Le Québec et ses frontières

Territoire du Québec

Des frontières encore à définir

Par une banale après-midi, quelques amis immigrants se retrouvent devant 2 cartes du Canada. Mais problème, les frontières du Québec sont différentes. Un morceau de territoire manque. Pire, les 2 pourraient être valables…

Delphine Caubet Dossier Politique

frontières QuébecCe fut le début d’une aventure historique et géopolitique qui conduit à une évidence: 80% des frontières de la province sont imprécises et sa superficie peut varier jusqu’à 10%. Une bombe à retardement dont le juriste et géographe québécois Henri Dorion a passé sa carrière à mettre en lumière.

L’étrange tracé

La carte du Québec est facilement reconnaissable à sa ligne droite au sud du Labrador. Mais saviez-vous que cette frontière est indiquée comme non-définitive sur les cartes officielles?

En 1927, le Conseil privé de Londres a été chargé de définir les frontières entre Terre-Neuve-et-Labrador et Québec. À cette époque la future province canadienne est une colonie britannique, et elle s’entendait relativement sur ses frontières avec le Québec. Mais voilà que s’est produit l’incroyable et l’incongru: les juges ont confondu la rivière Romaine avec la rivière Saint-Jean se situant à plus de 200km de distance! Première erreur qui changea le territoire du Québec.

Autre décision étonnante, le Conseil a attribué au Labrador un plus large territoire qu’il n’en demandait. Il a entre autres choisi de définir la frontière sud au 52e parallèle. Décision pratique, mais qui ampute le Québec d’un large territoire. Officiellement la belle province reconnait la ligne de partage des eaux comme frontière.

Depuis 1927, le Québec n’a jamais reconnu ses frontières avec Terre-Neuve-et-Labrador. Mais en pratique au moins 85 décisions administratives (dont l’exploitation de mines) prennent en compte ce tracé. L’absence de population sur ces bancs de neige explique peut-être la mollesse des gouvernements successifs à résoudre la question.

Québec / Nunavut

Une frontière pour le moins énigmatique est celle avec le Nunavut, car officiellement la frontière se situe à «la ligne des basses eaux». Un terme pour le moins vague, car les eaux varient selon les périodes et le temps…

Comme l’explique Henri Dorion dans une entrevue à L’actualité, ce découpage n’a pas de sens, car à peine un Québécois mettrait les pieds dans l’eau à marée basse qu’il serait au Nunavut. Un peu comme si un Belge serait au Royaume-Uni dès qu’il se baignait en Mer du nord, explique le géographe.
Dans un même temps, Henri Dorion rapporte que nous l’avons échappé belle avec le Plan Nord de Jean Charest. Ce dernier voulait construire des ports en eaux profondes… se situant donc au Nunavut! La reprise du Plan Nord par Philippe Couillard exclu au moins ces constructions.

Affirmation inuite

La pêche est implicitement liée à la culture inuite, or d’après le découpage des provinces, le Québec n’a pas d’accès aux eaux profondes à la frontière septentrionale. Et pour les Premières Nations, les frontières ne sont pas vraiment une contrainte…

En 2006, les Inuits du Québec ont demandé au gouvernement fédéral le droit d’utiliser les îles du littoral. Le gouvernement du Québec avait une occasion en or de se joindre au mouvement pour réclamer lui aussi une plus grande marge de manœuvre sur les côtes du nord.

Depuis lors, les Inuits du Québec ont gagné leur cause… et le gouvernement québécois est resté inactif.

Dimension politique

Le juriste et géographe Henri Dorion a passé sa carrière à répertorier les 80 % de frontières incertaines du Québec.

Aujourd’hui, les frontières du Québec ne séduisent ni les foules ni les politiciens. Mais il sera important de faire front et de régler ces incertitudes. Car si d’autres provinces ont des réclamations à faire, le Québec sera désavantagé par son manque de revendications. Mais également pour une question de souveraineté. Comment se séparer du reste du Canada quand le territoire concerné n’est pas clairement établi?

Alors que le Québec est entouré d’eaux, paradoxalement elles n’appartiennent pas à son territoire. Le golfe du St-Laurent est probablement le cas le plus complexe. Aucun texte ne stipule clairement à qui il appartient. Aux provinces? Au fédéral? Certains le considérant même comme international…

Les incertitudes des frontières québécoises sont parfois le fait d’erreurs ou simplement inexpliquées. D’après le géographe Henri Dorion, «aucun État en Amérique n’a des frontières aussi vagues que celles du Québec.»

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Le Québec: territoire incertain, Henri Dorion et Jean-Claude Lacasse aux éditions Septentrion (2011).

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Élections: la science dans les programmes

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(Agence Science-Presse – novembre 2008) – Deux surprises: parmi les cinq principaux partis, le seul à aborder en détail l’hydrogène comme source d’énergie alternative est… l’Action démocratique! Et la seule occurrence du mot «science» dans le programme du Parti vert est à l’intérieur du mot… science-fiction!

Ce sont là deux des constats qui se dégagent d’un survol des programmes des cinq principaux partis politiques. Deux cent quarante pages (dont 125 dans la seule plate-forme de l’ADQ)… où, n’eut été les énergies alternatives, les mentions de dossiers scientifiques se seraient comptées sur les doigts de la main.

Génétique et hydrogène en politique

Par exemple, les mots gène et génétique sont absents, tandis que OGM n’apparaît que trois fois dans ces 240 pages — chez le PQ, Québec Solidaire (QS) et les Verts— chaque fois pour en promouvoir l’étiquetage. L’adjectif scientifique n’est guère plus chanceux: une seule apparition du côté du PQ, du PLQ et de QS, aucune chez les Verts… et sept présences chez l’ADQ, surtout dans le cadre de sa promesse de «rétablir des liens entre le milieu de l’enseignement et l’entreprise» (on ne précise pas quand ces liens auraient présumément été rompus).

La quête d’énergies nouvelles, en revanche, se détache un peu du lot: quatre partis sur cinq (le PLQ étant l’exception) parlent explicitement de réduire notre dépendance au pétrole, bien que les moyens varient considérablement. Outre sa promotion de la «filière hydrogène» et des économies d’énergie, l’ADQ vante le nucléaire («un choix intéressant du point de vue de l’environnement») tandis que le PQ et les Verts visent, entre autres choses, le respect des objectifs de Kyoto et l’adoption de normes d’efficacité énergétique. Québec Solidaire va jusqu’à recommander la nationalisation de l’éolien.

Absences significatives : les mots pollution (zéro apparition au PLQ et à l’ADQ), gaz à effet de serre (PLQ) et Kyoto (PLQ).

Énergies alternatives au Québec

Dans le cadre de son ambitieux Plan Nord, le PLQ parle surtout du développement de la filière hydro-électrique, prévoyant au passage de consacrer 20 % des nouveaux mégawatts aux énergies alternatives. Cela représenterait environ 850 MW, alors que le PQ, le seul autre à se risquer à chiffrer, promet 12 000 MW d’énergie éolienne, d’ici 2030.

Québec Solidaire (en 34 pages) et les Verts (en 13 pages) vont plus loin dans leur ambition de concilier écologie et économie. QS en fait carrément le premier de ses huit axes (soutien à une agriculture bio et aux villes qui limitent la circulation dans leurs centres, lutte contre la pollution de l’eau, etc.), bien qu’il soit par moments exagérément vague : «Québec Solidaire protégera les écosystèmes».

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