La prison et les premières nations

Autochtones en milieu carcéral

Sanctions substitutives

Les chiffres sont effarants. Au Canada, les autochtones représentent 4% de la population. Une minorité que l’on ne remarque pas au quotidien. Mais en prison, la tendance est tout autre: les Amérindiens représentent 23% des hommes et un tiers des femmes. Une surreprésentation qui ne cesse d’inquiéter et d’augmenter. Preuve étant, en 10 ans, la présence de femmes autochtones en prison à augmenter de 90%.

Delphine Caubet dossiers AutochtoneCriminalité.

sanction substitutives prisonPour lutter contre ce phénomène, le Canada et plus lentement le Québec se dotent d’une politique de discrimination positive envers les peuples autochtones. Cette discrimination est le principe Gladue: elle demande aux juges de modifier leurs sentences et de trouver des sanctions substitutives pour lutter contre cette surreprésentation carcérale.

Explication

Lyne St-Louis est consultante auprès des Premières nations, et des autochtones ayant des démêlés avec la justice, elle en a vu. Son travail est d’accompagner le contrevenant et le système judiciaire pour comprendre le comportement de la personne. Et si possible, de trouver des sentences substitutives pour éviter la prison au contrevenant.

Dans ce plan de réhabilitation, le contrevenant y prend part intégrante en proposant des alternatives. Il y a peu, Lyne suivait une personne ayant des problèmes de drogue: elle avait des démêlés avec la justice et elle risquait la prison. Pendant ses visites, Lyne discute avec elle, et d’elle-même, la contrevenante proposa un plan pour faire des ateliers de sensibilisation dans les écoles. L’objectif était d’éveiller les jeunes à l’impact de la drogue sur l’individu et leur culture. Lyne prend les choses en main, s’adresse à l’école de la communauté, et le directeur est enchanté.

Dans ce type de réhabilitation, le contrevenant n’est pas laissé à l’abandon, il est suivi et aidé. Dans le cas présent, la personne a fait des ateliers en partenariat avec la police et les aînés.

Succès

Lyne St-Louis a constaté que ces sanctions sont plus efficaces que les travaux communautaires. Ces derniers, souvent non effectués, ne prennent pas en considération le contrevenant, ses intérêts et son passé. Les sanctions substitutives sont plus efficaces, car elles prennent en compte le contrevenant en tant que personne. Il est consulté et il propose une sanction adaptée pour lui permettre d’évoluer. Lyne donne l’exemple d’un bon chasseur autochtone condamné à être guide en forêt. L’homme, enjoué par la sentence, va jusqu’à proposer son véhicule personnel et son carburant pour effectuer sa sanction.

D’après l’expérience de la consultante, dans de nombreux cas de sanctions substitutives, il n’y a pas de récidive. La sanction n’est pas le principal moteur de cette réussite, c’est essentiellement l’aide qui se trouve autour. Car certains ne connaissent pas la cause de leur mal-être, et la famille n’est pas toujours présente pour expliquer la situation.

Mylène Jaccoud, professeure au département de criminologie de l’Université de Montréal, explique que bien souvent derrière chaque contrevenant, il y a une victime. Il est donc important de regarder le passé, et de comprendre comment la personne en est arrivée là. Les rapports Gladue, que peuvent demander les juges, contiennent ces informations sur le passé de la personne, ainsi que l’impact qu’ont eu sur elle les pensionnats, les politiques d’assimilation… Les jeunes générations n’ont pas vécu ces traumatismes, en revanche, elles peuvent avoir été élevées par des victimes de ce passé toujours présent.

Juges

Selon le lieu où se trouve l’autochtone, les juges n’ont pas toujours la même réceptivité envers le principe Gladue et les traumatismes du passé.

Maurice Bowen, animateur au Centre d’amitié autochtone de Montréal, constate que non seulement les contrevenants ne connaissent pas les services à leur disposition, mais surtout, si le contrevenant est jeune, les juges ne tiennent pas vraiment compte des traumatismes du passé.

«Le Québec est à la traîne, explique-t-il, on ne parle que de défense, mais il faut regarder le crime, pourquoi et faire de la médiation.» Alors, lorsqu’il accompagne un autochtone devant la justice, il travaille pour que la cour tienne compte de sa spécificité.

Quant à Lyne St-Louis, elle sillonne la province au gré des besoins des communautés. Et elle constate que les juges immergés dans les communautés sont plus réceptifs à ces sanctions substitutives. En Abitibi, elle a constaté une certaine réticence au commencement, mais face à l’inefficacité de la détention, les hommes de loi se sont ouverts à ces possibilités. Mais comme elle dit, «le Québec est grand», et ce n’est pas vrai que le traitement est le même pour tous. Preuve étant, avec le ressenti de Maurice Bowen en milieu urbain.

Prison

Dans son rapport destiné à Sécurité publique Canada, Mandy Wesley est pessimiste quant à l’avenir des autochtones en milieu carcéral, et plus particulièrement celui des femmes. Elle dit: «Le plan actuel du gouvernement fédéral ne fera qu’augmenter le nombre de détenus et aggraver les injustices criantes que subissent déjà les peuples autochtones en général.»

Si les sanctions substitutives sont un bon départ pour sortir les autochtones de prison, les femmes autochtones se trouvent dans une situation inquiétante. En 10 ans, leur présence en prison a augmenté de 90%!

Dans son article, la professeure Jaccoud explique que les femmes autochtones représentent 45% des femmes purgeant une sentence à sécurité maximale. Ce qui d’emblée les écarte des sanctions substitutives pour éviter l’incarcération.

En théorie, le principe Gladue demande au système carcéral de tenir compte de la spécificité des autochtones. Des programmes tels que le Sentier de la guérison ont été mis en place pour aider les détenus autochtones grâce à des thérapies spirituelles et leur culture. Quelques programmes ont été trouvés au Québec pour les hommes, en revanche, on constate un manque flagrant d’aide pour les femmes détenues.

Les statistiques montrent que 75% des détenus autochtones restent incarcérés jusqu’à la fin de leur sentence, soit 10% de plus que le reste de la population.

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La justice et les premières nations

Pouvoir judiciaire des autochtones

Les comités de justice

Notre système judiciaire classe les personnes par catégorie: victimes et agresseurs. Mais bien souvent, la réalité n’est pas aussi simple. Si l’on observe le passé des contrevenants, des troubles peuvent s’ajouter. Les agresseurs ont pu être des victimes, et la victime d’aujourd’hui peut être l’agresseur de demain. Autant de mélange et de marasme dans une société qui aime l’ordre et le rangement.

Delphine Caubet dossiers CriminalitéAutochtoneJustice.

Ministère justice collaboration autochtone indiens réservesMais pour les autochtones, la justice prend un autre sens. Alors doucement, certaines communautés tentent de travailler avec les instances officielles pour adapter la justice à leur réalité.

La conception de la justice entre autochtones et allochtones est différente, comme l’explique Mylène Jaccoud, professeure au département de criminologie de l’Université de Montréal.

Au Québec, on a une justice punitive, avec une approche contradictoire, basée sur le modèle défense/accusation, et «ça n’a pas de sens», ajoute la professeure.
Au contraire, les autochtones mettent l’accent sur la responsabilisation et la guérison. Il est difficile de généraliser pour l’ensemble des communautés, certaines ayant une conception de la justice plus intransigeante que d’autres. Mais un point commun émerge: nombre d’entre elles émettent le souhait d’assister le système judiciaire.

Vision de la justice

Les comités de justice sont conçus en complément du système judiciaire traditionnel. Ils ne le remplacent pas. Car punir un crime n’est pas suffisant, il faut observer le contrevenant comme une personne, et comprendre comment il a pu en arriver là.

Maurice Bowen, animateur au Centre d’amitié autochtone de Montréal, donne l’exemple d’un homme passant devant les tribunaux pour agression. Sa famille n’était pas présente, et lui-même n’avait pas conscience du pourquoi de ses actes. Grâce au rapport Gladue (rapport destiné à éclairer la cour sur l’individu et son passé), il a été dévoilé que le contrevenant fut victime d’agressions sexuelles par le passé. Une simple détention ne résoudrait donc pas son problème.

Philosophie

Les comités de justice ont une approche réparatrice, et la discussion avec la victime et le prévenu y est très importante. Le contrevenant doit accepter la responsabilité de ses actes et réparer ses méfaits.

Pendant les séances, la victime et le contrevenant émettent des solutions et besoins pour résoudre ce conflit. Le comité de justice fait par la suite des recommandations au juge quant à la sanction à donner.
L’idée est de déjudiciariser les autochtones pour les infractions mineures ou d’accompagner le système judiciaire et le prévenu lorsque l’incarcération est inévitable. Les sanctions substitutives font partie des mesures que peuvent recommander les comités de justice.

Infractions

Mais tous les contrevenants ne peuvent pas éviter la détention. Pour les infractions mineures (moins de 5 000$, vol…) l’autochtone est guidé vers la déjudiciarisation. Le juge abandonne les accusations contre des mesures de rechange.

Mais lors de crimes sévères, les comités de justice font des recommandations, tandis que l’avocat du contrevenant peut demander un rapport Gladue pour éclairer la situation de son client, particulièrement s’il a de lourds antécédents.

Cris

Chez les Cris, les comités de justice sont répandus. Actuellement, 9 communautés ont des comités. Donald Nicholls, directeur du Département des services juridique et correctionnel du Grand conseil Cri, explique que la communauté choisit les membres qui représentent le mieux ses valeurs et ses normes pour siéger au conseil, où des formations leur sont offertes. Après quoi, ils peuvent travailler sur des cas de leur communauté.
Les comités de justice veillent à ce que la cour tienne compte de l’Histoire des autochtones. Par le passé, les Cris ont connu des problèmes de violence domestique. Mais d’après Donald Nicholls, grâce aux comités de justice et le panel de services qu’ils offrent, ils arrivent à résoudre eux-mêmes ces problèmes.

Travail d’équipe

D’après Jacques Prégent, du Bureau des affaires autochtones du Québec au Ministère de la Justice, toutes les communautés pourraient développer des comités de justice. Mais en pratique moins de la moitié l’ont fait. Environ 20 communautés sur 54, sans représentation homogène selon les peuples.

Les Innus, par exemple, n’ont pas mis en place de tels comités. Car il faut une volonté de la communauté, explique Jacques Prégent. Peu de ressources sont disponibles, et il faut de bons candidats sur place pour les mettre sur pied. Si tout le monde peut faire partie de ces comités, ils ne doivent en aucun cas devenir politiques.
En plus de candidats, les comités de justice ont besoin de fonds. Comme l’explique Lyne St-Louis, directrice de Taïga Vision (organisme d’aide et de soutien aux communautés autochtones), le fédéral n’a pas augmenté le financement depuis plusieurs années. Donc, même si de nouveaux comités voudraient se former, ils n’obtiendraient que peu ou pas de financement du gouvernement fédéral.

Dernier point pouvant expliquer que moins de la moitié des communautés aient des comités de justice: l’ordre des priorités.

Pour les Innus qui n’ont pas de comité, «ils ont d’autres préoccupations, explique Lyne St-Louis, ils ont des inquiétudes par rapport à leur territoire. Et peut-être qu’à l’époque, ils avaient mal compris de quoi il s’agissait.»

Sur les 2 dernières années, Jacques Prégent fait un constat positif des comités de justice. À quoi il conclut que «c’est un défi pour tout le monde.»

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Inuits: les jeunes étudient à Montréal

Changer sa communauté

Portraits de jeunes Inuits

Par une belle journée d’automne, ça rentre et ça sort dans tous les sens au Cégep Marie-Victorin à Montréal. Dans l’un des bâtiments, des jeunes femmes sortent en trombe des salles de classe tout en plaisantant et discutant. Je tends l’oreille pour comprendre ce qu’il se dit, mais la langue m’échappe complètement. À tel point que je suis incapable d’en reconnaître l’origine. Je me dirige vers mon lieu de rendez-vous, et l’un d’entre eux est là à m’attendre.

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Cégep Marie-Victorin étude Inuits

Un peu mal à l’aise, il me serre la main et échange quelques mots en inuktitut avec un ami. Lui, c’est Daniel et on va passer l’après-midi ensemble avec 3 de ses collègues pour comprendre la réalité d’un jeune du Nunavik qui a quitté sa communauté pour étudier.

On m’avait prévenue: la culture inuite est une culture de taiseux, et qui plus est mon accent français n’aide pas à la communication. Mais Daniel et Igulik, l’une de ses acolytes, sont bien entourés par 3 membres de la commission scolaire Kativik (commission scolaire du Nunavik administrée pour et par les Inuits).

Profil

Daniel est au Cégep Marie-Victorin depuis août 2013 où il a terminé son année d’intégration-adaptation. Âgé de 22 ans, s’il est encore indécis sur le cursus qu’il choisira, il est bien décidé à terminer le Cégep. Avec un léger rire, il m’explique que d’après lui, «on n’est pas tout seul dans l’univers». S’il ne finira pas nécessairement explorateur de l’espace, le jeune homme a un clair penchant pour les sciences. Dans un mélange de français et d’anglais, il me raconte avec humour comment il travaille sa troisième langue, le français, grâce à des séries télévisées telles que Les parents, qu’il adore.

À côté de lui se trouve Igulik. Jeune femme de 23 ans plutôt timide, elle a un objectif clair: terminer sa technique d’éducation à l’enfance et peut-être rester à Montréal. Il faut dire qu’elle a été à bonne école; sa mère étant directrice de garderie à Kangiqsualujjuaq, Igulik a déjà travaillé auprès de ce jeune public et sait qu’elle aime ça. L’éducation, la famille a ça dans le sang!

C’est à ce moment qu’arrivent en trombe Anita et Jeannie. Micro tempête à langue bien pendue, Anita et Jeannie se refusent dans un premier temps à faire l’entrevue. Une pause de 10 minutes et une cigarette plus tard, elles reviennent d’elles-mêmes auprès de Daniel et Igulik.

Contrairement à leurs camarades, Anita et Jeannie sont très bavardes: «On doit même les faire taire en classe», plaisante Marie-Hélène, conseillère aux élèves.

Si l’un de ces jeunes devait incarner la volonté, ce serait Jeannie. À seulement 17 ans, elle dit être venue à Marie-Victorin pour accomplir des choses et être différente. Il faut dire que malgré son jeune âge, Jeannie en met plein les yeux. «Moi, je mets sur mon CV qu’elle a été mon élève», s’amuse Jacques, conseiller aux élèves.

Il faut dire que la jeune femme a remporté 2 prix pendant l’expo-sciences pancanadienne 2014 pour la construction d’un système de luminothérapie. Rien que ça. Lorsque je lui demande comment lui est venue l’idée, sa réponse est simple: «J’ai demandé à mon professeur ce qui me ferait gagner, et il m’a dit un système de luminothérapie.» C’est dit, c’est fait.

Grâce à quoi, elle est partie un mois en Israël faire un stage d’archéologie supervisé par des scientifiques. La jeune femme originaire de Salluit s’est retrouvée dans la chaleur d’une zone de guerre à dater des os en laboratoire. Les clichés sur les Inuits en prennent un coup.
À sa gauche se trouve Anita. Du haut de ses 19 ans, elle semble la plus mature du groupe. Et pour cause, j’apprends quelques minutes plus tard qu’elle a un enfant de 2 ans et qu’elle étudie pour être éducatrice spécialisée en protection de la jeunesse.

Anita, jeune femme au caractère bien trempé, a établi un plan pour son avenir: prochainement son conjoint ramènera son enfant à Kangiqsualujjuaq pour qu’il soit élevé par sa mère le temps qu’elle termine ses études. Après quoi, elle les rejoindra et fera changer les choses dans sa communauté. Tout un plan.

Vie étudiante

Nunavik quitter communauté

Étudier à Montréal n’est pas nouveau pour Anita. La jeune mère avait déjà fait une première tentative, mais avait arrêté. «C’était trop dur», explique-t-elle. Si le retard scolaire n’aide pas, l’éloignement de leur communauté finit par en décourager certains.

Mais une fois sur place, dans les résidences du Cégep, chacun doit trouver son équilibre. Daniel est monsieur sociabilité, et depuis plus d’un an à Montréal, il s’est fait des amis de différentes cultures. En tant que jeune homme d’une vingtaine d’années, il plaisante sur les soirées qu’il a passées au centre -ville avec ses amis, où après avoir manqué la fermeture du métro, ils ont dû attendre jusque 6h du matin pour pouvoir rentrer. Raconté sur le ton plaisanterie, le jeune homme apprécie cette liberté, même si elle entraîne des difficultés.

Pendant cet après-midi, Daniel répète plusieurs fois avec humour et fatalisme que le plus dur pour lui est de se lever le matin. À Marie-Victorin, on doit être à l’heure en cours, et il n’y a plus de parents pour aider avec les petites choses du quotidien.

Igulik, qui a essentiellement des amis Inuits, mise sur la solidarité entre membres. Et pour cuisiner, rien de mieux que de le faire entre copines! Les repas sont généralement basiques (les spaghettis en sont un élément clé), et il faut gérer le porte-monnaie.

Lorsque je leur demande ce qu’ils souhaiteraient voir améliorer, ils convergent tous vers un point: la nourriture traditionnelle! Trois de nos quatres jeunes acolytes souhaitent rester à Montréal après leurs études, mais le country food leur manque cruellement. Mais point positif qui leur remonte le moral: les prix! C’est leur réponse spontanée quant aux avantages de la métropole.

Espoir

Daniel, Igulik, Jeannie et Anita sont l’avenir de leur communauté, chacun dans la voie qu’ils choisiront. Leurs conseillers au Cégep, Marie-Hélène et Jacques, parlent de cette quinzaine de jeunes chaque année comme la crème de la crème.

Leur retard scolaire et les difficultés linguistiques sont parmi les plus gros handicaps qu’ils doivent surmonter, mais certains d’entre eux s’accrochent. Et pour ceux qui décrochent, ils bénéficient de cette expérience sur le plan personnel et professionnel pour trouver du travail dans leur communauté.
D’après leurs intervenants, environ 80% d’entre eux repartiraient dans leur village, et seule une faible minorité resterait à Montréal.

Marie-Hélène ponctue cet après-midi en m’expliquant que la plupart de ces jeunes sont là pour aider leur communauté. À noter que ces pionniers sont bien souvent des pionnières avec une large majorité féminine. Une chose est certaine, ce n’est pas la volonté et la résilience qui manque à ces jeunes gens.

D’ici quelques années, peut-être pourra-t-on retrouver Daniel Adams tête dirigeante en recherche de vie extraterrestre, Igulik Emudluk reprendre la garderie de sa mère à Kangiqsualujjuaq au côté de sa petite sœur qui lui manque tant. Non loin de là se trouverait Anita Annanack qui élèverait son fils tout en aidant les jeunes les plus récalcitrants à accepter une main tendue. La jeune femme s’est d’ailleurs taillée une bonne réputation dans ce domaine. Enfin, Jeannie Kakayuk après l’archéologie en Israël poursuivrait ses aventures scientifiques. Et qui sait, peut-être sera-t-elle la complice de Daniel dans ses recherches spatiales.

Vous noterez que je laisse mon imagination s’emballer quant à l’avenir de ces 4 jeunes Inuits, mais après tout, ils ont réussi le plus difficile en venant étudier à Marie-Victorin. Alors pourquoi ne pas leur donner le temps de ces quelques lignes un avenir extraordinaire à l’image du parcours qu’ils ont déjà effectué.

Le retard scolaire au Nunavik

Michel Pruneau est conseiller pédagogique responsable du programme d’exploration et d’intégration pour la commission scolaire Kativik au Cégep Marie-Victorin.

Selon lui, le retard scolaire des Inuits s’expliquerait par la culture et la tradition orale de ces peuples. La réalité scolaire est un phénomène nouveau pour eux, et elle n’occupe pas la même place dans leur esprit. L’école n’est simplement pas en haut des priorités. S’ajoute à cela une culture qui donne à l’enfant sa propre sagesse et qui lui impose peu de choses.

Généralement, les jeunes Inuits ont d’excellentes capacités en anglais (voire meilleures que dans le reste du Québec), mais le français est la discipline qu’ils leur fait le plus défaut. Avant d’entrer au Cégep, la plupart d’entre eux font une année de précollégial (ou préCégep) pour se mettre à niveau. Ceux allant au Cégep Marie-Victorin font une année d’exploration et d’intégration avant de commencer le programme de leur choix.

Marie-Victorin accueille entre 10 et 15 nouveaux Inuits chaque année.

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Mentor pour jeunes autochtones; Samian

L’émission : Le Rythme

Samian mentor de nouveaux talents

Un rythme, des voix et beaucoup de volonté. Le rappeur Samian et ses 7 protégés chantent pour faire vivre leur art dans l’émission de télévision Le rythme des nations. Les communautés autochtones ont maintenant leur show pour propulser leurs talents.

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Samian mentor artistes autochtones Le rythme des Nations

«On veut montrer les talents des communautés», explique Samian.

Si le reste du Québec a La voix, les communautés autochtones ont désormais leur émission de découverte de talents. «Mais ce n’est pas une téléréalité, précise Samian, je n’aime pas ce terme.» C’est une émission. Pendant 13 épisodes, les téléspectateurs d’APTN (Aboriginal Peoples Television Network) pourront suivre le rappeur Algonquin être animateur et mentor pour 7 jeunes artistes.

Concept

Effectivement, Le rythme est loin des émissions de téléréalité. «Avec nous, il n’y a pas d’élimination. Ils sont tous gagnants», ponctue le mentor. Les artistes ont vécu pendant 2 mois dans une maison pour perfectionner leur art et produire une chanson qui figure dans l’album final. Mais loin d’être reclus, les jeunes sont retournés chez eux les fins de semaine, pour se ressourcer et recommencer la semaine d’attaque.

Pendant les 2 mois de formation, ces jeunes ont perfectionné leur écriture et leur composition, mais ils ont aussi appris à prendre conscience de leur talent et à s’accepter. Pour cela, rien de moins que des cours d’estime de soi.

Quand on interroge Samian sur l’incongruité de ce cours, il explique: «Les jeunes des communautés sont très introvertis et timides. C’est dans toutes les communautés autochtones qu’il y a des difficultés à s’exprimer. Mais les jeunes se sont vraiment investis et cela a permis de débloquer des émotions, et de créer à partir d’elles. C’était un outil comme les autres.»

Lancement

Si l’enregistrement de l’émission a été réalisé en automne 2013, ce n’est qu’un an plus tard que la diffusion a lieu. Seul le premier épisode a été diffusé en avant-première. «Et il y a eu d’excellents commentaires, précise le rappeur, c’est d’ailleurs pour ça qu’une deuxième saison est prévue.» Et lui sera toujours présent.

Pour les 7 jeunes artistes, les fruits de l’aventure restent encore à déterminer. «C’était une expérience à essayer, explique Samian, maintenant il faut attendre la diffusion pour voir.» Mais d’ores et déjà, nous savons qu’une participante a quitté l’émission en cours de route et qu’une autre réalise ne pas vouloir entrer dans le monde de la musique. Elle préfèrerait garder son talent pour le plaisir.

C’était le rôle du mentor de répondre à leurs questions et inquiétudes. «J’ai eu le beau rôle, rit Samian, ce n’est pas moi qui avais la pression. J’ai aimé être là et les voir s’épanouir. C’est comme polir un diamant.» Lui avait à cœur de montrer que c’est possible de réussir, même si parfois en tant qu’autochtones, ils se sentent éloignés.

APTN a eu une belle idée pour encourager les jeunes talents des communautés. Kessy, Mélonie, Alex, Anne-Marie, Shaushiss, Marie-Soleil et Kerry ont eu l’opportunité de perfectionner leurs habiletés. Maintenant, leur avenir est entre leurs mains. Si tous ne savent pas s’ils souhaitent évoluer dans le monde de la musique, une chose est sûre, tous sont passionnés par leur art.

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Trois mots pouvent décrire le cheminement artistique de la muraliste Fanny Aïshaa: Unité, biodiversit

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Suicide et Premières Nations

Suicide chez les autochtones

Entrevue avec Alain Mindjouk, président de l’association Action prévention santé – villages, à Iracoubo en Guyane. Une association qui vient en aide aux Amérindiens. Lui-même issu de culture autochtone, il partage ses connaissances et son expérience sur l’enjeu du suicide auprès des Premières nations.

Delphine Caubet    Dossier SuicideAutochtones

Delphine Caubet: Comment peut-on expliquer le suicide des Amérindiens de Guyane?

Alain Mindjouk: Les explications rejoignent celles du Québec. C’est relié à leur identité. Auparavant, les Amérindiens vivaient en harmonie avec l’environnement, et ils n’étaient pas habitués à ce qu’on leur impose des règles. Mais l’évolution moderne et la technologie ont fait changer les choses. L’État français est venu avec un système, un mode de fonctionnement, mais nous n’étions pas prêts. Ils ont changé notre mode de vie. C’est l’origine du mal-être des autochtones.

Certains choisissent de quitter cette identité, mais on reste amérindien au fond. Les jeunes ont voulu entrer dans cette évolution, mais ils se sont mal adaptés. Par le passé, il y avait également des suicides, mais moins nombreux, et nous disions que c’était dû à des esprits maléfiques. «L’épidémie» de suicide est là depuis environ 10 ans, dans les villages isolés de la France.

Quand je suis venu au Québec, j’ai pu comparer la situation des Premières nations avec nous. On se ressemble, on a les mêmes problèmes. Mais au Québec, il y a plus d’organisation et de structures. Pour arriver à ce résultat, nous faisons appel aux institutions françaises. Et le Québec peut nous aider avec son expérience.

DC: Comment intervenez-vous auprès des autochtones pour lutter contre le suicide?

A.M: Certains ne connaissent pas Cayenne [Ndlr: principale ville du département]. Nous, nous voulons les encadrer, car ils se sentent perdus une fois sur le littoral. Ils sont influencés par le mode de vie et la technologie, c’est là où le mal-être commence. Ils ont beaucoup d’obstacles à surmonter avec les études et leur intégration sociale. Car il y a beaucoup d’ethnies différentes dans le département.

Certains retournent au village, car ils n’ont pas réussi à s’adapter. Mais au village, il n’y a pas de travail et ils commencent à penser au suicide. On essaye alors de les encadrer au maximum. On essaye de leur expliquer les risques des addictions, et de leur remonter le moral. Mais c’est difficile. Moi je suis bénévole et ce devrait être la responsabilité des institutions.

L’association ADER (Action pour le développement, l’éducation et la recherche) a 2 médiateurs qui interviennent sur le terrain. Ils sont implantés localement. Mais le problème est que les coordonnateurs ne restent pas…. 2 ans en moyenne. En plus de ce roulement [qui rend difficile d’établir un lien de confiance], les Amérindiens ne sont pas habitués à parler à un psychologue.

Même si nous sommes sur le terrain depuis des années, c’est très compliqué…

DC: Quels sont les points forts et les points faibles dans la situation des Premières nations au Québec?

A.M: L’un des points forts est que le gouvernement reconnaît les Premières Nations. En Guyane, ce sont des Français, ils ont les mêmes droits que les autres. La France refuse leur identité spécifique. C’est cela qui est difficile. Alors qu’au Québec, dans la réserve, c’est eux qui gèrent. Nous, nous devons demander l’autorisation pour construire des maisons.

Votre niveau de structures est beaucoup plus développé au Québec. Comme avec les Centres d’amitié autochtone par exemple. Je veux en mettre en place ici. Ils porteraient le nom de Centre d’hébergement pour les Amérindiens de Guyane. J’ai dû faire beaucoup de démarches et de demandes, mais j’ai mis de l’avant les besoins en santé de notre population et notre différence culturelle.

Même si la France ne veut pas reconnaître notre identité, nous avons conscience de nos coutumes et nos langues. Beaucoup d’Amérindiens ne parlent pas français. Et il y a urgence, car lorsqu’un Amérindien arrive à l’hôpital en ville, il est perdu. C’est avant qu’il faut agir et les aider.

Je me suis battu pour ce projet. J’ai montré au préfet [représentant de l’exécutif] la nécessité d’avoir de telles structures spécifiques aux Amérindiens. Je lui ai fait voir la réalité avec toutes les difficultés que nous rencontrons, et avec tous les problèmes comme l’alcool… Le préfet est d’accord, c’est bien parti pour qu’un tel centre voie le jour.

En point négatif au Québec, malheureusement vous avez les mêmes problèmes que nous. L’échec scolaire, l’alcool ou encore la discrimination en ville. Encore que chez nous, cette discrimination est moins accentuée, car il y a beaucoup d’ethnies en Guyane.

Santé et peuples autochtones

À l’automne 2013, Alain Mindjouk est venu au Québec avec plusieurs de ses concitoyens pour une rencontre franco-québécoise sur l’enjeu de la santé des peuples autochtones.

Comme le souligne Hélène Lamaison, responsable à Guyane Promo Santé, la Guyane est le seul département français d’outre-mer avec une population autochtone. Au total, il y aurait environ 12 000 Amérindiens français. Et cette petite population n’incite pas les chercheurs de métropole à étudier leurs enjeux.

Alors, les associations guyanaises regardent le Québec, lisent les recherches et s’inspirent de leurs expériences. Mais elles ne reproduisent pas tout, précise Hélène Lamaison. Elles cherchent un échange et des connaissances. Et dans les 2 contextes, il y a un rapport dominant/dominé.

Lors de la rencontre au Québec à l’automne 2013, Alain Mindjouk est reparti stimulé de cet échange. Hélène Lamaison raconte comment il était épaté de voir des autochtones être avocats ou policiers. «Il faut que nos frères le sachent», telle était sa conclusion.

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France, Guyane et autochtones

La France outre-mer

Guyane, des Français oubliés

Delphine Caubet  Dossier Autochtones

Au Québec, la problématique des Premières nations est un fait établi. Les problèmes sont nombreux, et les solutions peu fréquentes. La France, trop souvent oubliée, a elle aussi des enfants de la République amérindiens.

Robin, ancien instituteur en Guyane française: «C’est pour ces gamins qu’on se décarcasse, pour qu’ils deviennent des Hommes libres (…). [Les parents] ont perdu leur liberté et à travers ça, une partie de leur dignité.»

Février 2010. Robin arrive en Guyane. Ce n’est pas son premier voyage dans le département français, mais cette fois-ci, il a répondu à une offre d’emploi. L’ingénieur écologue de formation s’apprête à devenir professeur des écoles auprès des Amérindiens de Guyane.

Premiers constats

guyane française amérique du sud france outre-merAccompagné d’un membre de l’Éducation nationale, Robin descend le département en pirogue jusqu’à Camopi, un village dans le Parc amazonien de Guyane. Il enseigne d’abord au primaire à une classe de 3ème année, puis 6 mois plus tard, au collège du village. Première incohérence, il n’y a pas de directeur, l’établissement est dirigé par le CPE (Conseiller principal d’éducation). Sur 128 élèves, 127 sont amérindiens.

À son arrivée au village, les premiers constats sont difficiles. «J’arrive dans un libre service, et là je vois un groupe d’Amérindiens complètement ivres. Dans l’état le plus glauque que tu puisses imaginer. Et là, une gamine qui passait a relevé un bébé. Il était couché dans les tessons de verre. La mère, peut-être dans ce groupe, était tellement ivre qu’elle ne faisait plus attention à son enfant.»

Malgré cette première expérience difficile à Camopi, Robin aima sincèrement enseigner dans ce collège composé de jeunes Wayãpis et Tekos. Il y restera 3 ans et demi.

Suicide

«La Guyane, c’est le département de tous les mauvais records», annonce Robin. Les aides sociales, le chômage, le suicide ou la violence sont des problèmes majeurs qui touchent particulièrement les Amérindiens. Pour lutter contre ces phénomènes, la France semble désemparée. Car, elle «est mal à l’aise avec l’institutionnalisation des ethnies. Elle préfère parler de territoires», précise Hélène Lamaison, responsable à Guyane Promo Santé. «Elle a peur qu’on l’accuse de racisme». Alors, le pays essaie d’intervenir à travers des politiques globales sur tout le département.

Pour l’enjeu du suicide, l’État finance à 50% la seule association qui intervient sur le terrain. Les hôpitaux peuvent également répondre aux besoins. Mais pour le personnel non formé sur le terrain, c’est difficile. «On peut perdre 2 gamins dans l’année et personne ne vient nous voir!», s’insurge Robin. Lui a perdu 2 élèves en moins de 4 ans.

Petit à petit des choses se mettent en place. Robin et ses collègues de Camopi ont reçu une formation de 2 jours pour dépister les jeunes à tendance suicidaire, et depuis 2012, une équipe vient régulièrement les voir. Le constat est sévère: 60% des élèves sont au seuil maximal de préoccupation. Alors, leurs enseignants les surveillent. Dès lors que l’un d’eux montre une altération du comportement, il est pris en charge. «Mais c’est difficile de pouvoir tous les aider. On ne peut pas être sur tous les fronts», conclut Robin.

Violence

La violence fait partie intégrante du quotidien de ces populations. Une violence interfamiliale, mais également extérieure avec l’orpaillage (exploitation artisanale de l’or). La Guyane est riche en minerais, et Camopi est à la frontière brésilienne. À quelques minutes en pirogue. Le passage est idéal pour les trafiquants. Du côté brésilien se trouve Vila Brasil, «la sœur jumelle» de Camopi, comme aime à l’appeler Robin. Ce village inexistant sur les cartes est bien présent physiquement. Si Vila Brasil et Camopi vivent en harmonie (les 2 villes dépendraient économiquement l’une de l’autre), ce passage est un carrefour pour les orpailleurs, avec toute la violence que cela apporte.

Comme lorsque Robin se retrouve au milieu d’une fusillade en rentrant chez lui. Après une arrestation qui a mal tourné, l’état d’urgence a été déclaré et les armées brésilienne et française ont chacune envahi leur côté de la frontière. Mais la violence peut-être insidieuse, avec la présence d’armes, de militaires ou de cadavres dans les rivières, et symbolique par le saccage des forêts et la pollution des fleuves. «Il y a un sentiment d’impuissance», conclut Hélène Lamaison.

Joie des jeunes

Si ces premiers constats à Camopi ébranlèrent Robin, ses jeunes élèves se sont vite chargés de lui faire oublier. «Pour eux, c’était un bonheur d’avoir un nouvel instituteur. Ils n’arrêtaient pas de poser des questions. « Qui es-tu? « , « d’où tu viens? »» se souvient Robin.

«L’école est un lieu sécuritaire pour eux.» Robin raconte comment certaines après-midi où ils n’avaient pas classe, les jeunes restaient à l’école. «Je leur donnais de petits exercices pour les amuser. Et ils adoraient ça! À 6h le soir, je devais les mettre dehors. Tu as vu ça dans beaucoup d’autres endroits?»

En Guyane, les écoles primaires sont présentes sur tout le territoire. Mais à partir de 10 ans, c’est souvent le déracinement, précise Hélène Lamaison. Pour aller au collège, les jeunes doivent parfois faire plusieurs heures de pirogues ou se rendre en famille d’accueil. Le téléphone n’est pas intégralement développé dans le département, et les jeunes peuvent passer plusieurs mois sans contact avec leurs proches. Une étape qui peut être difficile à vivre.

Réapproprier la culture

Pour ses cours, Robin s’est battu pour l’obtention de microscopes. En tant que professeur d’EIST (Enseignement intégré des sciences et technologie, matière visant à décloisonner les sciences), il voulait donner «de la nourriture intellectuelle» à ses élèves. Une autre façon de lutter contre la morosité ambiante. Avec les microscopes, «ça été la folie!» rit Robin. «Ils n’arrêtaient pas! Pendant 6 mois ils m’en ont reparlé.» «Ils ont aimé, car ça se rapprochait de leur monde et de leur culture. La nature, le mystère,…»

Sur sa lancée, Robin a voulu que les jeunes s’approprient la science. «Je voulais qu’ils mettent les mains dans la terre.» Alors, le projet Plantons le décor a été lancé au collège de Camopi. Avec un objectif: utiliser les sciences pour planter et cultiver. «Et ça a été un succès! Le Parc amazonien de Guyane nous a soutenus la 2ème année. Et des élèves ont été invités dans un lycée agricole du littoral pour suivre des cours.»

Rapport à la nature

La nature est un élément essentiel des cultures amérindiennes. À Camopi, pour les Wayãpis et les Tekos, la vie s’organise autour du fleuve. «Le fleuve c’est tout. Ils y font la lessive, la vaisselle et ils y socialisent», raconte le jeune instituteur. «Et les gamins sont très bien renseignés sur la nature. Tout le monde part sur le fleuve, la famille, les parents. C’est un enrichissement. Mais ça se fait de moins de moins malheureusement.» Les parents ont souvent des problèmes, les ressources naturelles se raréfient, ajouté au coût élevé pour se rendre sur le fleuve. Cause ou conséquence, c’est un décrochage culturel de toute une population.

Comme dans d’autres situations, Robin a constaté une dualité dans le rapport des autochtones avec la nature. Aujourd’hui, la chasse et la pêche ne leur sont plus indispensables pour vivre, et certains se posent en fervents défenseurs de l’environnement. Robin a vu certains villageois en insulter d’autres, car ils chassaient trop. Au contraire, d’autres habitants seraient pour qu’ils exploitent le territoire, et non le laisser aux pilleurs et entreprises étrangères. «Mais le même type peut tenir un discours différent selon les jours», précise Robin.

Choc culturel

La situation des Amérindiens de Guyane est alarmante. Le manque d’emploi laisse une grande partie de la population inactive et l’alcoolisme chez les adultes est un problème de société. Le premier pouvant entraîner le second.

Durant ses 4 ans en territoire amérindien, Robin a vécu 5 suicides. Tous des hommes, la majorité âgée de moins de 15 ans. Pour comprendre ce phénomène, il faut voir l’impasse dans laquelle se trouvent ces populations. Leurs revenus basiques sont assurés par les aides sociales françaises, mais sans réelle perspective d’emploi. Quant aux jeunes, ils voient une réalité à la télévision à laquelle ils n’ont pas accès, face à leurs traditions qui semblent s’amenuiser inexorablement.

Sur le terrain, les intervenants dénoncent le manque de professionnels de la santé, d’éducation et de spécialistes. «Il en manque déjà sur le littoral, alors ailleurs…», ajoute Hélène Lamaison.

Bilan

Robin est resté 7 ans en Guyane, dont 4 en territoire amérindien. «Mais à la fin, j’en pouvais plus.» Le stress, les responsabilités, l’environnement, conjugués à d’autres facteurs ont conduit le jeune instituteur dans un état d’épuisement extrême physique et mental. «Mais je veux aider ces jeunes et pas les enfoncer et les traiter de suicidaires ou de sous-hommes comme tout le monde.»

Malgré la distance et le temps, l’engagement du jeune instituteur qui partait chercher des livres en pirogue pour ses élèves est intact. «Quand on discute avec les Amérindiens, ils paraissent heureux, mais au fond, ils cachent leur souffrance. La plupart des repères ont sauté (…). Les enfants n’ont plus vraiment d’autorité morale qui leur inculque des valeurs traditionnelles. On a l’impression que l’école est le dernier rempart avant que tout s’effrite. C’est pour ces gamins qu’on se décarcasse, pour qu’ils deviennent des Hommes libres, à la différence de leurs parents qu’on a soumis, abandonnés à un système dont ils sont devenus dépendants. Ils ont perdu leur liberté et à travers ça, une partie de leur dignité.»

La Guyane

La Guyane est la plus grande région française, pour moins de 206 000 habitants (ce qui fait d’elle la moins peuplée), dont les 9 dixièmes vivent sur la bande côtière. Sa population est extrêmement jeune, avec 44% de Guyanais de moins de 20 ans, contre 6% de plus de 65 ans. Son territoire, riche en espace forestier, rend difficile son déplacement. La voie fluviale est le seul moyen de transport à l’intérieur dans la forêt amazonienne.

Peu de statistiques précises ont été trouvées concernant les Amérindiens de Guyane. L’État français préférant parler en terme de territoire et non d’ethnie. Et ce département a un fort métissage avec 6 communautés amérindiennes, des créoles guyanais (métis), des Haïtiens, des Métropolitains, des Chinois…

Sur l’ensemble de la Guyane:

* 20% de la population était au chômage en 2009;
* 20% des Guyanais sont illettrés (soit 3 fois plus qu’en métropole). Un phénomène qui touche particulièrement les femmes et les personnes âgées;
* Seuls 44% des 25 ans et plus ont un diplôme du secondaire;
* Le taux de chômage des sans diplôme est 5 fois plus élevé que ceux ayant terminé le secondaire.

Tout laisse à penser que ces statistiques sont plus élevées auprès des communautés amérindiennes.

Le suicide auprès des Amérindiens du sud du fleuve touche autant les hommes que les femmes. Il est de 1 pour 200 habitants, contre 1 pour 5 000 en France métropolitaine. D’après le journal France Guyane, si ces chiffres étaient remis à l’échelle française, ce serait l’équivalent de 300 000 suicides. Soit davantage que la population guyanaise.

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Tournée: Elisapie Isaac

De Salluit à travers le monde

La portée de la chanson

Raymond Viger       Dossier CultureTélévisionAutochtone

inuit grand nord saluaitPour ceux qui ne le savent pas, Salluit est une des 14 communautés Inuit du Québec. Dans mon temps, on parlait du Grand Nord Québécois. Aujourd’hui, on parle du Nunavik.

14 communautés Inuit que j’ai visité de 1995 à 2000. Des milliers d’Inuit que j’ai rencontrés et qui ont laissé une marque indélébile dans mon coeur. J’ai voyagé le Grand Nord comme intervenant de crise auprès de personnes suicidaires. D’une part, pour l’Université McGill pour enseigner comme intervenir et former des Inuits à former des formateurs. D’autre part, pour les Centre de Santé de Puvingnituk et de Kujjuaq pour intervenir dans les communautés avec les étudiants que je formais.

Cinq années où j’ai rencontré des gens formidables. Cinq années à découvrir un territoire si différent mais qui m’a charmé.

Élisapie Isaac en tournée

Elisapie isaac inuit salluit grand nordPar le hasard de ma présence sur les réseaux sociaux, je vois qu’Élisapie Isaac fait une prestation à Québec. Un spectacle de chant, une tournée musicale après avoir publié deux CD de musique et un documentaire avec l’ONF.

Élisapie a été une de mes étudiantes lors de mes formations dans le Grand Nord. Je n’ai pu résister à inviter ma conjointe Danielle à descendre à Québec pour être présent à ce spectacle d’Élisapie. Quelques minutes plus tard et nos billets étaient déjà achetés.

Cela sera une belle occasion pour Danielle et moi de prendre quelques instants de congé. Je n’ai aucune idée du type de chanson qu’Élisapie nous réserve pour sa prestation à la salle du petit Champlain à Québec. Je l’ai entendu chanter des songs throats et cela m’avait charmé. Je suis prêt à entendre n’importe les styles de musique qu’elle nous aura préparé pour son spectacle.

Élisapie a remporté plusieurs prix. Entre autre, elle a gagné le Gala ADISQ 2013.

J’ai bien hâte de l’entendre à Québec. Je vous reviendrais sur mes opinions sur son spectacle. Entre-temps, je continue à rêver de ces cinq années que j’ai passé dans le Grand Nord.

P.S. Aussi bizarre que cela puisse paraître, il est très difficile de trouver les dates de spectacle à venir d’Élisapie Isaac. Après une recherche de moine, j’ai fini par trouver ces dates et ces lieux qui proviennent  de la page Facebook d’Élisapie. Les autres plateformes ne présentent que les spectacles passées.

19 avril, Le petit Champlain, Québec.

2 mai 201, LE MAGASIN GÉNÉRAL LE BRUN, MASKINONGÉ 819-227-2650

9 mai Centre Culturel Henri-Lemieux – Théâtre du Grand Sault. Lasalle

6 juillet, Place des Arts, théâtre Maisonneuve

19 juillet, Victoria Park, London, Ontario.

Si vous trouvez d’autres dates, laissez-moi un commentaire avec les informations.

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