Jeune et dépression

Jeune et dépression

Jacynthe Morissette   Dossier Santé mentale

Novembre, il fait froid dehors. Le soleil semble ne plus jamais me réchauffer. J’ai de la difficulté à me diriger dans le monde, comme si la vie avait perdu tout son magnétisme. J’ai 14 ans, l’école, je la fuis. Les gens, je les fuis. Je ne suis plus moi-même… Depuis déja quelques semaines, je ne dors presque plus. Ma tête va trop vite. Je n’ai pas faim, la bouffe est si fade. Je n’ai envie de rien, ni de pleurer, ni de sourire.

Évidemment, mes proches sont bouleversés, qu’est-ce qu’il m’arrive bon Dieu? Il semble n’y avoir rien pour me sortir de ma torpeur. Ni la drogue, ni aucun autre soulagement ne taisent la douleur interne qui grandit à chaque minute, seconde, qui passent.

Les autres, ceux qui ne comprennent pas toujours, ont tendance à juger. Je ne suis plus ni une étudiante ordinaire, ni une amie ou une fille normale, ni même humaine, je suis… perdue.

santé mentale psychiatrie L’hôpital: la psychiatrie

Ce que je ne savais pas, c’est que ce mal porte un nom. Je suis allée a l’hôpital accompagnée de mes proches et on m’a hospitalisée, oui, en psychiatrie, car peu importe l’étage où ça se trouve, c’est nommé: PSYCHIATRIE.

Vous seriez surpris du nombre croissant de jeunes qui s’y trouvent: la dépression, bien que très répandue, n’est pas la seule maladie mentale existante. Il y en a vraiment beaucoup. Malheureusement, elles sont encore taboues: que ce soit la maniaco-dépression, la schizophrénie, ou encore les troubles de personnalité (pas seulement les troubles de personnalités multiples qu’on voit dans les films) et j’en passe…

J’ai passé plus de deux mois surveillée de près, au cours desquels on m’a réappris à apprécier la vie. On m’a appris que c’est humain de souffrir, mais divin de se relever. J’ai commencé à prendre des antidépresseurs, il y a de cela six ans.

J’ai aussi opté pour une thérapie, question de sortir mes vidanges internes une fois pour toutes. Bien sûr, ce cheminement ne s’est pas fait en un jour, mais, comme disait ma thérapeute: ma détermination d’aujourd’hui est ma libération de demain.

J’écris tout cela, car je sais combien il est difficile d’accepter que l’on est malade, ou juste pas bien. De dire oui à la vie.

Regard des autres: les préjugés

Quand j’ai finalement obtenu mon congé de l’hôpital, je devais affronter une nouvelle épreuve: les autres, les regards de tous ceux, à l’école, au travail, qui m’ont vue dépérir des semaines durant. Je ne leur devais pas d’explications claires quant à mon état mais il était néanmoins dur de subir la pression de la curiosité mal placée.

Malgré tout, j’ai réussi, par de nombreux efforts, à passer mon année. J’ai compris aussi la leçon la plus importante en écoutant les gens. Toute notre vie, il y aura des personnes pour nous apposer des étiquettes, mais il ne tient qu’à nous d’être honnêtes envers nous-mêmes et de nous affranchir, d’aller au-delà de ces noms, sobriquets et stupidités. Moi, je n’ai qu’une vie à vivre alors je parle et, tant que je suis respectueuse, je peux tout dire.

Ma motivation, c’est la vie, la compréhension de l’autre, de l’humain, donc inévitablement, la communication. C’est pour cela qu’aujourd’hui, je vous envoie ce texte pour que d’autres, qui se sentent limités par leur état, ne le soient plus. Il n’y a pas de recette miracle au malaise intérieur. Il n’y a que de l’apprentissage sur soi, l’instauration d’une écoute interne entre qui je suis, qui je pense être et ce que j’aimerais être. Quant aux limites, il n’y en a qu’une seule, c’est nous-mêmes.

On m’a un jour dit une phrase qui m’a fait beaucoup réfléchir, «ta vie a l’air palpitante!» Et elle l’est, mais, «pourquoi la tienne ne l’est pas?»

Un peu de magie contre la dépression

On a tous des rêves, on a tous des souffrances, on a tous du sang dans nos veines. Parfois, il faut imprégner notre quotidien d’une dose de magie. Ce petit plus qui rend une journée ordinaire remplie d’émotions extraordinaires. Pas besoin d’argent, ni de gadgets hi-tech. Un peu d’imagination suffit. Qu’est-ce qui me ferait plaisir? Avoir plus de temps pour lire? Retourner à l’école? Apprendre l’allemand? Moi je dis: rien n’est impossible à celui qui veut vraiment.

J’ai commencé ainsi à me réaliser davantage. J’ai suivi de nombreux cours et formations, pris plus de temps pour mes loisirs et pour concrétiser mes rêves. Depuis, j’ai grandi et vieilli. J’ai aujourd’hui vingt ans. J’ai toujours un traitement et l’aurai probablement jusqu’à la fin de mes jours. Maintenant, je sais ce que je vaux et ce que je peux accomplir…

Le sourire aux lèvres après des années d’enfer, elle s’apaisa enfin, cette douleur. C’est alors que la torpeur se dissipa. Je compris ce que je devais faire: écrire et parler de mon histoire.

Que tout ceux qui se sentent mal comprennent que les traitements vont au-delà du physique, il faut aussi apprendre a être bien avec soi-même.

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Les aimants favorisent la croissance des neurones

Les aimants favorisent la croissance des neurones

(Agence Science-Presse) – Les aimants stimulent la croissance des cellules du cerveau, du moins chez la souris. La stimulation du cerveau par un aimant entraîne l’apparition de nouveaux neurones dans les régions associées à l’apprentissage et à la mémoire. Si les aimants provoquaient les mêmes effets chez les humains, cette découverte permettrait le développement de nouveaux traitements pour freiner le déclin de la mémoire associé à l’âge et à certaines maladies comme l’Alzheimer. La stimulation magnétique trancrâniale est déjà utilisée de façon expérimentale pour traiter différents désordres neurologiques incluant la dépression, la schizophrénie et pour la réhabilitation des personnes victimes d’accidents cérébro-vasculaire.

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Phobies : Comprendre ses angoisses

Phobies : Comprendre ses angoissesMorgane Lapeyre, volume 15 no 6, août 2007

 Empreinte psychologique d’un traumatisme, la phobie est trop souvent interprétée comme une faiblesse de caractère. Elle tourmente environ 15 % des Québécois et toucherait deux fois plus de femmes que d’hommes. Mis sur le compte de la timidité ou d’une personnalité introvertie, son impact est banalisé. Il s’agit pourtant d’une maladie mentale qui peut occasionner des désagréments physiques.

La phobie est l’extériorisation à retardement d’un choc physique ou émotionnel. Selon le psychiatre et porte-parole scientifique de la Fondation des maladies mentales, le Dr Martin Tremblay, elle est le prolongement exagéré d’une peur tout à fait normale. « L’anxiété fait partie de la nature humaine. Elle a quelque chose de sain, de bénéfique, puisqu’elle est instinctive, explique-t-il. La peur nous prémunit contre le danger. »

L’anxiété devient cependant pathologique lorsqu’elle crée une cassure dans le comportement de la personne. Elle engendre alors un bouleversement dans la vie quotidienne du patient, pouvant empoisonner ses relations et occuper son esprit de manière obsessionnelle.

Pour Luc Dieu, hypnothérapeute, les phobies seraient en nombre infini, puisqu’elles se nourrissent précisément d’éléments situationnels. Comme photographiés, les détails de la scène du drame resteraient gravés dans la mémoire et dans le corps de « la victime de ce concours de circonstances. »

Un enfant brutalisé par son père pourrait ainsi associer son malaise non pas à la violence paternelle, mais à autre chose. À l’odeur de cuir par exemple, si l’enfant se fait frapper avec une ceinture. Une phobie peut donc aboutir à une autre, par association. « Avec cette façon de s’installer, on peut développer une phobie avec n’importe quoi! »

S’adapter ou éviter

Chaque individu réagit différemment face à une situation angoissante ou embarrassante. Certains vont adopter un comportement d’évitement, d’autres auront la faculté de s’adapter et dissimuleront leur gêne sous le rire ou la plaisanterie, illustre Jean Rémi Provost, le directeur de Revivre, une association québécoise destinée aux personnes souffrant de troubles anxieux, dépressifs et bipolaires. Dans le premier cas, l’environnement représente une menace pour l’individu. C’est donc un terrain fertile au développement de la phobie.

Puisqu’elles concernent le rapport avec autrui, la phobie sociale et l’agoraphobie auraient plus de répercussions sociales que la phobie spécifique (vis-à-vis de quelque chose de précis, comme la peur des araignées). « On ne choisit pas de s’isoler du monde. Il s’agit d’une réponse comportementale à une situation que l’on ne sait pas gérer, et donc que l’on préfère éviter », précise Jean Rémi Provost. Selon le Dr Martin Tremblay, les phobies engendrent souvent des complications majeures, comme la toxicomanie, la dépression ou encore l’alcoolisme, qui renforcent l’isolement de l’individu.

Quant aux phobies plus rares, comme la phobie du bâton de réglisse, elles sont, d’après lui, souvent le prélude à d’autres maladies mentales, telle la schizophrénie. Lorsque le comportement du phobique s’éloigne de la norme, les mots fusent. Et blessent. « Dès que quelqu’un sort du lot, les autres s’en méfient. Ils jugent que c’est un danger potentiel », souligne Luc Dieu.

Rôle parental

La phobie se développe généralement au cours de l’enfance, lorsque la personnalité n’est pas encore construite. « La personnalité est un amalgame de deux choses, explique Martin Tremblay, une prédisposition à réagir, modelée dans un environnement. » La phobie peut donc être transmise socialement, c’est-à-dire au contact de son entourage, par apprentissage et par observation.

La socialisation de l’enfant et, par conséquent, l’attitude des parents, jouent un rôle important dans le développement de la phobie. Selon le Dr Tremblay, la phobie peut se développer par imitation du comportement des parents.

Jean Rémi Provost croit également que les parents peuvent « exacerber la prédisposition génétique de l’enfant » s’ils ne lui apprennent pas à gérer une situation d’anxiété, mais l’encouragent à adopter un comportement d’évitement. Un parent introverti ou asocial risque d’inciter son enfant à s’isoler de camarades qui auraient refusé de jouer avec lui plutôt que de le pousser à persévérer pour s’intégrer à un groupe de pairs, illustre-t-il.

L’inconnu effraie, mais il est important d’apprendre à affronter ses peurs, et ce, dès l’enfance. Le phobique grandit souvent dans un milieu trop protecteur, croient Jean Rémi Provost et Martin Tremblay. Il n’apprend pas à faire face à des situations difficiles, qui demandent un effort de maîtrise de soi. Le phobique préférerait donc éviter de se trouver dans des situations angoissantes et déstabilisantes plutôt que d’y être confronté.

Les grands classiques

  • Phobie sociale: peur persistante d’une situation sociale ou de performance qui peut exposer la personne au regard attentif des autres
  • Claustrophobie: peur des espaces confinés
  • Arachnophobie: peur des araignées
  • Agoraphobie: peur des espaces libres et/ou des lieux publics.

Les plus rares

  • Onomatophobie: peur de dire ou d’entendre certains mots
  • Anatidaephobie: peur fictionnelle qu’un canard est en train de vous regarder
  • Calligynephobie: peur des femmes aux formes voluptueuses
  • Dicophobie: peur des dictionnaires

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Les accouchements naturels sont-ils dangereux?

Les accouchements naturels sont-ils dangereux?

(Agence Science-Presse) – Les naissances naturelles, c’est-à-dire, par voie vaginale, augmenteraient les risques d’hémorragie au cerveau des nouveaux-nés, selon une nouvelle étude. Mais, les scientifiques ne savent pas si ces saignements sont susceptibles de causer des problèmes de développement ultérieurs aux enfants.

Les psychiatres de l’Université de la Caroline du nord, à Chapel Hill, ont étudié le développement normal du cerveau de plusieurs bébés lors de leurs recherches sur la schizophrénie. Ils découvrirent que certains nouveaux-nés souffraient de petites hémorragies à la naissance. « C’était une découverte inattendue », explique John Gilmore, psychiatre. « Nous avons donc décidé de chercher la cause de ces saignements. » Les chercheurs examinèrent plusieurs nouveaux-nés sains et réalisèrent que 26% des bébés nés naturellement avaient des traces de sang dans le cerveau. Aucun bébé né par césarienne n’en avait. « Il semble que ces petits saignements soient simplement causés par le fait de passer par l’étroit passage du col de l’utérus », explique Dr Gilmore. Les hémorragies qui ont été diagnostiquées par résonance magnétique étaient toutes subdurales. Le sang se dirigeait vers l’extérieur du cerveau plutôt que dans les tissus mous, ce qui permet aux scientifiques de croire qu’elles sont sans danger.

De plus en plus de femmes en Occident choisissent l’accouchement par césarienne. Cette étude risque d’en convaincre davantage à faire ce choix.

« Il est important de suivre le développement de ces bébés pour vérifier si les petites hémorragies observées auront des conséquences plus tard au cours de leur développement », indique Rosemary Higgins néonatologue au National Institutes of Health (NIH). « Par contre, il est beaucoup trop prématuré de conseiller la césarienne aux femmes qui ont une grossesse normale. Les risques et les bénéfices pour la mère et l’enfant ne sont pas encore assez connus. »

Textes sur la famille et sur la santé.

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Schizophrénie: où s’arrête la liberté d’une personne malade?

SCHIZOPHRÉNIE: OÙ S’ARRÊTE LA LIBERTÉ D’UNE PERSONNE MALADE?
écrit par Roberto Mayer, Dossier Santé mentale

Il y a trois ans, ma meilleure amie me téléphone à 1 h du matin. Elle se sent menacée et poursuivie. Son discours est décousu. Sa sœur jumelle ayant développé cette maladie un peu avant elle, je comprends rapidement qu’elle est en état de psychose. Je l’invite à venir chez moi sans délai. Je tente de la raisonner, mais rien n’y fait. Je me sens dépourvu et impuissant.

Le lendemain, elle part avec son fils de neuf ans vers un chalet dans les bois où elle croit qu’elle sera en sécurité. «De toutes façons, me dit-elle, si je crois qu’ils sont pour nous retrouver, ils vont me trouver pendue avec mon fils dans le garde-robe». Je lui demande si elle est consciente de ce qu’elle vient de me dire. Elle me répond que oui, mais que ce n’est que pour protéger son fils, car ce qu’ils lui feraient serait bien pire, et elle s’en va…

La seule façon que je trouve pour l’aider est d’appeler la Direction de la protection de la jeunesse (D.P.J.). J’ai l’impression de trahir une amitié et j’ai peur qu’elle m’en veuille. Je téléphone aux autorités. Ils agissent, placent l’enfant chez ses grands-parents et incitent la mère à se faire soigner.

Elle quitte ensuite l’hôpital sans aucun encadrement imposé. Avec la désinstitutionalisation, elle n’a qu’à formuler un refus de traitement pour qu’on la laisse partir en prétextant qu’elle n’avait rien dit qui prouvait qu’elle représentait un danger pour sa personne. À mon avis, son refus de se faire soigner prouvait plutôt le contraire.

Pour l’obliger à suivre un traitement, cinq membres de sa famille devraient intenter un recours judiciaire pour lui retirer ses droits. Si la famille et les gens autour n’ont pas l’idée ou la capacité de le faire, rien ne peut contraindre une personne atteinte de maladie mentale de se faire soigner.

Quatre mois plus tard, je reçois un appel de sa mère. Mon amie s’est pendue. Elle est entre la vie et la mort. Après deux semaines dans le coma, elle garde des séquelles dues au manque d’oxygénation au cerveau. Elle n’a aucun souvenir de moi mis à part mon nom. Elle ignore pourquoi elle est à l’hôpital. Elle ne se souvient pas de son geste… Moi, je m’en souviens.

À mon avis, il est inacceptable que notre société se soit à ce point déresponsabilisée à l’égard de ces personnes au nom de la liberté de la personne et de l’intégration sociale.

Il est plus que temps de regarder notre responsabilité vis-à-vis de ces personnes qui ont besoin d’aide et qui sont laissées à elles-mêmes.

 Je suis un intervenant de crise. L’histoire que décrit Roberto, je l’ai vécue à maintes reprises. Malgré la difficulté d’appeler les ressources pertinentes, Roberto a très bien agi en les faisant intervenir. Cette difficulté d’avoir un suivi après la psychiatrie ou l’hôpital est malheureusement réelle. J’ai vu des jeunes faire des tentatives de suicide. Dès que le «physique» du jeune le permettait, l’hôpital le laissait partir. Au mieux, avec un rendez-vous avec un psychiatre, dans six à neuf mois! Pas de suivi. Pas d’encadrement.

La question est bien posée par Roberto. Est-ce acceptable de laisser des gens qui ont besoin d’aide sans encadrement, sans suivi, sans ressources adaptées? R.V.

autres textes sur le  suicide:

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