Emprisonnement et liberté retrouvée

Deux années de liberté

Rétrospection d’un ex-tolard

Jean-Pierre Bellemare, ex. tolard   dossiers  PrisonCroissance personnelle

Réinsertion liberté prisonMon passé d’ex-tolard devient parfois insoutenable. Une bonne partie de mon entourage qui me perçoit comme une réussite flagrante de réhabilitation m’étouffe un peu.

Ce trop-plein d’éclairage complique ma progression vers mon rétablissement psychologique, car j’ai encore de la difficulté avec mon estime personnelle. Ingrédient essentiel pour de l’autosabotage. C’est pourquoi, je me dois de parfois tourner mes miroirs à l’envers, ainsi je respire mieux et la pression diminue un peu.

Cette fameuse pression ou tension reste sournoise parce que sans faire de bruit, elle rajoute du poids, des attentes et des espoirs. Je voudrais bien rendre heureux tout ce beau monde. Mais je reste un homme qui, avec ses faiblesses, doit reprendre un chemin rempli d’embuches.

J’entame ma deuxième année de liberté et il me reste encore beaucoup de fausses idées à déprogrammer. En commençant par l’amour, qui est peut-être le sujet le plus délicat et complexe à saisir.

Ayant été privé aussi longtemps de caresses charnelles, mon manque me fait parfois sentir comme un véritable vampire ou un vulgaire maringouin qu’on chasse d’une taloche dès qu’elle s’approche d’un peu trop près.

Je voudrais bien que les préliminaires soient plus simples, que les discussions ne soient pas remplies de sous-entendus, que les gestes prennent un sens clair. Je m’y perds si souvent que j’ai l’impression d’être un pur idiot.

Pour mes autres interactions avec mes collègues de travail ou amis, les choses se déroulent relativement bien. J’ai fait une demande d’augmentation de salaire à mon patron en bon et due forme avec de bonnes raisons.

R-E-F-U-S-É.

Je sais que je la mérite amplement. Cela me choque un peu. Je préfère quand même ma situation sociale et culturelle à celle de mon patron. Ses sourires, aussi rares que sa générosité, nourrissent sa cupidité qui le dévore de l’intérieur. Il donne l’impression de travailler si fort pour son malheur. Pourquoi irais-je lui compliquer un peu plus la tâche?

Il me fait sentir véritablement bien dans ma peau, et ça n’a pas de prix.

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    croissance personnelle développement personnel cheminement guide recueilAprès la pluie… Le beau temps. Recueil de textes à méditer. Chaque texte révèle un message, une émotion. Un même texte peut prendre un couleur différente selon notre état d’âme.

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    Relativité du temps et système carcéral

    Chronique d’un prisonnier

    À la recherche du temps perdu

    La société d’aujourd’hui fonctionne sur un temps mesuré à la minute, à la seconde, à la nanoseconde. Ce n’est que depuis peu dans l’histoire humaine que nous disposons d’horloges suffisamment précises. Les fuseaux horaires ont été inventés au 19e siècle de manière à harmoniser les horaires des trains, puisque jusqu’alors, l’heure locale pouvait varier d’une ville à l’autre. Mais il demeure un endroit sur la Terre qui ne s’inscrit dans aucun fuseau horaire.

    Colin McGregor – prison de Cowansville, Dossier Chronique d’un prisonnier

    old-clock-prison pénitencier tole bagne système carcéralDans le grand désert central de la péninsule arabique, le ciel semble s’étendre à l’infini; les dunes demeurent les mêmes, où que vous alliez; il n’y a pas de saisons. Les Bédouins ajustent leur montre à chaque lever de soleil, ainsi que leur emploi du temps en accord avec les anciennes traditions du Coran. Qu’il soit midi, 14 heures ou 14 h 30 importe peu au pasteur nomade du désert.

    La prison ressemble beaucoup à cela, en ce sens que chaque jour ressemble à l’autre, dans le contexte d’un emprisonnement de longue durée. La même nourriture; les mêmes édifices; les mêmes visages. L’hiver ou l’été, les jours de semaine ou de fin de semaine… Vous vous réveillez dans la même couche à structure métallique, portez les mêmes vêtements, allez au même gymnase, à la même classe, à la même chapelle…

    brisbane-town-hall-clock-systeme carcéral pénitencier tole bagneDans ce milieu, des sirènes et des sonneries vous disent quand passer d’un lieu à l’autre. Mais les mois ressemblent à des jours et les jours à des semaines. Vous perdez la notion du temps à long terme. Les Bédouins d’Arabie peuvent au moins compter sur la lune pour marquer leurs mois, puisqu’ils utilisent un calendrier lunaire qui suit les phases de l’astre d’argent dans leurs ciels purs, sombres et étoilés. En prison, vous remarquez à peine la lune. La nuit, nous avons la télé.

    Une enseignante à l’école de la prison où je travaille me demande quand un de ses étudiants, dont j’étais le tuteur, avait quitté la prison. Je hausse les épaules. «Ça peut être l’hiver dernier ou il y a trois ans. J’ai perdu la notion du temps depuis bien des années», lui dis-je. «Moi aussi», murmure-t-elle en secouant la tête.

    pocket-watch-systems carcéral prison pénitencier prisonnierAprès quelque temps, vous cessez de penser à ce que vous portez et au lieu où vous vous trouvez. Vous vous habituez à tout cela. Lorsqu’il n’y a plus rien de nouveau à remarquer, la partie de votre cerveau qui enregistre les nouvelles informations visuelles se ferme. Il ne vous reste que vos propres pensées.

    C’est exactement l’état d’esprit que les moines, les penseurs, les ermites et ceux qui se consacrent aux techniques de méditation recherchent depuis des millénaires. Il y a 26 siècles, deux écoles de pensée ont vu le jour en Chine, qui était alors de loin la société la plus avancée de la planète; elles représentaient deux façons d’atteindre l’état d’esprit dont jouit chaque détenu de longue durée sous autorité fédérale.

    time-prisonnier systeme carcéral pénitencier prisonConfucius était un sage qui croyait à l’approche fédérale du système carcéral: porter les mêmes vêtements, manger la même nourriture, suivre une même routine quotidienne, écouter la même musique, s’exposer aux mêmes couleurs encore et encore… essayer de ne pas essayer. Rendu à un certain point, le monde extérieur disparaît. Il ne vous reste que l’enfant intérieur, le «moi» intuitif uni à l’univers. Confucius appelle cet état «chi». À l’âge de 70 ans, Confucius ne remarquait plus ce qu’il portait ou ce qu’il mangeait: il se sentait alors complètement libre. Il avait réalisé le «chi»: une vie où l’on ne forçait rien.

    Les taoïstes, à la suite de Lao-Tseu, parvenaient au même état d’esprit par une route différente: une absence totale de rigidité. «Soyez comme le bois non sculpté», écrivait Lao-Tseu dans son livre, le Tao Te King. Renoncez; menez une vie simple; lâchez prise; consacrez-vous à quelque chose de plus grand que vous. Vers la fin de sa vie, Confucius fut accosté par un groupe de taoïstes qui lui apparut comme que de sales hippies. Aujourd’hui, la société chinoise vit avec les 2 écoles de pensées: elle suit les principes confucéens, tandis que les écrits de Lao-Tseu sont de grands succès en librairie.

    J’ai essayé de convaincre un autre détenu, hier, de la chance que nous avions d’être en prison et d’à quel point nous étions près du «chi». À la fin, je n’ai pu le convaincre que d’une chose, et c’est de ne pas me tabasser.

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    Occupation double et les prisons

    Stephen Harper et sa vision des prisons

    Où tout cela va nous mener?

    Raymond Viger Dossiers Prison

    Un fonctionnaire du système carcéral a osé dire à la radio:

    Une double occupation en prison ce n’est pas pire que deux étudiants qui cohabitent ou des soldats en service qui logent ensemble.

    prison-prisonnier-etablissement-carceral-systeme-penitencier-toleCependant, selon le recueil des règles et normes de l’Organisation des Nations Unies en matière de prévention du crime et de justice pénale, qui prévoit ce qui suit :

    Les cellules ou chambres destinées à l’isolement nocturne ne doivent être occupées que par un seul détenu. Si pour des raisons spéciales, telles qu’un encombrement temporaire, il devient nécessaire pour l’administration pénitentiaire centrale de faire des exceptions à cette règle, on devra éviter de loger deux détenus par cellule ou chambre individuelle.

    Selon les chercheurs Levy et Tartaro :

    Les cellules ou chambres individuelles permettent aux détenus d’avoir leur intimité et leur offrent un lieu qui les protège contre les agressions d’autres détenus.

    La position de Union of Canadian Correctional Officers – Syndicat des agents correctionnels du Canada – Confédération des syndicats nationaux (UCCO-SACC- CSN)

    La double occupation est un moyen non sécuritaire et inefficace pour aborder la gestion de la population carcérale, et elle se révélera inévitablement problématique pour les agents correctionnels, le personnel correctionnel, les délinquants, le SCC et, finalement, la population en général.

    Dans le Rapport annuel du Bureau de l’enquêteur correctionnel 2009-2010, l’enquêteur correctionnel Howard Sapers postule que:

    Au fur et à mesure que la population à gérer augmente, il y aura probablement une recrudescence des incidents de violence en établissement. (Rapport annuel du Bureau de l’enquêteur correctionnel 2009-2010)

    Selon les recherches de Lappin, 2009:

    Le surpeuplement des prisons et la double occupation influent sur le taux d’agressions graves commises par les détenus. Le surpeuplement submerge les gardiens de prison et conduit à une augmentation du nombre d’incidents violents parmi les détenus.

    Et pour répondre à ce fonctionnaire, non, une double occupation en prison, n’a rien de pareil à la vie d’un étudiant en colocation ou de séparer une chambre en tant que soldat. Parce qu’en prison, il y a une situation de permanence, une incapacité à sortir et fêter, une cohabitation subie, une perte d’intimité…

    Imaginez-vous que vous vous retrouvez en prison et qu’on vous présente votre nouveau colocataire… Un criminel notoire. Une personne violente et contrôlante…

    Êtes-vous d’accord avec ce fonctionnaire qui ose dire que la double occupation en prison est similaire à la cohabitation de deux étudiants pendant leurs études ou deux soldats pendant une mission?

    Notre chroniqueur de la prison Cowansville, Colin McGregor avait déjà, dès 2011, traité de la problématique de la double occupation dans les prisons.

    Référence sur la double occupation et la violence dans les prisons.

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    Colin McGregor est un prisonnier de Cowansville. Depuis plus de 3 ans, ce journaliste anglophone tient une chronique régulière dans le magazine Reflet de Société. Une chronique très appréciée par sa façon originale de nous conter une histoire carcérale et les anecdotes du système pénitencier.

    Colin et moi avons vécu une expérience fort intéressante. J’ai publié un roman humoristique L’Amour en 3 Dimensions. Une histoire pour dédramatiser les événements qui nous ont bouleversés. L’histoire est une source d’inspiration pour découvrir, d’une façon attrayante et amusante, une nouvelle relation avec soi-même et son environnement.

    Colin a traduit en anglais cette histoire qui peut être lu autant pour le plaisir que pour un cheminement personnel. Pour commander L’amour en 3 DimensionsLove in 3 D, journal@journaldelarue.ca, (514) 256-9000. 19,95$.

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    Après l’emprisonnement… la liberté?

    Choisir ses barreaux

    La progression

    Jean-Pierre Bellemare   Dossier Prison

    Totalement libre depuis maintenant un an, je me permets de faire un léger bilan sur cette trajectoire remplie de surprises incroyables. Pour commencer, en définissant notre liberté, celle qui s’arrête là où celle des autres commence, ne m’apparaît pas un concept pas facilement assimilable pour tout le monde.

    Un vieil ami, Roger Gamache, avait cette maxime: la liberté est le pouvoir de choisir ses propres barreaux. Mon Dieu que cette phrase m’avait choqué… on n’était et on ne serait jamais libre finalement.

    Bilan d’une nouvelle liberté

    Donc où en suis-je aujourd’hui? Autant je pouvais disposer de temps libre en étant incarcéré, autant j’en manque en étant libre! Sacré constat, que la recette du succès, s’il en existe une. D’abord s’oublier. Car chaque arrêt pour se plaindre, critiquer, juger ou même condamner sont de véritables freins à notre propre progression. Il y a des gens et des situations que j’aurais voulu changer. Mais cela ne m’appartient pas. Je ne peux pas changer le monde. Mais je peux changer ma façon de le percevoir. C’est plus facile ainsi et plus réaliste aussi.

    Un an plus tard, j’ai encore le même emploi que j’affectionne. Il me permet de socialiser avec toutes les classes de la société. J’apprends constamment à découvrir leur idéologie, leurs préoccupations, leurs angoisses et leurs petits tracas qui me font, je l’avoue, parfois sourciller. Comment les gens oublient leur façon de faire en pointant celles des autres. C’est connu : lorsque l’on pointe quelqu’un du doigt, il en reste quatre dirigés vers nous. Les gens aiment bien voir et analyser les choses qui vont toujours dans la même direction. C’est la même chose pour moi. Je ne suis pas plus fin qu’un autre. Lorsqu’une personne m’irrite, je trouve tout ce qu’il faut pour la condamner sans préliminaires.

    Mes plus grandes difficultés ne sont jamais venues des autres, mais bien de moi-même. Des objectifs parfois très farfelus que je me fixais. Des attentes inaccessibles. Un emploi à 100 000$. Miss Univers à la porte. Et surtout, aucun sacrifice sur quoi que ce soit pour atteindre tout cela.

    Famille et cancer

    On m’avait tellement arraché ce que je possédais, que je ne voulais plus rien laisser aux autres. Triste constat. Mais la vie ne fonctionne pas ainsi. Sortir de prison, avoir perdu toute ta famille ou même d’avoir survécu à un cancer ne te rend pas la vie moins facile. Toutes les dévotions aux saints, aux études ou même à une cause généreuse ne t’octroient pas de passe-droit. Aussi plate que cela puisse sonner.

    Arrêter la drogue, la boisson, le jeu, avec les efforts que cela exige ne fait pas en sorte que tu auras la partie plus facile que les autres qui n’ont pas souffert comme toi. Nous avons la fâcheuse habitude, en commençant par moi-même, de croire qu’après un certain nombre de sacrifices, les choses doivent se régler. NON, ce n’est pas nous qui avons le dernier mot. J’ai compris qu’il faut se relever les manches. En pensant que certains, peut-être moins privilégiés que nous, n’aurons jamais de répit jusqu’à leur mort.

    Voilà ce que j’ai compris après un an de travail acharné, d’efforts, et d’oubli de soi. Rien n’est encore fini et tout reste à faire. Mais si un homme averti en vaut deux, combien d’hommes vaut celui qui avertit les autres ?

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    Colin McGregor est un prisonnier de Cowansville. Depuis plus de 3 ans, ce journaliste anglophone tient une chronique régulière dans le magazine Reflet de Société. Une chronique très appréciée par sa façon originale de nous conter une histoire carcérale et les anecdotes du système pénitencier.

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    Et si Jean-Pierre Bellemare faisait la loi?

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    La chronique du prisonnier

    Et si Jean-Pierre Bellemare faisait la loi?

     

    C’est si facile de critiquer le système judiciaire. Pourrais-je plutôt trouver des moyens de corriger cette «machine»? Ayant vécu de très longues années en détention, je suis en mesure d’évaluer l’efficacité des politiques en place, du moins à mon échelle. Afin de proposer mes solutions, je chausse, le temps d’une chronique, les souliers du ministre de la Justice.

    Jean-Pierre Bellemare
    justice canadienne prisonniers

    L’auteur de ce texte est détenu depuis 22 ans à la prison de Cowansville et signe depuis 2 ans la Chronique du prisonnier dans la revue Reflet de Société.

    Durant mon «mandat», toutes mes décisions seront guidées par l’équité. Le système judiciaire est très mal perçu par la population carcérale. Les détenus  constatent les iniquités flagrantes de son fonctionnement. Les plus riches s’en tirent habituellement à bien meilleur compte, ce qui engendre un mépris vis-à-vis tout ce qui concerne la justice. Comment faire pour améliorer ce système considéré si mauvais?

    Je débuterais par la rémunération des avocats: tous au même salaire, afin d’éviter que seuls les accusés les plus riches aient accès aux meilleurs. Ensuite, les avocats devraient alterner leurs rôles, soit une année à la défense, puis une à la poursuite. Cette double pratique élargirait leur compréhension des impacts de leurs décisions. La pratique actuelle ne leur fournit qu’un côté de la médaille.

    Les forces de l’ordre sont aussi dirigées selon deux approches opposées, l’une répressive et l’autre préventive. Ces deux aspects du métier devraient plutôt être complémentaires. Les policiers, et cela s’appliquerait aussi aux avocats, devraient expérimenter la prévention dans les quartiers défavorisés. La répression serait, quant à elle, utilisée contre une criminalité plus professionnelle. Il faudrait aussi que les agents ne soient pas cantonnés dans un même secteur, afin d’élargir leurs horizons, par exemple, en les déplaçant annuellement d’un quartier riche vers un quartier pauvre. Cette manière de faire devrait prévenir, chez certains policiers, le laxisme, la familiarité et l’indifférence envers les plus démunis. Je leur donnerais de plus le pouvoir de régler, par des constats à l’amiable, la petite criminalité: vol à l’étalage, bagarre, consommation de drogues, etc.

    Des libérations trop conditionnelles

    J’abolirais ensuite la Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC). Cet organisme qui se doit d’être impartial et transparent n’arrive pas à remplir adéquatement son mandat. La CNLC est devenue un instrument de chantage et de malversations. Le fait que les fonctionnaires y soient nommés par le gouvernement pour des motivations politiques en démontre le favoritisme. Si, comme le prétend le gouvernement, la sécurité du public était une priorité, la sélection des commissaires serait réservée uniquement à des experts en la matière. Les pénitenciers possèdent des équipes de gestion de cas capables de s’en occuper.

    En dernier lieu, lors d’un procès, si un témoin de la défense est en conflit d’intérêt, son témoignage serait rejeté. Des criminels pris les culottes à terre sont régulièrement contraints de témoigner contre leurs confrères, parfois en échange d’une rémunération ou d’une réduction de peine. Leur version des faits sera tout de même reçue par la cour. L’iniquité envers l’accusé dans ces cas est incroyable. Tout le monde devrait être traité sur un pied d’égalité devant la loi.

    Les corps policiers reçoivent un budget imposant pour la formation de leurs membres et l’achat d’équipements très sophistiqués. Pourquoi donc s’en remettre presque toujours au témoignage d’un délateur? La facilité pour les policiers de faire condamner un suspect grâce aux délateurs les encourage à réduire leurs efforts et à s’abstenir d’améliorer leurs méthodes d’enquêtes.

    [NDLR: Dans ce texte, le ministre Bellemare a sauté plusieurs fois la clôture séparant les compétences des gouvernements fédéral et provincial. Mais, tout comme nous nous permettons d’imaginer Jean-Pierre ministre de la Justice, nous lui avons permis de remplir son mandat dans un monde sans conflits de juridiction entre les différents ordres de gouvernement.]

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    Illustration: Louise Pianetti-Voarick

    Reflet de Société, Vol 18, No. 1, Septembre/Octobre 2009, p. 8

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    Detenu sans aide et sans support

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    Détenu sans aide et sans support

    Ce texte a été rédigé par Jean-Pierre Bellemare. Détenu depuis 22 ans à la prison de Cowansville, l’auteur signe depuis 2 ans la Chronique du prisonnier dans la revue Reflet de Société. Il explique ici les difficultés qu’éprouvent les prisonniers de parler de leurs tourments intérieurs et l’incapacité pour eux d’obtenir de l’aide qui en découle.

    Admettre ses erreurs

     

    Il faut avoir suffisamment de lucidité pour d’abord reconnaître que nous avons un problème. Cela sous-entend que nous avons manqué de jugement en ce qui concerne nos limites à un moment donné. De s’admettre dépassé ou surchargé demande une humilité que nous les hommes percevons trop souvent comme de la fragilité, de la vulnérabilité.

    Silence en prison

    Pourtant, ce point de départ est incontournable pour avoir de l’aide. Au pénitencier, de s’ouvrir ainsi représente un véritable danger car plusieurs d’entre nous avons coupé les ponts avec cette fragilité intérieure que nous confondons avec notre vulnérabilité. Nos passés furent souvent des suites de drames qui nous ont exacerbés au maximum.

    Les baguettes en l’air

    À force de manger des coups, il devient normal de marcher avec les «baguettes en l’air» pour se protéger. Tristement, la vie nous apparaît beaucoup moins attrayante qu’elle ne devrait l’être et notre souffrance et notre malheur nous semblent alors être la norme.

    Peur de se faire aider

    L’amélioration et le changement deviennent presque impossible parce qu’avec les «baguettes en l’air» de manière défensive, nous maintenons en place des barricades empêchant toute aide extérieure de s’approcher.

    Jean-Pierre Bellemare

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    poesie-urbaine-jean-simon-brisebois-art-de-la-rue Poésie urbaine. L’âme de l’ange. Jean-Simon Brisebois.

    À chaque mort, une naissance. À chaque naissance, un combat! Recueil de pensées et de poésies influencé par le béton, la rue et son vécu urbain. De jour et de nuit, la vie continue, se transforme. À travers les ombres et pénombres, elle se colore de différentes nuances de gris.

    Disponible par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
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    Réaction des jeunes de Longueuil

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    Réaction des jeunes de Longueuil

     Dossier Prostitution et Suicide Les élèves de l’école secondaire Gérald-Filion, située à Longueuil, ont lu l’édition de septembre 2008 de Reflet de Société (Vol.16, no.6). Invités à commenter le contenu des articles, les adolescents nous font part ici de leurs réactions et de leurs réflexions.

    parole aux jeunes sur sexualité sexe éducation sexuelle 

    Réactions au texte «À Benjamin mon fils», de Guillaume Lemire.

    Un père écrit à son fils dans la plus grande sincérité. Reconnaissant les erreurs commises de sa part dans le passé et se remémorant les moments de tendresse en famille, Guillaume Lemire cherche à communiquer avec son fils Benjamin qui, selon toute vraisemblance, s’est éloigné de son père.

    Commentaires des jeunes

    Votre histoire est touchante. J’ai appris quelques détails à propos de mon père et moi. Si un père ou une mère se fâche, les enfants vont penser tout de suite que leurs parents ne les aiment pas, mais ce n’est pas vrai. En réalité, les parents veulent le bien de leurs enfants. J’ai vécu une situation pareille.

    Sara Mohammad Nadir

    Je n’ai pas encore d’enfant, mais je peux quand même comprendre ce que vous avez raconté puisque c’est arrivé à mon oncle…

    Il a eu un enfant et, je vous jure, c’est presque la même histoire que vous. Quand j’ai lu votre texte, je me suis dit que vous aviez quand même beaucoup de courage pour écrire cela.

    Charles Duchesneau

    Je me suis rendu compte que les pères ont aussi une grande importance pour leurs enfants et leur mère. Je fais plus attention à mon père, je passe plus de temps avec lui.

    Zakaria Bennani

    J’ai été très époustouflé et ébloui par votre amour dédié à Benjamin, votre fils.

    Votre lettre m’a beaucoup marqué, on voyait la sincérité de vos mots, qui provenaient de votre cœur. Je n’ai jamais vraiment connu mon père, car, durant mon jeune âge, le ciel l’a emporté. Je n’ai pas connu ce qu’était l’amour d’un père à l’égard de son fils, même si ma mère essayait de tenir son rôle.

    J’ai finalement eu un nouveau papa. J’ai espéré avoir de l’affection de sa part, mais cela n’a pas pu se produire. Il ne le montrait pas, même s’il disait à ma mère qu’il nous aimait et qu’il était heureux de vivre avec nous.

    Après avoir ressenti cet amour que vous aviez exprimé à travers cette lettre, j’ai appris que nous devons exprimer ce qu’on ressent aux personnes qui nous sont les plus chères.

    Anonyme

    Réactions au texte «Prison intérieure», de Jean-Pierre Bellemare.

    Dans cette chronique du prisonnier, Jean-Pierre Bellemare décrit la fermeture d’esprit qu’il perçoit chez certains de ses codétenus. Il partage également le cheminement qui lui a permis, au cours de sa peine d’emprisonnement, de se débarrasser de sa «prison intérieure».

    Commentaires des jeunes

    Je crois que peu importe le crime que vous avez commis, aider ceux qui en ont besoin vous permet de vous racheter peu à peu auprès de la société.

    Je voudrais vous souhaiter bonne chance dans votre «quête». Je dis quête, car je crois personnellement que vous êtes en quête du bien.

    Kevin Godin, 15 ans.

    La plupart des hommes ne connaissent pas leur prison intérieure et se retrouvent dans de très mauvaises situations. Parfois, ils rejettent la faute sur les autres parce que leur prison intérieure les oblige à vivre dans le mensonge.

    «N’est pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir.» Mais vous avez découvert cette prison et vous vous êtes échappé. Je vous en félicite!

    Dramou Foromo Élisée, 17 ans.

    Votre article m’a vraiment incité à réfléchir à mes problèmes d’une autre façon et à devenir une nouvelle personne.

    J’ai toujours pensé que ma façon de vivre était ingérable. J’ai toujours cru que mes problèmes n’allaient jamais finir. Mais quand j’ai lu votre article, ça m’a fait penser à la façon ridicule dont je voyais les choses. Je me suis senti comme une toute nouvelle personne.

    Merci de ce partage.

    Brando Rojas Vargas

    Quelle sagesse quand vous affirmez que la plus grande et la plus solide prison n’était pas de fer, ni de pierre, mais bien de notre esprit.

    Depuis que j’ai lu cet article dans le journal, je peux vous affirmer avoir changé. Maintenant, je tente de faire changer les gens autour de moi. Cela a même fonctionné avec ma petite amie! Elle s’était enfermée dans une prison mentale où la seule chose qu’elle faisait était s’apitoyer sur son sort.

    Pour chaque porte, il y a une clé. Votre esprit est une prison, votre cœur, une clé. Sachez l’utiliser. Et aimer. La vie sera alors magnifique.

    Danny Martin-Langlois

    Réactions au texte «Passages nuageux sur ciel ensoleillé», de Sunny Boy.

    Agressé par un membre de sa famille à plusieurs reprises, Sunny Boy perd goût à la vie. Après avoir vécu dans la prostitution homosexuelle et en être sorti trois ans plus tard avec l’aide de ses parents, les horreurs de la vie le poussent à faire une tentative de suicide… qui échoue. Dans un texte authentique, Sunny Boy partage son vécu et jette un regard éclairé sur les gens aux prises avec des idées suicidaires.

    Commentaires des jeunes

    Bonjour Sunny,

    J’avais beaucoup de questions à la suite du suicide d’un ami de ma mère et ton texte m’a aidée à comprendre.

    Ma mère ne l’a pas vu venir, moi non plus d’ailleurs. Je ne lui en veux pas, mais j’éprouvais de la colère quand je pensais à son geste. Je n’avais aucune raison valable de lui en vouloir. Il souffrait et voulait se sentir mieux. J’espère qu’un jour, on pourra intervenir encore plus rapidement pour aider les personnes suicidaires…

    La vie est belle, mords dedans. C’est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber!

    Valérie Bouillon, 15 ans

    Quand j’avais huit ans, ma mère s’est enlevée la vie. Pendant plusieurs années, je n’ai pas compris pourquoi elle avait fait ça. Puis, l’année de mes 12 ans, mon père a enfin eu le courage de me dire que ma mère souffrait de dépression.

    Aujourd’hui, je crois que j’ai réussi à faire mon deuil. Je sais que ce que vous vivez n’est pas facile tous les jours, mais je crois que la vie vaut la peine d’être vécue. Je suis sûre que ce que vous avez écrit a fait réaliser beaucoup de choses à plusieurs personnes comme moi et a su nous aider.

    Je vous dis bravo pour le courage dont vous avez fait preuve pour écrire votre article.

    Annie Jolicoeur, 15 ans

    Réaction au texte «Lettre à mon agresseur», de Maline.

    Maline retourne huit ans en arrière. À l’école primaire, elle est victime d’un attouchement sexuel auquel se livre son enseignant préféré. Bien que traumatisée par l’événement, Maline dégage une force de caractère inouïe dans une lettre écrite de sa main et dédiée à son agresseur.

    Commentaires des jeunes

    Maline,

    Ta lettre m’a beaucoup touchée. Tu as beaucoup de courage d’écrire une lettre à ton agresseur, qui t’a fait tant souffrir.

    J’ai été vraiment choquée de savoir qu’il était encore libre après ce qu’il t’a fait. Un pédophile ne guérit pas tant qu’il n’a pas eu d’aide des centres psychiatriques. Je sais que ce n’est pas de ta faute, tu étais jeune et tu lui faisais confiance, mais lui, il a abusé de toi. Tu aurais dû parler à tes parents de ses comportements bizarres lorsqu’il parlait de sexe, de pédophilie et aussi lorsqu’il te mettait mal à l’aise.

    Tu es une femme forte et tu as réussi à surmonter tes faiblesses (les crises, les traitements que tu as reçus durant ces dures années). Continue et vis ta vie au maximum, car tu n’en as qu’une seule. Sois heureuse.

    Anonyme

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