Les animaux et la nature peuvent aider les hommes

Aide aux hommes en difficulté

L’Auberge qui réparait les hommes

La ferme de l’Auberge, située dans le village de Roxton Falls, a reçu plus d’une cinquantaine d’hommes en difficulté en 2013. Certains vivent une séparation ou un deuil, d’autres ont des problèmes de dépendance ou des difficultés à se reconnecter avec leur intériorité.

Geneviève Kiliko        Dossier Communautaire

Aide aux hommes en difficultéLa nature, une bonne alimentation, un bon sommeil… tout cela est mis de l’avant dans cette maisonnée. Benoît Houle, propriétaire et fondateur de l’organisme, m’a accueillie chaleureusement dans cette demeure qui apporte aide et soutien aux hommes par le biais de la nature et de l’agriculture. J’ai aussi eu la chance de m’entretenir avec Christian, usager depuis quelques semaines.

L’arrivée

Cet organisme à but non lucratif existe depuis maintenant 14 ans. La maison est bâtie sur un terrain où cohabitent hommes et animaux: vaches, poules, lapins, chats, chiens… Ce n’est pas, à proprement parler une maison de thérapie, mais les animaux apportent une richesse à l’homme, particulièrement dans un contexte où les gens ont besoin de renouer avec leur affectivité.

D’après le propriétaire, Benoît Houle, les animaux sont bénéfiques aux hommes de la maisonnée: «Y’a des gars qui parlent aux chats et ils ont l’impression que ces animaux sont plus animés que les êtres humains. Le fait de caresser un chat leur permet de transmettre leur affectivité. Même chose avec les chiens. Quand ils les prennent, les gars se couchent à côté d’eux, comme si c’était leur blonde. Y’a quelque chose qui vient remplir le manque affectif qu’ils peuvent vivre», affirme-t-il.

Soutien et confitures

À l’Auberge de Roxton Falls, ils cultivent des fruits, dont des baies sauvages, de toutes sortes: bleuets, mûres, fraises, pommes… Cette variété de fruits leur permet de cuisiner des confitures, et les usagers y travaillent à raison de 3 jours par semaine.

«On fait environ 500 pots par semaine, c’est un peu artisanal, mais c’est 12 mois par an. Nous avons des clients dans quelques villes au Québec. On ne peut pas employer quelqu’un pour le développement, donc on essaie d’en faire la vente nous-mêmes», précise M. Houle. Grâce à un terrain de 6 acres de terres cultivables et un bon congélateur, ces messieurs produisent les fruits l’été et les congèlent de façon à pouvoir travailler toute l’année.

Pour ce travail de confiserie, les hommes reçoivent un montant symbolique de 20$ par jour, afin de les encourager dans leurs démarches. Néanmoins, chaque usager de l’Auberge doit débourser un montant mensuel selon ses revenus. Cette contribution personnelle permet de subvenir aux besoins de base de toute la maisonnée.

À bout de souffle

Malgré cette activité de financement, la ferme de l’Auberge manque d’argent.

Chaque année, Benoît Houle demande des subventions mais cela ne marche jamais. «Ce qui nuit, c’est que je suis propriétaire de la maison donc ils me disent que je suis en conflit d’intérêts, car j’en suis aussi le directeur. J’ai ouvert ma maison à d’autres personnes et je crois qu’ils ont de la difficulté à croire ça. Ils se disent: “Il doit avoir de quoi en arrière de la tête, il doit vouloir se faire de l’argent avec ça!” Moi, j’étais animateur de pastorale dans les écoles, c’est plus une mission que pour faire de l’argent. De toute façon, la plupart des gars qui arrivent ici n’en ont pas, ils payent la pension selon les revenus qu’ils ont.»

Le gouvernement ne contribue pas financièrement à cette ressource, mais des établissements gouvernementaux, tels que les hôpitaux, sont bien heureux de pouvoir y recommander leurs patients, qui sont de plus en plus nombreux à utiliser leurs services. En effet, le nombre de références augmente depuis les dernières années: au moins une demande par jour. Des professionnels de la santé recommandent même des patients atteints de schizophrénie.

Évidemment, les demandes sont traitées individuellement, tout dépendant de la gravité de la pathologie.

À la ferme de l’Auberge, il n’y a pas de limite de temps. Les hommes peuvent rester aussi longtemps qu’ils en ont besoin s’ils acceptent de participer aux tâches quotidiennes de la maison. La petite ferme peut recevoir jusqu’à 10 usagers à la fois; chacun à sa chambre.

Christian

Christian, 27 ans, demeure à la petite ferme de l’Auberge depuis peu. Il était à la recherche d’un endroit pour réfléchir à sa vie et pour se dissocier du monde de la consommation. «Le fait d’être dans la nature me reconnecte avec ce qui est concret. Je veux dire qu’avant, c’était plutôt le matériel qui comptait. Et là, je pense que ça me fait du bien de revenir aux choses fondamentales, ça me reconnecte à mon cœur.

«Disons qu’avant je vivais pour l’argent, et finalement, je m’y perdais. Je n’avais aucune fierté personnelle. C’est sûr que j’avais un problème de drogue, mais ce n’était pas le fond de la chose. J’avais un vide de sens, un vide de “pourquoi je suis ici, qu’est-ce que je fais?”», confie Christian en toute humilité.

Le vide

Christian est né au Rwanda et est arrivé au Québec à l’âge de 2 ans. Il fait souvent des allers-retours entre le continent africain et le Canada au cours de son enfance, car son père était appelé à voyager pour son travail. Mais à l’âge de 27 ans, il perd son emploi ainsi que sa copine. Il ressentait un grand vide intérieur et la vie effrénée du quotidien ne le satisfaisait plus.

Tout a commencé lorsqu’il avait 14 ans. À cette époque, sa copine consommait et il a commencé à faire de même. Il a continué à prendre de la drogue au fil des années, alors que son vide intérieur s’accentuait. «Quand tu ressens ce vide-là, t’as encore plus envie de consommer», dit-il. Il se posait des questions sur la vie en général; elle lui paraissait lourde et sans intérêts.

«Quand une société met tout en avant pour te divertir, je pense qu’il y a des questions à se poser. Il faut voir pourquoi le besoin de s’évader est aussi présent. Si on en a autant besoin, c’est que notre pression est vraiment intense. Ce qu’on nous dit, c’est que la “normalité”, c’est d’avoir un travail, de l’argent et d’accumuler du matériel.

«Pour moi, il y avait un blocage lorsque je pensais à ça, ce n’était pas une finalité. Je remettais en cause les principes fondamentaux de la société. Je me suis dit que ce n’était pas tant la consommation de drogue le problème, mais la consommation comme mode de vie», renchérit-il.

Prendre le temps

Et visiblement, l’Auberge lui a donné le temps et l’espace nécessaires pour trouver un sens à sa vie. «Je pense voir des portes. J’y pensais avant, mais je ne prenais pas le temps. C’est ça l’affaire. Travailler, aller voir des amis, consommer… À un moment donné, on ne prend plus le temps. Cela passe vite, puis on oublie. On ne prend pas le temps de penser à soi-même. Ici, j’ai tout le temps et ça fait du bien, je n’ai plus de tracas avec le monde extérieur. Cela fait en sorte que je peux davantage me recentrer sur moi», explique le pensionnaire. À l’avenir, Christian compte entreprendre des études en technique de génie industriel.

Christian n’est certainement pas le seul à se questionner sur le sens de la vie dans notre société. Éprouver un vide, c’est déjà reconnaître que quelque chose manque à notre vie. Essayer de le remplir avec la nature, c’est tenter de revivre.

Tout mon respect à Christian, pour cette merveilleuse démarche, ainsi qu’à Benoît Houle qui permet à des gens de prendre du temps afin de s’arrêter et respirer. Ils nous enseignent à écouter notre cœur et à partir à la découverte de notre potentiel. En espérant que des projets favorisant le contact avec la nature et l’agriculture se développeront au Québec, pour le mieux-être des gens qui éprouvent des difficultés dans leur vie. Longue vie à la petite ferme de l’Auberge

Coordonnées de L’Auberge Benoît Houle:
728 chemin Bachand Roxton Falls (Québec)
J0H 1E0 (450) 548-2736

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Autisme: Vaincre l’isolement grâce à la zoothérapie

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Isabelle Burgun

(Agence Science-Presse) – Si adopter un chien à la maison fait la joie des enfants, l’introduction d’un chien accompagnateur auprès d’enfants souffrant de troubles de comportement et d’autisme serait bénéfique à toute la famille.

Et les parents en seraient même les principaux bénéficiaires, suggèrent les premières observations d’une étude québécoise, entreprise en collaboration avec la fondation Mira, dont les résultats sont attendus pour la fin de l’année.

La présence du chien réduirait fortement le stress très présent chez ces parents. «L’animal leur permet de mieux vivre avec leur enfant, en contribuant à réaliser le deuil de l’enfant idéal. Il brise leur isolement et leur permet de socialiser», relève Marcel Trudel, professeur en psychoéducation et chercheur à l’Université de Sherbrooke.

Même si toutes les répercussions ne sont pas encore connues, la présence de ce compagnon à quatre pattes faciliterait les sorties avec l’enfant et la communication entre les membres de la famille. Le chien contribuerait aussi à modifier les comportements problématiques des enfants autistes tels que les troubles alimentaires ou de sommeil.

Vivre avec un chien

Près de 100 familles québécoises, dont les enfants sont âgés de 5 à 10 ans, bénéficient de la présence d’un nouveau compagnon de vie. Depuis deux ans, ils reçoivent aussi la visite de l’équipe de recherche qui analyse les répercussions de cette présence sur la famille.

Ces familles en difficulté reçoivent un compagnon «sur mesure». Les labradors retriever et les bouviers bernois, et les chiots du croisement entre ces deux races, seraient en effet plus à même de prendre leur place auprès de ces enfants.

Tranquilles, sociables et doux, ils possèdent l’avantage de bien réagir à l’imprévu: ils ne vont ni japper ni mordre face aux réactions et mouvements brusques des enfants. Ce qui en fait de bons compagnons pour les enfants à troubles de comportement et les petits autistes qui vont ainsi apprendre à donner des soins à l’animal domestique: le promener, le nourrir, etc.

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Apprendre des animaux

Apprendre des animaux

(Agence Science-Presse) – Enseigner aux prisonniers est du temps bien dépensé, quoiqu’en pensent les détracteurs.

Et celui qui émettait récemment cette opinion dans le New Scientist n’a pourtant pas choisi le sujet le plus évident: Marc Bekoff enseigne «la biologie du comportement animal et de la conservation de la nature», dans la prison du comté de Boulder, Colorado. Sa première surprise? C’est l’un des cours les plus populaires.

Sa deuxième: les détenus doivent gagner le droit d’y assister. D’après ce biologiste de l’Université du Colorado, la raison première de cet intérêt est que plusieurs prisonniers —comme plusieurs humains— trouvent plus facile d’établir des contacts avec des animaux: plusieurs ont eu un chien ou un chat qui était «leur seul ami». Et Bekoff avance une autre explication: plusieurs en ont assez de croire que c’est leur «comportement animal» —leur agressivité— qui les a conduits en prison, et ils sont motivés à l’idée d’apprendre que des comportements comme la coopération, l’empathie et l’altruisme sont tout aussi présents dans la nature.

 

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Un animal pour les cicatrices de l’âme

Un animal pour les cicatrices de l’âme. Entrevue avec Louise Rinfret, thérapeute

Benjamin Lalonde

La zoothérapie, une technique de «contact» qui favorise la communication entre les humains, est un processus dans lequel l’animal agit comme «auxiliaire thérapeutique». Par exemple, les individus se promenant avec un chien dans les endroits publics finissent toujours par discuter avec de purs inconnus. L’animal est rassurant, il ne juge pas, et, surtout, il n’est pas ambigu. On n’a pas à s’expliquer avec lui si on ne l’aime pas, et vice-versa. Cela simplifie beaucoup nos rapports avec eux.

La zoothérapie est utilisée dans plusieurs milieux. Les hôpitaux, les prisons, les centres d’accueils pour personnes âgées, notamment. Mais qu’en est-il de l’intervention proprement psycho-thérapeutique, ou clinique? En fait, il existe un champ bien précis d’application professionnelle: la thérapie avec assistance animale (TAA). Ici, l’intervention est encadrée par un thérapeute spécialisé dans un domaine de la santé. Et, puisque la TAA est une technique très précise, plusieurs la fusionnent avec d’autres approches, comme l’art dramatique, par exemple. C’est d’ailleurs le cas de Madame Louise Rinfret, une thérapeute très «allumée», que nous avons rencontrée.

Benjamin Lalonde: Mme Rinfret, donnez-nous des exemples de votre travail.

Louise Rinfret: Un garçon venait à la ferme L’Auteuilloise, à Laval, pour un atelier. C’était un p’tit gars de gang, un tough. Il était plein d’agressivité, de colère. On s’est promené partout, autour de la ferme, pour voir les animaux. Il y avait des chevaux, des poneys, des cochons vietnamiens, des biches, etc. Dès que le garçon a vu les lapins, il en a pris un dans ses bras, et m’a demandé: «Je peux le mettre dans mon manteau?» Je lui ai dis:«Oui, mais fait attention, soutiens-lui bien les pattes pour qu’il ne panique pas.» Il l’a emmitouflé comme un enfant, pendant deux heures. Il était tellement content. Jamais il n’aurait pu me montrer ce côté… tendre.

Pendant qu’il se promenait avec le lapin, il me racontait des bribes de sa vie. «Ma mère était comme ça. Elle était douce comme ça. Je me rappelle que je me collais sur ma mère, j’avais 9 ans. Après je l’ai jamais revue». Grâce au lapin, le garçon a pu s’ouvrir. L’animal reflète comment tu te sens et peut faire émerger des émotions nouées dans l’inconscient. Les thérapeutes avec assistance animale appellent «cothérapeute» les animaux avec qui ils travaillent.

Benjamin Lalonde: Qu’est-ce qui fait qu’on arrête de douter et d’avoir honte de s’exprimer ?

Louise Rinfret: Les animaux sont inconditionnels. Ils ne jugent pas et sont très rassurants. Quand le jeune a pris le lapin, il savait parfaitement que l’animal n’allait pas dire «bon, encore un jeune drogué qui me prend dans ses bras». Ils peuvent éveiller des émotions, et, nous, les thérapeutes, nous devons les accueillir inconditionnellement.

Quand j’étais en stage, dans une ferme de l’État de New-York, il y avait un jeune garçon qui avait fait plusieurs tentatives de suicide. Il venait à la ferme où il y avait, entre autres, des émeus. C’est extrêmement difficile, un émeu, c’est insupportable. Un coup de patte et tu te retrouves à l’hôpital. En tant que thérapeute avec assistance animale, la moitié de ton attention va à la sécurité. Un monsieur d’expérience qui travaillait là-bas m’avait montré comment donner des massages aux émeus. Alors, j’ai pensé au petit garçon. Je lui ai demandé s’il pouvait me donner un coup de main. Je lui ai dit: «J’aimerais ça qu’on l’apprenne ensemble, car je dois partir dans trois mois.» La première fois, ça prend peut-être une demi-heure pour approcher l’émeu. Après ça, tu effleures sa colonne vertébrale et tu presses doucement. L’émeu aime tellement ça qu’il replie ses pattes sous son ventre. Et là tu peux le masser pendant 2-3 heures.

Pour le jeune garçon, d’avoir apprivoisé le territoire d’un animal si difficile d’approche, qui lui a finalement fait confiance, qu’il pouvait toucher, avec qui il pouvait passer du temps, sans rien avoir à prouver, ça l’a reconnecté à la vie. Quand des groupes extérieurs venaient visiter la ferme, on leur présentait les animaux. Le jeune garçon était très fier de montrer son travail, et de choisir qui pouvait approcher ses émeus. Grâce à ces animaux, il a développé une nouvelle communication avec les visiteurs et a repris goût à la vie.

Benjamin Lalonde: Et pourquoi utiliser l’art dramatique avec la TAA?

Louise Rinfret: L’art dramatique peut, entre autres, être utilisé pour travailler l’espace vital. C’est très important dans le cas des abus sexuels. À la ferme, il y a des animaux particulièrement territoriaux, comme les oies. Pour éviter qu’elles ne se fassent attaquer par les renards, elle se couchent sur de grosses roches dans un étang. Et l’été, on peut s’y promener avec une chaloupe.

Un jour, une jeune fille s’est installée sur une des roches. Là, les jars sont arrivés, en colère. Leur «chef» l’a provoquée en cacardant très fort, suivi de deux autres jars. Elle leur a répondu en criant, sur le même ton, dans leur langue. Ils ont levé les ailes, elle a brandi les bras, etc. La chicane était pognée. C’était vraiment une scène d’art dramatique intense. Cette jeune fille avait eu beaucoup de problèmes dans son enfance, avec son propre territoire. Elle a été envahie par toutes sortes de situations éprouvantes. Puis, une discussion s’est engagée mutuellement, les fréquences sonores ont diminué, et la jeune fille a quitté la «roche du chef». En retournant vers la rive, elle a continué à leur parler «en oie» et a même reçu des cacardages affectueux en leur jetant du grain. C’était tellement beau, tout ce qui a pu se dire dans ce langage.

La plupart des jeunes discutent beaucoup avec les animaux, et peuvent, à leur rythme et avec leurs propres outils intérieurs ou créatifs, entreprendre un processus de réparation ou de «recadrage d’événements traumatisants».

Donner la parole aux jeunes

L’essentiel de la TAA, et de l’art dramatique, est de donner la parole au jeune, de l’accepter et de la faire valoir. Il peut arriver que plusieurs jeunes vivent la même problématique, comme des traumatismes vécus en centre d’accueil.

À ce sujet, Mme Rinfret s’est aperçue que des interventions très controversées avaient cours dans les centres jeunesse. Plusieurs de ces jeunes ont souffert de la contention physique (isolement, arrêt d’agir, «retrait»). Pour leur permettre de s’exprimer, elle a réalisé avec eux L’horizon emmuré, un film qui montre la souffrance découlant de leur séparation et leur «mise en boîte».

Certaines scènes du film sont parti-culièrement émouvantes, comme celle où un adolescent «revit» des épisodes d’enfermement par un exercice d’art dramatique. La quantité d’émotions contenues dans cette scène est extraordinaire.

À ce titre, le travail de Mme Rinfret s’inscrit dans la mouvance qui conteste les conditions des jeunes en centre d’accueil. On questionne la mixité des jeunes «contrevenants» et de ceux qui sont placés en protection, l’autonomie des jeunes qui sortent des centres, la contention physique (les fameuses pratiques d’isolement), la contention chimique (la surmédication des enfants et des adolescents), la scolarisation déficiente. Cela génère des pratiques qui ne respectent pas toujours les droits fondamentaux des mineurs. À ce sujet, ils n’ont toujours pas le droit au recours…

Ce dossier est particulièrement «chaud» parce que le projet de loi 125, qui modifie la Loi sur la protection de la jeunesse, encore sous étude, pourrait donner davantage de pouvoir à la loi. Une fois adoptée, elle risquerait de favoriser davantage la séparation discriminatoire et arbitraire des enfants de leur famille. Il est très important de garder cela à l’esprit, pour les comprendre, les laisser s’exprimer et, surtout, leur donner plus de pouvoir.

La thérapie avec assistance animale et l’art dramatique peuvent être mariés à plusieurs «sauces». Mais on ne peut traiter d’un problème social uniquement avec des interventions individuelles, pas plus qu’on ne peut séparer l’individu de la société. Il faut entendre les jeunes, et situer leur condition dans un contexte social global.

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Un vétérinaire ou un médecin

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