Et si Jean-Pierre Bellemare faisait la loi?

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La chronique du prisonnier

Et si Jean-Pierre Bellemare faisait la loi?

 

C’est si facile de critiquer le système judiciaire. Pourrais-je plutôt trouver des moyens de corriger cette «machine»? Ayant vécu de très longues années en détention, je suis en mesure d’évaluer l’efficacité des politiques en place, du moins à mon échelle. Afin de proposer mes solutions, je chausse, le temps d’une chronique, les souliers du ministre de la Justice.

Jean-Pierre Bellemare
justice canadienne prisonniers

L’auteur de ce texte est détenu depuis 22 ans à la prison de Cowansville et signe depuis 2 ans la Chronique du prisonnier dans la revue Reflet de Société.

Durant mon «mandat», toutes mes décisions seront guidées par l’équité. Le système judiciaire est très mal perçu par la population carcérale. Les détenus  constatent les iniquités flagrantes de son fonctionnement. Les plus riches s’en tirent habituellement à bien meilleur compte, ce qui engendre un mépris vis-à-vis tout ce qui concerne la justice. Comment faire pour améliorer ce système considéré si mauvais?

Je débuterais par la rémunération des avocats: tous au même salaire, afin d’éviter que seuls les accusés les plus riches aient accès aux meilleurs. Ensuite, les avocats devraient alterner leurs rôles, soit une année à la défense, puis une à la poursuite. Cette double pratique élargirait leur compréhension des impacts de leurs décisions. La pratique actuelle ne leur fournit qu’un côté de la médaille.

Les forces de l’ordre sont aussi dirigées selon deux approches opposées, l’une répressive et l’autre préventive. Ces deux aspects du métier devraient plutôt être complémentaires. Les policiers, et cela s’appliquerait aussi aux avocats, devraient expérimenter la prévention dans les quartiers défavorisés. La répression serait, quant à elle, utilisée contre une criminalité plus professionnelle. Il faudrait aussi que les agents ne soient pas cantonnés dans un même secteur, afin d’élargir leurs horizons, par exemple, en les déplaçant annuellement d’un quartier riche vers un quartier pauvre. Cette manière de faire devrait prévenir, chez certains policiers, le laxisme, la familiarité et l’indifférence envers les plus démunis. Je leur donnerais de plus le pouvoir de régler, par des constats à l’amiable, la petite criminalité: vol à l’étalage, bagarre, consommation de drogues, etc.

Des libérations trop conditionnelles

J’abolirais ensuite la Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC). Cet organisme qui se doit d’être impartial et transparent n’arrive pas à remplir adéquatement son mandat. La CNLC est devenue un instrument de chantage et de malversations. Le fait que les fonctionnaires y soient nommés par le gouvernement pour des motivations politiques en démontre le favoritisme. Si, comme le prétend le gouvernement, la sécurité du public était une priorité, la sélection des commissaires serait réservée uniquement à des experts en la matière. Les pénitenciers possèdent des équipes de gestion de cas capables de s’en occuper.

En dernier lieu, lors d’un procès, si un témoin de la défense est en conflit d’intérêt, son témoignage serait rejeté. Des criminels pris les culottes à terre sont régulièrement contraints de témoigner contre leurs confrères, parfois en échange d’une rémunération ou d’une réduction de peine. Leur version des faits sera tout de même reçue par la cour. L’iniquité envers l’accusé dans ces cas est incroyable. Tout le monde devrait être traité sur un pied d’égalité devant la loi.

Les corps policiers reçoivent un budget imposant pour la formation de leurs membres et l’achat d’équipements très sophistiqués. Pourquoi donc s’en remettre presque toujours au témoignage d’un délateur? La facilité pour les policiers de faire condamner un suspect grâce aux délateurs les encourage à réduire leurs efforts et à s’abstenir d’améliorer leurs méthodes d’enquêtes.

[NDLR: Dans ce texte, le ministre Bellemare a sauté plusieurs fois la clôture séparant les compétences des gouvernements fédéral et provincial. Mais, tout comme nous nous permettons d’imaginer Jean-Pierre ministre de la Justice, nous lui avons permis de remplir son mandat dans un monde sans conflits de juridiction entre les différents ordres de gouvernement.]

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

Illustration: Louise Pianetti-Voarick

Reflet de Société, Vol 18, No. 1, Septembre/Octobre 2009, p. 8

VOS COMMENTAIRES SUR JEAN-PIERRE BELLEMARE ET LE SYSTÈME JUDICIAIRE

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Chronique du prisonnier

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Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville     DOSSIER REFLET DE SOCIETE ET CHRONIQUE DU PRISONNIER

Pourquoi un homme comme-t-il un second crime après une condamnation? La détention n’a-t-elle pas été dissuasive?

Dans le système judiciaire, on qualifie sarcastiquement les récidivistes d’abonnés, de revenants ou de réguliers. Cette catégorie de détenus est principalement composée d’hommes ayant des problèmes à répétition qu’il s’agisse de violence conjugale, de conduite avec facultés affaiblies, de vol à l’étalage ou de vagabondage. Ils ont tous un point commun: un sévère problème de dépendance. Leur lieu de rassemblement est le Palais de justice et leur cri de ralliement ressemble à celui d’un animal blessé, perdu.

Les drogués sont les plus nombreux. À peine sortis de prison, ils partent en chasse armés de leur désespoir pour trouver n’importe quelle drogue qui pourra arrêter momentanément leurs angoisses. Ils sont à risque de revenir rapidement derrière les barreaux. Le manque les pousse à commettre un délit sans préparation.

Ce n’est pas une recherche de plaisir qui les motive, mais le mal dans leur corps qu’ils tentent de combattre. Pour eux, la récidive est aussi certaine que la venue du soleil après la pluie. Ils sont aux prises avec un problème si fort que la peur d’une seconde détention leur semble superflue en comparaison. Le cercle vicieux se perpétue durant des années, tant et aussi longtemps qu’un évènement spectaculaire ne vienne renverser ces hommes comme un décès, un traumatisme, l’atteinte du fond du baril, etc.

image Récidivistes volontaires

Une deuxième catégorie d’hommes reviendra à coup sûr au pénitencier: ceux qui se nourrissent d’un ressentiment contre l’injustice ou qui se «victimisent». La rancoeur constitue pour eux un moyen fréquemment utilisé pour éviter de se remettre en question et surtout d’avoir à reconnaître leurs torts. D’autres, hantés par un passé non réglé, sont incapables de tourner la page. Certains d’entre eux ont été élevés dans un environnement familial criminalisé. Leur perception du crime n’a aucune connotation négative. Pour eux, il s’agit simplement d’un mode de vie qui se transmet d’une génération à l’autre.

Il y a ceux qui reviennent en prison après avoir espéré réussir un bon coup grâce à des renseignements obtenus au pénitencier. Avant même d’être libérés, ils se préparent à revenir s’ils se font prendre. Le pénitencier est considéré comme l’école du crime. Tous ceux qui s’y trouvent se sont pourtant plantés lamentablement, même s’ils se permettent de donner des leçons aux autres. Ces futurs récidivistes croient naïvement que ceux qui les ont renseignés voulaient leur  réussite. La réalité est que quand un détenu possède une information «payante», il la garde pour lui. Les informations partagées en prison sont habituellement une forme de manipulation que les gars utilisent pour en piéger un autre. Ce sont presque toujours des jeunes criminels qui tombent dans le panneau.

Il existe des détenus qui, bien qu’ils n’aient aucune ressource monétaire ou familiale, n’acceptent pas de partir du bas de l’échelle. D’autres sont des gens qui, vu la gravité de leurs crimes (pédophilie, infanticide, viol) ont été isolés de ceux qui auraient pu leur venir en aide. Quelquefois des sans-abris ou des gens aux prises avec des problèmes psychiatriques reviendront au pénitencier. Le milieu carcéral est le seul qu’ils connaissent véritablement. Le fait de connaître un environnement le rend sécurisant, aussi incroyable que cela puisse paraître parfois. Des hommes mal équipés socialement pour affronter des problèmes simples deviennent ainsi une clientèle permanente des prisons, un résultat de la désinstitutionnalisation des services psychiatriques.

La peur de la liberté

D’autres prisonniers qui ont purgé une très longue peine deviennent «institutionnalisés». Une poule encagée trop  longtemps perd ses réflexes naturels comme rechercher sa nourriture, prendre soin de ses petits et marcher. Le même  phénomène se produit chez l’homme. Après plus de dix ans d’incarcération, ses réflexes, sa débrouillardise et ses autres capacités sont fréquemment hypothéqués. Des choses simples comme prendre le métro entouré d’inconnus, s’avèrent des épreuves difficiles. Le contact avec les étrangers l’épuise sans raison apparente.

À l’extérieur des murs, la vitesse des voitures et le flux incessant des gens qui vont et viennent créent de l’angoisse. Même les relations avec les femmes deviennent une source de stress énorme. Elles impliquent des façons de faire et de vivre qui n’existent pas en prison. Regarder une personne dans les yeux est généralement considéré comme une provocation au pénitencier. Effleurer la fesse d’une agente correctionnelle peut entraîner un transfert dans un établissement à sécurité maximale. Ces aspects de la vie carcérale nécessitent des adaptations qui ne sont pas naturelles et le prisonnier, lorsqu’il retourne dans la société, doit tenter de s’en déprogrammer. C’est parfois impossible ou trop difficile et cela peut le mener de la dépression jusqu’au suicide. Se sentir incapable de vivre ce qui est attendu depuis si longtemps frappe de plein fouet. Plus d’un détenu libéré est devenu fou. Le rêve de la liberté devient parfois un cauchemar éveillé. Comment l’expliquer aux autres alors qu’on ne comprend pas vraiment sa propre incapacité à satisfaire ses désirs? Une minorité de ces personnes, malgré leur bonne foi et, surtout, une envie certaine de liberté, reviendront gonfler les rangs des prisonniers bien malgré eux.

Voilà une description des différents types de récidivistes avec lesquels j’ai pu m’entretenir durant mes longues années d’incarcération. La liste n’est pas exhaustive, mais elle est représentative. Je m’inclus, naturellement, dans le groupe. J’ai appris quelque chose d’extraordinaire en psychologie qui m’a permis de me rendre où j’en suis intérieurement: on peut juger un geste, mais pas une personne. Car une personne ne se limite pas à un seul geste.

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Reflet de Société, Vol. 18, No. 3, Juin/Juillet 2009, p. 8-9

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Libération Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville

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Libération

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville

Dossier chronique d’un prisonnier

L’orgueil, cet imposteur, s’est toujours pris pour ma fierté. Le temps que j’ai dû purger avant de réaliser cette supercherie se compte en années. Ce fut le plus grand obstacle à franchir pour accéder au bonheur. Les efforts consacrés à défendre et polir un orgueil inutile ressemblent à certaines campagnes publicitaires. Toutes les diversions qu’utilisent la télévision, la mode et la publicité visent un but bien précis: nous confondre. Nous faire oublier que le véritable bonheur ne coûte rien.

Grâce à des lectures judicieusement sélectionnées, je suis arrivé à me remettre sérieusement en question. Quand on se retrouve seul face à soi-même, nos besoins refont surface, ridiculisant nos caprices qui agissent exactement comme les publicités. Des artifices éphémères qui n’ont qu’un but: aveugler notre discernement!

Un simple sourire glissé en présentoir sous des yeux accueillants peut vous éblouir totalement. Un doigt caressant votre peau délicatement peut vous remplir d’une tendresse enivrante. Un mot gentil peut vous faire oublier des chapelets entiers de bêtises. Ce, pour nous rappeler que le bonheur ne provient jamais d’une chose qu’on achète.

Je retourne à la liberté physique, celle des obligations, celle des conventions. Si la prison n’est pas agréable, elle n’en demeure pas moins une expérience riche en émotions fortes et intenses. Je crois avoir réussi à passer au travers sans trop de dommages mentaux. Ce qui, en soi, est une belle démonstration de résilience. Je vais tenter, grâce aux moyens qui sont mis à ma disposition, de produire un bilan constructif et utilisable pour la société.

Pour y arriver, je dois d’abord faire la paix avec moi-même. Ensuite, j’utiliserai adéquatement ce passé boiteux. Ce cheminement en est un de longue haleine. Personne ne peut faire ce travail à ma place. Sachant que les mauvaises habitudes ont la vie dure, je reconnais la nécessité de rester vigilant.

Pour les vindicatifs et les inquisiteurs, sachez que vous êtes une source de motivation nécessaire parfois lourde, parfois irritante mais, comme moi, vous devez sûrement servir une mission qui dépasse votre entendement.

Avec toute ma considération.

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Prison intérieure

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville.

Dossier Chronique d’un prisonnier

Au pénitencier nous avons accès aux réunions pour dépendants: toxicomanes, alcooliques, joueurs. C’est là que j’ai rencontré notre rédacteur en chef Raymond ainsi que sa charmante femme Danielle, deux êtres extraordinaires qui «contaminent» l’environnement par leur conscience collective.

Ils sont venus dans ma prison partager leur savoir avec respect et considération. Si le mépris engendre le mépris il en va de même avec la considération. Depuis ce jour, il me fait plaisir de partager avec vous ces bagages de prisons qui s’accumulent un peu plus chaque année.

Lors d’une réunion, un ex-dépendant aux drogues proclamait «il n’y a pas plus de prison sur terre que nous pouvons en retrouver dans l’homme». Après cette révélation, encore toute fraîche dans ma tête, un changement s’est produit, un tournant important dans ma vie. Cette phrase m’a marqué de façon indélébile.

Je regarde maintenant les autres différemment. J’ai compris que, malgré mon incarcération, je suis souvent beaucoup plus libre que certaines personnes de mon entourage. Leur tenue vestimentaire ainsi que leur expression faciale décrivent assez bien à quel point elles sont enfermées. Leurs réactions prévisibles et parfois même leurs propos, montrent leurs limites. Ces frontières qu’elles érigent autour d’elles pour se protéger, les isolent tout autant. Si elles ne peuvent en sortir, les autres ne peuvent y entrer.

Après 20 ans passés au pénitencier fédéral, où en suis-je de mon propre cheminement? Terminer des études, lire, chercher le meilleur de ma vie, mais surtout, me libérer de mes pensées toxiques. M’ouvrir tout doucement en choisissant les gens avec qui je me sentirais bien. Voilà un très grand progrès sur le plan personnel.

Plus je suis attentif à mon entourage, plus je deviens sensible. Par différentes activités, j’ai pu développer mon potentiel et augmenter mon estime personnelle.

Mon implication avec l’organisme de St-Maxime a été ma plus grande réalisation: aider les plus démunis, sortir du pénitencier sous escorte pour se diriger dans un sous-sol d’église, participer à l’organisation d’une soupe populaire, faire la collecte et la distribution des denrées. Aider est la meilleure prise de conscience que j’ai faite.

Voir des gens quémander leur nourriture avec leur famille a été révélateur. Mon orgueil, que j’ai toujours confondu avec ma fierté, devenait insoutenable. Il y avait plus de fierté dans leurs yeux que dans ceux rencontrés au cours de ma vie. Mon cœur se fissura et il en sortit un malaise terrible, un regret. Si j’ai eu suffisamment de courage pour m’attaquer à des banques et à kidnapper, je n’ai jamais eu le courage de demander de l’aide et encore moins de reconnaître mes faiblesses.

Voilà une de ces prisons qui nous enferment dans des comportements, des réflexions et des manières de faire qui limitent nos possibilités. Ce donjon a été conçu par mes faiblesse et résiste à toute raison. Lorsque j’envie ceux qui sont libres, je perds parfois de vue que la véritable liberté ne se trouve pas uniquement dans nos déplacements. Penser et agir autrement, se comporter différemment, fait partie de la liberté.

Dans ma prison, j’ai trouvé le pire juge et il travaille toujours avec le plus salaud des gardiens: ma conscience et ma raison. Celle qui devrait me protéger m’a condamné, celle qui devait m’ouvrir m’a enfermé.

Ma conscience et ma raison se sont construites à travers tous ceux que j’ai côtoyé. Ces gens de passage ont semé une graine qui a poussé. Je n’ai sûrement pas toujours su faire la différence entre le bon et le méchant.

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Dernière rencontre avec Jean-Pierre Bellemare à la prison de Cowansville

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Dernière rencontre avec Jean-Pierre Bellemare à la prison de Cowansville

Dossier: chronique d’un prisonnier

Samedi, 5 :00 heures le matin. C’est l’heure à laquelle je doive me lever pour être à la prison de Cowansville. Une belle journée s’annonce avec un soleil radieux. Ça Sample_Pic_07 sent la liberté à plein nez. Parce qu’aujourd’hui, c’est la dernière fois que mon horaire me permet de visiter Jean-Pierre à la prison de Cowansville. Après, c’est dans une maison de transition que je vais le rencontrer.

C’est à regret que ma conjointe, Danielle, n’a pu m’accompagner. Elle aurait bien voulu, mais demain c’est la fête de Rose, la fille d’une amie et elle l’aide à faire les préparatifs pour une fête d’enfants. Bonne fête Rose de la part de Jean-Pierre et de moi.

Tout va bien pour se rendre à Cowansville. Je vais pouvoir profiter du temps maximum de visite, de 9 :00 à 11 :15. Après cela, les lumières clignotent pour annoncer la fin des visites du matin.

Je suis nerveux, fébrile. En avril dernier Jean-Pierre a gagné le prix de la meilleure chronique pour l’Association des médias communautaires (Amecq) et finalistes pour l’association des éditeurs de magazine (AQEM). Deux honneurs qui ont été fortement appréciés. Il y a 4 jours à peine, Patrick Lagacé a fait un article dans La Presse sur images22 Jean-Pierre. Sur le blogue de Patrick Lagacé Jean-Pierre avait reçu autant de message de soutien que de message voulant l’envoyer à la peine de mort. Il y a 3 jours, j’ai écrit un billet pour me vider le cœur sur certains commentaires reçus. Un billet qui demandait que je sois complice dans la réhabilitation des gens et que si c’est criminel de croire en la réhabilitation des gens, et bien, j’accepte d’être pendu le premier.

J’ai eu à vivre beaucoup d’émotions dans le dernier semestre. Me diriger à la prison de Cowansville, aujourd’hui, ce sont de vraies vacances. Pas de blogues, pas de téléphones, personnne, sauf Jean-Pierre et moi pendant plus de 2 heures. Pour être honnête, je dois dire qu’heureusement que Danielle ne soit pas venu. Jean-Pierre et moi avons été comme 2 vraies pies. Nous n’avons pas arrêté de parler. Nous avions tellement de chose à partager.

Jean-Pierre avait reçu les copies du blogue de Patrick Lagacé et des commentaires qu’il avait reçu. Je l’avais avisé que je ne lui avais fait parvenir que la moitié des commentaires, ceux qui étaient positifs. Je ne voulais pas qu’ils reçoivent les commentaires négatifs sans m’assurer que Jean-Pierre était prêt à les recevoir. Il aurait préféré tout avoir en même temps. Jean-Pierre, possiblement plus réaliste que moi, s’attendait à pareille réaction. Il était prêt. Il les lira quand il sera arrivé à sa maison de transition.

Il m’a décrit la maison de transition qu’il a choisi. C’est plaisant, je la connais et elle n’est pas loin de chez moi. Belle maison de transition, beaucoup d’espace, tranquille, près d’un parc et du fleuve.

Sa date de sortie approchant, Jean-Pierre aussi est nerveux et fébrile. Il a écrit beaucoup. Comme pour noyer sa nervosité. Il a écrit 2 pièces de théâtre complète! Jean-Pierre m’avait préparé des copies que je pourrais lire. Il veut rencontrer Michel Brulé des Éditions l’Intouchable et François Avard qu’il a déjà rencontré dans un atelier à l’Institut Leclerc. Ces rencontres vont lui permettre de voir qu’est-ce qu’il peut faire avec ces manuscrits et comment s’y prendre.

Pendant que nous parlions, j’ai jeté un coup d’œil rapide sur son manuscrit. Il m’a donné les grandes lignes de son scénario. Superbe. Par l’entremise des Éditions TNT, la maison d’édition de notre organisme, je lui ai garanti qu’il sera publié. S’il reçoit d’autres offres dans sa démarche, il aura le choix.

Jean-Pierre m’a aussi montré un synopsis de conférence pour les écoles. Il a le goût de sensibiliser les jeunes, de faire de la prévention autant auprès des jeunes dans les écoles Secondaire que pour les universités en criminologie et en travail social. Dans l’édition de novembre du magazine Reflet de Société, l’offre sera lancée aux écoles. Une belle occasion pour le présenter au Salon du livre de Montréal où notre organisme aura un kiosque. Cette idée, je viens juste de l’avoir. Je n’ai pas eu le temps d’en parler encore à Jean-Pierre. C’est lui qui décidera quelle expérience il voudra bien vivre et à quel rythme. Ah! Je viens de me rappeler que j’ai une conférence en février avec les étudiants du Cegep Édouard Montpetit. Une belle occasion pour faire une conférence en duo. Ça non plus Jean-Pierre n’est pas encore au courant. Ouf! On vient de parler pendant plus de 2 heures et j’ai encore plein de choses à lui dire. Il est trop tard pour retourner pour les visites de l’après-midi. Je vais devoir garder mes idées pour la prochaine rencontre à la maison de transition.

C’est drôle ces idées de conférence et de salon du livre pour présenter Jean-Pierre au public, ses réalisations actuelles et futures, ça me fait penser un peu à Loft Story. Depuis maintenant plus de 2 ans que nous avons rendu public Jean-Pierre par ses écrits et que plusieurs médias ont parlé de lui. Pendant tout ce temps, il était en prison et il n’est pas au courant de tout ce qui s’est dit sur lui. Certains Lofteur ont eu la surprise de leur vie en quittant l’émission. J’espère que la surprise ne sera pas trop forte pour Jean-Pierre.

Le temps file, les lumières clignotent, Jean-Pierre et moi devons nous séparer. Prochain rendez-vous à la maison de transition. J’ai bien hâte de vous en reparler.

Pour le retour, je vis comme une extase toute particulière. Je roule lentement, je profite du soleil, de l’air pur. Comme si je goûte par procuration cette liberté qui attend Jean-Pierre dans les prochaines semaines.

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Patrick Lagacé, le détenu Jean-Pierre Bellemare et la prison de Cowansville: peine de mort pour un travailleur communautaire

Patrick Lagacé, le détenu Jean-Pierre Bellemare et la prison de Cowansville: peine de mort 1021168_31227792pour un travailleur communautaire

Dossier: chronique d’un prisonnier, Patrick Lagacé

Patrick Lagacé vient de publier dans La Presse un article sur notre chroniqueur-prisonnier,Jean-Pierre Bellemare. Un article qui m’a ému et touché pour son côté  humain et sensible.

J’avais oublié que Patrick Lagacé avait aussi un blogue. Un blogue sur lequel il fait la présentation de l’article publié dans La Presse en y faisant un hyperlien. J’avais oublié que les gens commenteraient l’article de Patrick Lagacé. J’avais oublié de tenir compte de tous les préjugés que certaines personnes peuvent avoir envers les prisonniers et les criminels.

Avec toute ma candeur d’enfant, avec toute ma sensibilité d’homme j’ai commencé à lire les commentaires. Malgré que les commentaires soient partagés presque moitié-moitié entre des mots d’encouragements et une volonté de rétablir la peine de mort, j’ai été profondément blessé par plusieurs de ces commentaires.

Je commencerais par remercier les gens qui ont pris le temps de laisser un mot d’encouragement à Jean-Pierre. Ces mots vont le toucher et l’encourager, j’en suis convaincu. Ces mots d’encouragement auront aussi été très importants pour moi. Non pas que j’ai besoin d’encouragement personnel. Dans le choix de m’investir auprès des personnes marginalisés, criminels ou pauvres, je savais que je ne choisissais pas une mission très « glamour ». Je fais mon travail sur le terrain en dérangeant parfois certains principes et certaines valeurs morales, en remettant en question des règles, des façons de faire. Ces mots d’encouragements me sont très utiles pour pouvoir accepter les attaques sur un être humain que je connais et que je soutiens dans sa réhabilitation depuis plusieurs années.

Je voudrais aussi remercier tous ces gens qui ont dit, haut et fort, ce qu’ils pensaient des prisonniers en général et le sort qu’ils voudraient réserver à Jean-Pierre Bellemare. J’avais oublié la méchanceté de certains préjugés encore fortement ancré dans notre société. Votre discours me permettra de mieux me préparer pour soutenir Jean-Pierre lors de sa sortie de prison. Sans votre honnêteté à dire ce que vous pensez réellement, j’aurais sous-estimé le travail qui m’attend à sa sortie.

Finalement, un gros merci à Patrick Lagacé. Un article qui aura été long et pénible à écrire. Les démarches pour entrer en prison n’ont pas été facile. Vous avez eu, M. Lagacé, la patience et la persévérance d’aller jusqu’au bout. En plus des difficultés administratives pour rencontrer Jean-Pierre Bellemare, une émeute à la prison de Cowansville avait cancellé votre premier rendez-vous. De plus, Cowansville nécessite un temps de déplacement qui est non négligeable. Un gros investissement pour une chronique et je vous en félicite. Les réactions obtenues à la suite de votre article me plongent dans une réalité que Jean-Pierre et moi auront à affronter sous peu. Cela nous permettra de mieux nous préparer.

En lisant les commentaires sur le blogue de Patrick Lagacé, j’aurais voulu répondre à chacun d’eux, tenter de justifier, d’expliquer… J’ai changé d’idée. Est-ce que les gens savaient que les prisonniers sont payés 1$ de l’heure pour le travail qu’ils font en prison? Qu’ils doivent tout acheter leurs effets personnels à la cantine, c’est-à-dire au plein prix du dépanneur? Que certains de ces travaux permettent des économies appréciables à la société? Que Jean-Pierre Bellemare ne sera pas libéré au 1/6 ou 1/3 de sa peine, mais qu’il a fait tout son temps? Dans le milieu on appelle ça LO. Libération Obligatoire. Les plantes qu’il a ne lui ont été pas fourni par le système mais qu’il a dû se les payer? Est-ce que les gens sont au courant de tout le cheminement et le travail que Jean-Pierre a fait sur lui en assistant à toutes sortes de rencontres avec des professionnels ou des bénévoles? Est-ce que les gens sont au courant que Jean-Pierre s’est impliqué dans des groupes de prévention du suicide, qu’il a été un réconfort pour plusieurs prisonniers et qu’il a permis à plusieurs de cheminer?

Sûrement pas. Parce que les gens qui l’ont déjà condamné ne condamne pas Jean-Pierre Bellemare. Ils condamnent tous les prisonniers et tous les criminels, sans prendre le temps de les connaître.

Pour ceux qui ont demandé la peine de mort pour un homme comme Jean-Pierre Bellemare, j’aimerais que vous me condamniez aussi à la peine de mort. Parce que si Jean-Pierre mérite la peine de mort, un homme comme moi qui l’accompagne dans son cheminement doit l’accompagner jusqu’au bout. Qu’on me pende haut et court et qu’on me pende le premier. Parce que s’il est criminel de croire en la réhabilitation d’un prisonnier, je suis un très grand criminel.

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Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville, journaliste

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Présentation en français de LOVE in 3D

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville, journaliste

Dimanche le 11 mai, finalement, Danielle et moi avons réussi, avec plus d’un mois de retard, à pouvoir rencontrer Jean-Pierre Bellemare à la prison de Cowansville.

Cet événement mérite une entrée en matière. Pendant près de 2 années, Danielle et moi avons été bénévole à l’institut Leclerc, une prison fédérale à sécurité médium. Nous y avons fait plusieurs rencontres, dont celle de Jean-Pierre.

Jean-Pierre a régulièrement envoyé des lettres à des médias. Si elles ont été publiées, ça n’a été que dans de rares occasions. En apprenant que nous étions aussi impliqués dans le magazine Reflet de Société, Jean-Pierre nous présente quelques textes déjà écrits. J’ai dû refuser les textes présentés.

J’ai encouragé Jean-Pierre à continuer d’écrire. J’ai aussi refusé ceux qu’il a écrit pendant les premiers mois qui ont suivi. Jean-Pierre écoutait les nouvelles télévisées, lisait plusieurs quotidiens… Il était saturé d’informations de toutes sortes. Son opinion sur la guerre en Afghanistan n’était pas crédible et n’apportait rien de nouveau dans le débat.

Au printemps 2006, j’assiste à une journée de remerciement pour les bénévoles. J’ai l’occasion de manger à la cafétéria avec les autres prisonniers et de passer une journée complète avec eux. J’ai pu ainsi rencontrer les prisonniers responsables des différentes activités. Pour l’occasion, plusieurs d’entre-eux avaient écrit des textes de remerciement pour les bénévoles. Les textes de Pascal, Éric, Pat, Benoît, Jean-Pierre et d’un 2e Éric étaient affichés sur un grand carton.

J’avais été touché par cette reconnaissance que les prisonniers ont témoignée envers les bénévoles qui viennent les visiter. Dans nos vies tumultueuses, la visite d’un ami peut facilement être prise pour acquise. Dans une prison fédérale, quand quelqu’un vient te visiter, même un étranger que tu ne connais pas encore, tu apprécies son geste, le temps qu’il t’offre. Un instant de relation, une parole d’encouragement prennent un sens magique.

Lors de ma rencontre suivantee, Jean-Pierre me remet le grand carton avec tous ces textes de remerciement. Celui-ci est encore installé dans mon bureau. En août 2006, avec l’autorisation de Jean-Pierre et de ses collègues, je publie dans Reflet de Société les textes qu’ils ont écrits. En remettant des exemplaires de ce numéro aux différents prisonniers, une flamme illumine leur regard. Quelqu’un leur a fait confiance pour les publier. Ils voient leurs noms au bas de leur texte. Ils vont être lus par près de 500 000 lecteurs à travers tout le Québec!

Suite à cette expérience, nous avons réussi à publier plusieurs textes de détenus. Danielle et moi leur proposons d’écrire sur ce qu’ils connaîssent: la prison et leur criminalité. En parlant, non pas comme des spécialistes ou des techniciens, mais au JE, avec leur coeur, leur raison et leur passion.

Quelques chroniques se publient avec plusieurs auteurs différents. Un seul continue avec persévérance. Après sa première publication, Jean-Pierre m’a regardé droit dans les yeux pour me dire: “j’ai compris ce que tu veux. Attends de voir mon prochain texte. » À partir d’octobre 2006, Jean-Pierre a débuté sa chronique en solo et n’a pas arrêté depuis.

En 2007, Jean-Pierre se fait transférer à la prison de Cowansville. Notre relation va continuer dans l’écrit. Jean-Pierre continue de m’envoyer ses textes et des lettres personnelles. Je lui retourne des exemplaires avec des mots de Danielle et moi.

En janvier 2008, l’équipe journalistique de Reflet de Société se réunit pour choisir les textes qui seront présentés à l’Association des médias écrits communautaires du Québec (AMECQ) et pour l’Association québécoise des éditeurs de magazines (AQEM). Dans la catégorie “Meilleure chronique”, à l’unanimité nous présentons la chronique de Jean-Pierre.

Début avril, j’envoie une lettre à Jean-Pierre lui annonçant qu’il est finaliste pour les Grands Prix de journalisme de l’AQEM. Je lui fais parvenir des copies couleurs de tous les documents qui font mention des résultats. Je commence les démarches pour le rencontrer à la prison de Cowansville. Le 25 avril, ouverture du congrès de l’AMECQ. Nous apprenons que Jean-Pierre y est aussi finaliste. Le lendemain nous apprenons qu’il remporte le premier prix de l’AMECQ pour sa chronique. Le 30 avril, lors de la journée des magazines, j’apprends que Jean-Pierre n’a pas remporté le prix de l’AQEM.

L’enthousiasme est à son comble parmi l’équipe de Reflet de Société et de ses collaborateurs. Nous avons reçu plusieurs mots d’encouragements des autres éditeurs, tout aussi content que nous que Jean-Pierre se soit aussi bien classé.

Les démarches pour visiter Jean-Pierre auront été longues et ardues. Je reçois des formulaires que je remplis. Après quelques semaines d’attente, j’apprends qu’on ne m’a pas fait parvenir les bons formulaires, je dois recommencer les procédures. Prises de photos, enquête… Danielle et moi sommes finalement acceptés pour la prison de Cowansville. C’est la 6e prison qui m’accepte. Mais ils n’ont aucun système centralisé, il faut recommencer les enquêtes et les procédures à chaque fois. Pendant tout ce temps, aucune lettre de Jean-Pierre sur ses impressions. Cela m’inquiète un peu.

Nous mettons près d’une heure trente minute pour parcourir les 116 kilomètres qui nous séparent de la prison de Cowansville. Presque le même temps nous sera nécessaire pour franchir les 116 pieds séparant le stationnement de la salle pour rencontrer Jean-Pierre. C’était la fête des mères. Il n’y avait presque personne. À l’heure où nous sommes arrivés, nous étions les seuls à vouloir passer les contrôles de la sécurité.

Jean-Pierre se présente finalement. Il se confond en excuse. Une barbe de plusieurs jours le gêne. Quand je le rencontrais à l’institut Leclerc, il connaissait mes soirées de présence. Il arrivait toujours bien rasé, bien parfumé et bien habillé. Aujourd’hui, malgré son habillement, la joie de nous revoir, la fierté de nous parler de ce qu’il ressent nous font oublier tout le reste.

Jean-Pierre m’avait envoyé une lettre qui ne s’est jamais rendue. Il m’en avait envoyé une 2e le vendredi. Je viens tout juste de la recevoir. À vrai dire, j’attendais cette lettre avant d’écrire mon billet. Nous nous permettons de partager avec vous ces quelques lignes:

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

Un magnifique bonjour.

Est-il nécessaire de vous décrire à quel point vous m’avez surpris avec votre dernier envoi. Mon égo et surtout ma fierté m’ont fait franchir un nouveau stade dans mon développement personnel. J’étais un homme relativement content. Maintenant, je deviens un être accompli. La reconnaissance par ses pairs est la sensation la plus agréable… après le sexe.

Un gros merci encore une fois de votre confiance et de vos encouragements. J’ai su qu’un journaliste voulait me rencontrer. J’ai accepté de le rencontrer.

Je vous envoie mes salutations. Passez un bel été fleuri. J’ai quelques textes en préparation.

Jean-Pierre Bellemare.

Jean-Pierre a été surpris du nombre de personnes qui sont venus le féliciter pour le travail qu’il a fait. D’autres détenus, des gardiens, des bénévoles, des gens de la chapelle… J’ai voulu lui remettre le trophée que Jean-Pierre avait gagné. La sécurité n’avait pas autorisé que je lui amène. Même pas pour lui montrer. J’ai mis le trophée sur le “scanner” et lui ai amené des photocopies couleurs grandeur nature. Elles vont orner sa cellule.

Ces retrouvailles à la prison de Cowansville me motive à parcourir de nouveau les 116 kilomètres qui nous séparent. Je vais bousculer mon agenda pour trouver les 5 heures nécessaires pour cette visite d’une heure. Mais je ne dois pas aviser. Parce que Jean-Pierre m’a avisé. Trop de visites rend difficile le retour à la cellule. Cela revigore les souvenirs qu’il y a une vie après la prison et, qu’un jour, ce sera son tour à reprendre une vie de citoyen.

Au plaisir de la prochaine rencontre Jean-Pierre.

Amitiés,

Danielle et Raymond.

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funbusy-poesie-urbaine-recueil-textesChantal Lee a vécu la violence physique, les abus sexuels et l’enfer de la drogue, mais elle en a triomphé. Malgré la maladie qui l’afflige, elle partage par sa poésie son amour de la vie et son optimisme à toute épreuve. Un livre rayonnant, à l’image de son auteure.

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