenir notre cause est la bienvenue.

    Par téléphone: (514) 256-9000, ext.: 1-877-256-9009
    Par Internet: http://www.refletdesociete.com/Abonnement.html
    Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4

    Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

     

    Apprendre des animaux

    Apprendre des animaux

    (Agence Science-Presse) – Enseigner aux prisonniers est du temps bien dépensé, quoiqu’en pensent les détracteurs.

    Et celui qui émettait récemment cette opinion dans le New Scientist n’a pourtant pas choisi le sujet le plus évident: Marc Bekoff enseigne «la biologie du comportement animal et de la conservation de la nature», dans la prison du comté de Boulder, Colorado. Sa première surprise? C’est l’un des cours les plus populaires.

    Sa deuxième: les détenus doivent gagner le droit d’y assister. D’après ce biologiste de l’Université du Colorado, la raison première de cet intérêt est que plusieurs prisonniers —comme plusieurs humains— trouvent plus facile d’établir des contacts avec des animaux: plusieurs ont eu un chien ou un chat qui était «leur seul ami». Et Bekoff avance une autre explication: plusieurs en ont assez de croire que c’est leur «comportement animal» —leur agressivité— qui les a conduits en prison, et ils sont motivés à l’idée d’apprendre que des comportements comme la coopération, l’empathie et l’altruisme sont tout aussi présents dans la nature.

     

    PUBLICITÉ

    Spectacle Hip Hop Breakdance, Graffiti, DJ et rap

    show_image Le Choc des Cultures – Le Hip-Hop rencontre le classique
    Spectacle original mettant en vedette: organistes classiques, break-dancers, rappers, DJ et graffiteurs.
    L’église Saint-Nom-de-Jésus expose une centaine de toiles peints par des artistes. Plus de cinquante artistes complices présentent « Le Choc des Cultures ». 25$

    Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
    Par Internet: cafegraffiti.net
    Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4

    Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.