De la guerre à la rue

De la guerre à la rue
Dominic Desmarais, Vol 15-1, octobre 2006

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Dossier Enfants soldats

CAUSE Canada, une ONG albertaine qui œuvre dans le développement, a déjà piloté un projet destiné aux enfants-soldats. De janvier 2000 à juillet 2001, 2274 enfants, victimes de la guerre et amputés, ont profité d’un programme de réintégration. Le tiers des participants était composé de filles. Faute de fonds, le projet a duré un an et demi. La directrice de CAUSE, Beverley Carrick, souhaitait un projet de cinq ans. La guerre est trop loin dans la mémoire des donateurs qui sont constamment sollicités pour soulager les nombreux maux de la planète. Pour obtenir du financement, les ONG doivent trouver d’autres projets plus attrayants.

Prince Cotay, directeur de CAUSE pour la Sierra Leone, constate que le vent a tourné. Depuis la fin de la guerre, les besoins ont changés. «Maintenant, il n’y a pas de besoin pour les enfants-soldats. On a un besoin urgent pour les enfants de la rue.» Plusieurs enfants-soldats ont glissé entre les mailles des programmes de réintégration. Ils n’ont reçu aucune aide. D’autres n’ont pas réussi à s’intégrer, après leur séjour au sein d’un centre de réhabilitation. «Ils ont perdu leur famille, leurs parents. Ils ne peuvent pas retourner chez eux. Ils ont été soldats, ils sont habitués de commander. Ils ne veulent pas retourner vivre sous l’autorité de leurs parents. Ils sont retournés vivre dans la rue», explique M. Cotay.

Plutôt que d’aider des jeunes en particulier comme les enfants-soldats, les nouveaux projets touchent la communauté. Avec le support d’Unicef Canada, CAUSE veut favoriser l’accès à l’éducation pour les enfants. Tous victimes de la perte de leur système d’éducation en raison de la guerre. Les écoles se reconstruisent, les enseignants sont formés. Un travail complémentaire au centre de la Croix-Rouge, qui envoie, après un an, ses plus jeunes sur les bancs d’école.

Pour épauler son projet de rétablissements des écoles, CAUSE s’apprête à mettre sur pied un programme pour sponsoriser l’éducation d’enfants. L’organisme espère rejoindre 5 000 enfants sur les 100 000 de la province. «Les parents doivent payer 50 000 à 60 000 léones par année (20$ US) pour envoyer un enfant à l’école. Certains parents n’ont pas ces moyens», raconte Prince Cotay.

«Le plus gros problème des victimes de la guerre, c’est que la plupart se sont appauvris. Ils n’ont aucune source de revenu. Pas de soins médicaux. Pas d’éducation. Avoir un toit est un autre problème important. Ils vivent au jour le jour. Ils ne peuvent pas penser à demain, car demain n’existe pas. Et plusieurs ont des femmes, des enfants. Avant la guerre, entre 70 et 80% des gens étaient pauvres. Avec la guerre, ça s’est empiré.» Le directeur de CAUSE possède une vaste expertise. Il a supervisé des projets concernant les enfants-soldats, les femmes, les amputés, l’éducation, la santé, les maladies sexuelles.

De la pauvreté à la guerre

Si la pauvreté est visible, la misère ne se sent pas. Philippe Stoll, de la Croix-Rouge, l’admet. «C’est calme en surface. Mais les gens explosent rapidement.» Comme cette fois où, expropriés de leurs terrains, des habitants s’en sont pris au ministre responsable du dossier. Ils l’ont torturé. Il a payé de sa vie sa décision.

Les signaux pour une autre guerre sont là. «Le sous-emploi, les abus aux droits de l’homme, l’accès à la propriété. Le gouvernement garde l’argent. C’est ce qui est arrivé il y a dix ans», fait savoir Daphne Olu Williams, de l’organisation FAWE (Forum for african women Educationalists). Assermentée commissaire pour les élections de 2007, cette femme énergique et bouillante n’a pas peur de ses opinions. Entre des directives à ses enfants, des conversations au téléphone qui ne dérougit pas, elle clame tout haut ce que les gens de la communauté internationale racontent sous le couvert de l’anonymat. Elle aussi remarque que les indicateurs qui ont mené à la guerre en 1991 sont aujourd’hui présents. Il ne manque plus qu’un leader, un rassembleur. Les ONG, elles, poursuivent leur travail. En espérant ainsi empêcher une autre boucherie.

Produit grâce à la contribution de l’Agence canadienne de développement international (ACDI)

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Traumatismes de guerre

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Traumatismes de guerre

Traumatismes de guerre

écrit par Dominic Desmarais, Vol 15-1, octobre 2006

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Enfants-soldats

Dossier Enfants soldats

Le suivi et l’aide psychologique, pour apaiser le traumatisme de la guerre chez les enfants du centre, vient des six enseignants et des quatre aides pédagogiques. En plus de leur fonction d’enseignant, ils suivent personnellement 15 jeunes chacun. Ils font un suivi journalier afin de savoir ce qui va ou non chez leurs protégés.

Lansana est agriculteur de formation. C’est justement le métier qu’il enseigne. Il parle devant un champs en labours, autour duquel travaillent ses dix étudiants. Cet homme a reçu une formation de deux semaines avant de travailler pour le centre. Insuffisant, concède le superviseur du centre. Lansana et ses collègues doivent intervenir auprès de jeunes qui sortent traumatisés de la guerre. Ils apprennent sur le terrain. Des intervenants sans formation, confrontés aux pires cas.

Comme cette fois, avec Fatmata, l’une des protégées de Lansana. Enlevée par les rebelles de 1994 à 2000, elle est devenue plus que soldat. Elle est tombée enceinte. «Elle a accouché dans la jungle prématurément, à 10-11 ans. Elle a accouché d’organes, de sang. Pas d’enfant», résume l’agriculteur.

Fatmata a eu des problèmes de santé. À la fin de la guerre, elle a reçu des soins avant sa réintégration à la vie civile. Les médecins lui conseillant de ne pas avoir de relation sexuelle pour les prochaines années.

«Elle était avec nous en 2004, notre première cuvée, se rappelle Amadu, responsable du centre. Elle était dépressive. Quand les jeunes s’amusaient, elle restait seule, déprimée. J’ai envoyé Lansana pour qu’il trouve ce qui n’allait pas. Pendant deux jours, rien 

Je l’ai invité dans mon bureau. Elle était enciente de 2 mois. Elle venait de l’apprendre. À la fin de la guerre, quand le Docteur l’a réparée, il lui a dit de ne pas tomber enceinte pour les prochaines années en raison de l’opération. elle était terrifiée.»

Médecins sans frontières, alors présent dans la province, a écouté Amadu. Il leur a raconté toute l’histoire. « Un problème mineu pour eux. Elle a mis au monde un garçon en toute sécurité. » Le souvenir redresse Amadu. Sa fatigue se dissipe pour faire place à un enthousiasme renouvelé. C’est ainsi que fonctionne le centre de réintégration de Kabala. Le coeur compense le manque de formation.

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Bourreaux et victimes à l’école

Bourreaux et victimes à l’école

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Enfants-soldats

Kabala, Sierra Leone – Sunkarie a 16 ans. À la fin de la guerre, elle avait 12 ans. Lorsque les rebelles ont attaqué son village, ils l’ont pris avec sa mère. «Ma mère était enceinte. Ils lui ont ouvert le ventre brutalement pour connaître le sexe de l’enfant. J’ai vu ma mère mourir.» Elle a sept ou huit ans à l’époque. Elle vit encore sous le choc aujourd’hui. «Je vais toujours me souvenir de la mort de ma mère. La plupart du temps, quand je me rappelle comment je l’ai perdue, je pleure. Quand j’ai besoin d’aide, que je vis des moments tristes, je me sens seule. Je n’ai pas de famille», raconte-t-elle avant de rajouter que son frère a été tué pendant la guerre, que son père est mort et que sa belle-mère a perdu son bras à la suite à des bombardements.

Dominic Desmarais, Enfants-soldats, International

Sunkarie est devenue une enfant-esclave. Elle accomplissait les tâches que les rebelles lui assignaient, explique-t-elle laconiquement, avare d’explications. Difficile de savoir si elle a oublié cet épisode de sa vie ou si elle évite le sujet. Un regard sur son oreille gauche suffit pour comprendre qu’elle a vécu l’enfer. L’ouverture est bouchée par son lobe, recousu au centre de l’oreille. Elle a été poignardée. Sur les jambes, également, comme en témoignent ses vilaines cicatrices. Ses réponses sont brèves.

Trois ans passent avant qu’elle ne s’évade des rebelles. Malchanceuse, elle tombe entre les mains des soldats du gouvernement. Le cauchemar de Sunkarie se prolongera une autre année. «Les rebelles et les soldats du gouvernement, c’est du pareil au même», dit-elle à la dérobée. L’adolescente s’adresse à l’un de ses professeurs en créole, qui joue à l’interprète et au journaliste. Peu troublé par l’histoire de son élève, mille fois entendue, il la pousse à s’ouvrir. Sunkarie s’est portée volontaire, parmi la trentaine de jeunes filles de sa classe, pour témoigner de son vécu. Ses rares sourires sont provoqués par la gêne. Elle détourne rarement le regard de son interprète. Parfois, elle répond en anglais. Mais toujours cet air honteux.

L’école de la réintégration

Depuis octobre, la jeune fille est prise en charge par un centre de réintégration pour jeunes victimes de la guerre. Opéré par la Croix-Rouge, qui a quatre autres projets similaires à travers le pays, le centre de Kabala aide 150 jeunes de 10 à 18 ans. Comme Sunkarie, ils ont un passé douloureux. Mères-enfants que personne ne supporte, jeunes dont les parents ont tout perdu pendant la guerre et n’ont pas les moyens de les envoyer à l’école, victimes de la guerre (traumatismes), abusés sexuellement, enfants-soldats, enfants abandonnés pendant la guerre…

Le centre mélange enfants-soldats et autres victimes, filles et garçons. La Croix-Rouge évite toute stigmatisation. «À travers ces centres, on veut leur redonner une structure, un mode de vie normal. Beaucoup de ces enfants n’ont pas connu d’encadrement, une autorité plus ou moins présente», explique Philippe Stoll, agent de communication de l’organisme international. Philippe a délaissé le journalisme pour l’aide humanitaire. Il vit l’aventure d’une autre manière.

Les enfants sont divisés en fonction de leur âge. Les plus jeunes, les 10-13 ans, s’adaptent à leur nouvelle vie d’étudiant. Une première pour la grande majorité. «On leur donne une structure scolaire, dans le but qu’ils puissent, après un an, réintégrer le système régulier», raconte Philippe, convivial. Ils ont tout à apprendre, la guerre les ayant fait fuir des bancs d’école.

Les plus âgés, les 14-18 ans, reçoivent une éducation de base et apprennent un métier. Couture, cuisine, charpenterie, construction, agriculture, coiffure. Leur pratique profite au centre. La récolte du groupe en agriculture est utilisée par le groupe en cuisine pour faire le repas du midi. Les tables et les chaises sont fabriquées et réparées par les charpentiers. De nouveaux bâtiments servant de classes ont été construits par le groupe en construction. Sunkarie, elle, a choisi la couture. En sortant du centre, elle souhaite ouvrir un petit commerce. De quoi lui permettre, pense-t-elle, de gagner sa vie dans son village.

«L’idée, c’est que les gens qui ont appris un métier travaillent dans leur communauté. Qu’ils apprennent ensuite leur métier à des apprentis. De renégats, ils deviennent utiles et aident leur communauté», dit Philippe Stoll.

Le défi du recrutement

En ces temps difficiles, on se bouscule aux portes du centre de la Croix-Rouge. L’école est un mirage pour des milliers de jeunes de la province. Les enfants affectés par la guerre sont la norme. «Récemment, 715 personnes ont demandé une place. Plus de 80% étaient vulnérables. Mais le programme peut seulement supporter 150 enfants à la fois», raconte Amadu, le responsable du centre de réintégration de Kabala. Pour lui, est vulnérable tout enfant dont le passé correspond aux critères de sélection du centre. Ces filles déjà mères, ces anciens enfants-soldats, ces jeunes estropiés de la guerre, ces esclaves, ces filles-épouses de militaires…

Amadu et son équipe rencontrent un à un les enfants qui s’inscrivent. Ils passent des journées entières à écouter des histoires d’horreur. Comment choisir 150 enfants sur 715? «C’est tout un défi. Une décision difficile pour nous tous», affirme Amadu, à la fois sincère et lucide. «Pendant l’entrevue, on laisse le jeune parler de lui. Ce qu’il a vécu pendant la guerre. Certaines histoires sont si pathétiques qu’on a pas le choix de les prendre.» Comme l’histoire de Sunkarie, par exemple.

La fin des enfants soldats

Diplômé en agriculture, jadis enseignant au secondaire, Amadu ramène son stress à la maison. Son travail de responsable l’occupe à la semaine longue. Il a en mémoire les histoires de ses bénéficiaires, comme il appelle les jeunes du centre. Aujourd’hui, il a un poids de plus. La deuxième année du centre n’est pas encore achevée qu’il se demande comment éviter la fin du programme.

La quarantaine, l’homme cache mal sa lassitude. Sa fatigue l’emporte sur son enthousiasme. Les regards horrifiés par cette violence qui a volé la vie à des dizaines de milliers d’enfants se sont déplacés au gré des autres tragédies. La guerre est terminée depuis 2002. Quatre longues années suffisantes aux yeux des donateurs pour rétablir un pays et réhabiliter cinq millions de personnes. «On ne peut plus parler d’enfants-soldats aujourd’hui. La guerre est terminée depuis quatre ans, résume le superviseur, cynique. On veut cibler les jeunes. Ils n’ont rien à faire. Les enfants de la rue, la prochaine guerre, c’est eux qui la feront.»

Amadu craint l’abandon du programme par la Croix-Rouge d’ici un ou deux ans. «Je vais probablement regarder ailleurs pour trouver des fonds. Nous sommes chanceux d’avoir les bâtiments scolaires.» L’avenir du centre le hante. Les investisseurs ne courent pas les rues, dans son coin de pays.

Discrimination pour les femmes

Sur les 150 bénéficiaires de 2006, 112 sont des filles. «Traditionnellement, la femme ici est dépouillée de ses droits. Elle ne va pas à l’école. Ou sinon elle abandonne à mi-parcours. Elle tombe enceinte. Pas de mari. Pas de travail. Elle est seule. À la fin de la guerre, le programme de réintégration ne concernait que les hommes soldats. Ils ont oublié qu’il y avait des femmes soldats. Plusieurs garçons ont reçu tous les fonds. Alors, il y a plus de femmes vulnérables. Elles n’ont jamais participé au programme de réintégration. Maintenant c’est leur tour», explique Amadu.

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Les anges de la guerre

Les anges de la guerre

Par Patrick Alleyn, Dossiers Enfants-soldats, International

Au Sri Lanka, le Jardin de la paix soigne par le jeu et les rituels les enfants traumatisés par la guerre et les catastrophes naturelles.

(Batticaloa, Sri Lanka) — Le petit de 5 ans raconte son histoire, avec toute sa colère. «Mon oncle tenait ma main et celle de ma maman, mais il l’a lâchée. Je l’ai vue emportée par la mer.» Depuis, il affirme détester son oncle et refuse de dire ses prières.

Le révérend Paul a emmené l’enfant au nid des coucous, dans la maison-chariot, après le pont-serpent. «Je suis le papa coucou», lui dit le Père Paul. Le nid des coucous est le lieu des confidences. Le thérapeute du Jardin de la paix y soigne par le jeu et le rituel le petit garçon traumatisé par le tsunami qui a ravagé son village le 26 décembre 2004.

«Le Jardin de la paix (Butterfly Peace Garden) accompagne les enfants affectés par la guerre, mais nous y avons intégré des enfants du tsunami», rapporte Paul Hogan, un peintre torontois, qui a créé ce projet avec le psychologue Paul Satkunanayagam, un père jésuite tamoul, et dix jeunes militants pacifistes. L’Agence canadienne de développement international (ACDI) a aidé à mettre sur pied le Jardin. L’Entraide universitaire mondiale du Canada leur a fourni plus tard un autobus.

«Plusieurs ont vu leurs parents emportés par la vague», rajoute-t-il. Sur les côtes du Sri Lanka, le raz-de-marée géant a fait 31 000 morts et 500 000 sans-abri.

Le pélican gourou

Aujourd’hui, dans le verger où est installé le Jardin de la paix, 50 enfants se ruent dans une montagne de costumes. Ils réapparaissent en lions ou en coucous; l’un en moine bouddhiste, l’autre en karaté kid à longues moustaches; là-bas, une petite fille est magnifique avec ses ailes de papillon roses. Certains jouent avec Samathanam, un pélican devenu le «gourou» du Jardin. Durant neuf mois, ces enfants s’amuseront dans un grand bateau de bois, bricoleront, prendront soin des animaux, feront de la peinture et des contes. Les animateurs sont formés pour se laisser guider par l’imaginaire des enfants et non pour gérer un programme d’activités. Une fois la confiance des enfants gagnée, les animateurs dialogueront seuls à seuls avec les plus troublés d’entre eux.

Depuis dix ans, l’autobus du Jardin de la paix parcourt les zones de conflit dans l’est du Sri Lanka. Il recueille les enfants éprouvés par une guerre civile de 20 ans entre les Tigres tamouls, qui luttent pour l’indépendance de la minorité tamoule du nord-est, et les forces gouvernementales de la majorité cinghalaise. Le Jardin accueille des petits provenant des villages où la violence éclate entre Tamouls et Musulmans. Le Jardin veut favoriser la réconciliation entre les communautés du Sri Lanka.

La guérison dans les camps

«En ce moment, la majorité des gens de la région de Batticaloa vivent dans des camps. Aux réfugiés de la guerre s’ajoutent ceux du tsunami», observe Shantiepan Sivarajah, un jeune pacifiste engagé depuis les premiers pas du Jardin.

Au camp de Thiraimadu, un millier de familles vivent sur un vaste terrain sans arbres, dans des abris de tôle ondulée, et rôtissent au soleil, un an après le tsunami. Shantiepan y supervise l’installation du Studio des contes du singe. Inspiré du Jardin, il viendra en aide aux enfants perturbés par le tsunami, directement dans le camp.

«Après dix ans, j’ai envie de retourner à la pêche, à la vie sur la mer, avoue Shantiepan. C’est un travail douloureux.» Sa conjointe, Mary Heather, coordonnatrice d’une ONG canadienne à Batticaloa, l’a plutôt convaincu de venir vivre au Canada, pour éventuellement y développer d’autres jardins de la paix ailleurs dans le monde.

Avec le temps, les enfants du Jardin deviennent eux-mêmes des «agents de guérison» pour toute la communauté — parents, professeurs, leaders religieux, soldats —, croit le père Paul. «Nous organisons des défilés de paix dans la ville, dit-il. Devant les campements militaires, les enfants collent leurs créations artistiques aux fenêtres de l’autobus — fleurs de papier multicolores, bannières, etc. Certains des soldats acceptent ce cadeau de paix et leur répondent en agitant la main. Ils sont touchés au cœur.»

 

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Prise de bec à Gangstertown

Prise de bec à Gangstertown 21-07-2006 

Dominic Desmarais, Enfants-soldats, International

Eh oui, je suis de retour à Montréal depuis lundi. Mon séjour d’une semaine en Europe, après la Sierra Leone, a été une course folle. De sorte que je n’ai pas eu le temps de parler de l’une de mes dernières soirées à Freetown.

Alex et David (je ne sais trop si j’ai déjà mentionné son nom… il s’agit d’un jeune nigérien, ami d’Alex) m’ont amené dans un endroit qui s’appelle Government Wharf. C’est un édifice ravagé par la guerre qui sert de squat pour les gangsters. L’immeuble n’a pas de toit sur la presque totalité de sa superficie. Il y a des murs, certains ne se rendent pas jusqu’au plafond.

Je me suis fait dire qu’il y a quelques années, une féroce lutte opposait ces gangsters à la police, qui cherchait à les faire déguerpir… Visiblement, les forces de l’ordre ont abandonné cette idée, les criminels contrôlent toujours l’endroit.

Alex m’a dit que ces gens, des anciens soldats pour la plupart, aimaient les étrangers. Qu’ils seraient contents de faire la fête avec moi. Ce fut bel et bien le cas. Au début! Intrigués par ma présence – j’étais le seul non africain de la place -, plusieurs venaient me payer une petite visite, question d’en savoir davantage sur ma personne.

Ç’a commencé à déraper quand j’ai pris des photos… Alex m’avait pourtant bien avisé qu’il n’y aurait aucun problème. Pas sûr, j’avais pris la peine de demander à un autre jeune homme que je ne connaissais pas. Lui aussi abondait dans le sens de mon enfant soldat. Alors j’ai sorti mon appareil numérique. Mes photos sont assez quelconques. Après 6 ou 7 photos, un gars de la place aperçoit mon flash… Commençait alors un épisode pas très rigolo…

Le gars en question, James, est un ex-taulard. C’est du moins ce que les gens de la place m’ont raconté. Il a fait 15 ans. Je ne sais pas pourquoi. La seule connaissance que j’ai du système carcéral sierra leonais, c’est par l’entremise d’Alex. Il a fait un mois et demi de prison… pour avoir poignardé un homme. 45 jours pour ça, je me demande bien ce que James a pu faire pour récolter 15 ans…

James a pété sa coche, comme on dit en bon québécois. Ses yeux le faisaient paraître fou. Je crois d’ailleurs qu’il n’avait pas toute sa raison… Il criait, se lamentait. Disons que je n’avais pas besoin de cette attention pour que ma présence soit remarquée!!! Alors que James vociférait, piquait une crise, tout le monde – une centaine de personnes au moins – s’approchait de moi. Curiosité, j’imagine!

En raison du troupeau qui m’entourait et rendait toute explication impossible, on s’est réfugié dans ce qui fait office de cuisine. James et moi nous sommes assis sur le congélateur. La pièce s’est remplie, je voyais des têtes dans l’embrasure de la porte.

James voulait voir les photos que je venais de prendre. J’ouvre une parenthèse: je suis très mauvais, côté technologie. D’ailleurs, j’ai toujours pensé que je n’étais pas né à la bonne époque, tellement je suis dépassé par cette ère informatique… Fin de la parenthèse! Donc James veut voir les photos. D’abord, il me demande de lui donner le film. L’appareil est numérique, donc pas de films. Il se saisit de la caméra. Je résiste de mon côté. On se retrouve, tous les deux, à empoigner la caméra, chacun tirant de son côté.

Il n’en fallait pas plus pour que les esprits s’échauffent à nouveau! Les autres se mettent de la partie, tirant la caméra avec moi. J’obtiens gain de cause, au grand dam de James. Après d’interminables minutes – interminables pour moi, s’entend! -, je parviens à comprendre le fonctionnement de mon appareil. Je montre mes photos à James. Rassuré, il se calme. Il veut tout de même la garder en sa possession.

– On attend le propriétaire de l’endroit, pour lui demander s’il accepte que tu prennes des photos chez lui, qu’il me dit.

J’avais envie de répondre que c’est un squat, un refuge, qu’il n’y a pas de propriétaire, mais à quoi bon prendre la chance de provoquer une autre crise?

Finalement, après des hauts et des bas – lire des crises suivies de périodes plus calmes -, James s’excuse. Tout rentre dans l’ordre. Enfin… presque. La dynamique, dans ce refuge, venait de changer. Et pas pour le mieux. Maintenant que j’étais bel et bien sur la sellette, tout un chacun en profitait pour venir se présenter… Je pouvais sentir ce qui allait arriver dans chacune de mes conversations avec les gens de la place. Ils trouvaient tous une histoire à me raconter qui finissait par une demande d’aide financière. Ma soirée était à l’eau. Je suis parti.

J’ai raconté cet épisode à certains de mes amis. La question la plus fréquente: t’avais pas peur? La réponse est non. Pour la simple et bonne raison que j’étais préoccupé par ma carte mémoire qui contenait toutes les photos de mon séjour. En aucun cas je pouvais considérer la laisser aller. Alors je ne pensais qu’à ça, et non aux problèmes qui auront pu survenir. Et est-ce que des problèmes auraient pu survenir? Évidemment. Ç’aurait pu dégénérer. J’ai cru, à un moment, que ça s’en venait, d’ailleurs.

Mais bon, je suis vivant, j’ai toutes mes dents!

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Enfant-soldat à la Croix-Rouge

Enfant-soldat à la Croix-Rouge 06-07-2006

Dominic Desmarais, Enfants-soldats, International

Grosse journée, hier. D’abord, j’ai emmené Alex, mon enfant-soldat, à la Croix-Rouge sierra-léonaise. Pour savoir s’il lui serait possible d’être choisi pour leur programme de réhabilitation. Il recevrait ainsi, pendant un an, un peu d’éducation, il apprendrait un petit métier, recevrait un repas par jour. De plus, il serait suivi par un enseignant, pour sa vie à l’extérieur du centre.

Je ne sais pas comment ça risque de tourner, pour Alex. Normalement, le programme est réservé aux moins de 18 ans. Alex pense en avoir 19… Aussi, le centre est à l’extérieur de Freetown. À une heure de route, environ. Alex devra s’y trouver un endroit où rester, s’il est choisi. Mais ça, ça peut toujours s’arranger.

Le programme pour l’an prochain n’est pas encore ouvert. Alex devra patienter jusqu’à septembre pour savoir si, finalement, la vie lui offrira cette opportunité. Car, l’idée, c’est ça: lui permettre de quitter la rue. On ne sait jamais, avec le centre de la Croix-Rouge.

Par exemple, j’ai rencontré une jeune femme, Sarah, qui y a passé un an. Elle s’est fait connaître, en raison non seulement de son histoire, mais également de son intelligence. Du même coup, elle a reçu une aide financière pour terminer ses études. Elle attend actuellement ses résultats afin de savoir si elle sera acceptée par l’université. Elle n’aurait jamais eu cette chance, sans le Centre.

Je ne sais pas ce qui arrivera à Alex. S’il aura une telle opportunité. S’il saura profiter de cette chance. Mais, si on n’essaie pas, alors je sais trop bien ce qui l’attend: la rue.

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Joies et misères de la jeunesse à Freetown

Joies et misères de la jeunesse à Freetown 26-06-2006

Dominic Desmarais, Enfants-soldats, International

J’ai finalement décidé de couper mon message en deux. L’autre partie se trouve juste avant celle-ci.

J’ai enfin du temps pour partager ma nuit de mercredi passé. Une nuit que je qualifierais de magique, car riche en émotions de toutes sortes.

D’abord, ma rencontre avec Alex, mon enfant soldat de la rue. C’était lors d’un match de la Coupe du monde de soccer. Dans un petit bar, tout ce qu’il y a de plus simple, sur le bord de l’océan Atlantique: des chaises disposées devant une télé de grosseur moyenne, sous une grande hutte de bambou. Les pieds dans le sable fin, le soleil qui éclaire la télé, empêchant la plupart du temps de suivre la course du ballon! L’intérêt, c’est dans la réaction des gens. Leurs cris de joie, d’indignation, leur appui indéfectible pour leur équipe, mais pas trop partisan pour les équipes africaines. Comme cette journée, où jouait le Ghana.

À la mi-temps, je me suis retiré un peu de cette promiscuité. Contempler la plage d’un peu plus près. Il y avait un groupe de jeunes. J’ai entamé la conversation. La raison de ma présence à la Sierra Leone est vite tombée sur le sujet. Du coup, les jeunes ont pointé l’un des leurs: je venais de rencontrer Alex. Un peu taciturne, endormi. Petit de taille, mais athlétique. Je lui aurais donné 16 ans. Il en a 19. C’est du moins l’âge qu’il pense avoir. Enlevé par les rebelles à 10 ans, il ne connaît pas la date de son anniversaire. Ni le temps qu’il est resté dans la jungle, à guerroyer. 5 ans, selon lui. Mais allez savoir… Ce fut, pour lui, une longue année qui a duré on ne sait trop combien de temps.

Alex était ouvert à l’idée de me raconter son expérience. On s’est donné rendez-vous pour le lendemain. Regarder la partie de soccer, faire une partie de l’entrevue à la mi-temps, poursuivre après. On quittait le bar pour se retirer dans un endroit un peu plus isolé. Son histoire, Alex ne veut pas que tous la connaissent. Certaines personnes, bien que la guerre soit terminée depuis 5 ans, n’ont pas pardonné, les exactions commises. De ce côté, Alex est loin d’être aussi innocent que son apparence ne le laisse suggérer. Parfois, quand certains jeunes venaient rôder, intrigués par la présence en ces lieux d’un étranger, entouré de 4 ou 5 jeunes sierras-leonais, avec un calepin et un crayon, il fallait tout arrêter.

L’entrevue s’est déroulée sur plus d’une journée, en raison de cette méfiance envers les gens qu’Alex ne connaît pas. Devant ses amis, qui n’ont pas connu l’expérience de la guerre, Alex ne se retient pas. Son histoire, ils la connaissent. Même qu’ils l’aident à se souvenir, en lui rappelant certains événements qu’il a passé sous silence. Ou en rajoutant des éléments aux explications d’Alex. Car Alex n’est pas un grand orateur. Ses réponses sont simples. Il n’y a pas d’enrobage avec lui. Il répond à la question, point à la ligne.

Après quelques rencontres, j’ai su qu’il vivait dans la rue. Je lui ai dit que j’aimerais bien l’accompagner, pour une nuit. M’ouvrir à sa réalité. J’ai entendu son histoire pendant qu’il était enfant soldat, je voulais maintenant avoir un aperçu de sa vie après. En fait, Alex m’offre la possibilité d’établir une comparaison entre les enfants soldats qui ont reçu l’aide des ONG et ceux qui sont passés entre leurs mailles. Je n’ai aucune idée, pour le moment, si l’après-guerre est différent pour lui que pour ces autres enfants éduqués par les ONG.

Je rencontrais Alex à 21 h. Il était accompagné de David, un Nigérien qui a quitté son pays il y a 2 ans. David appréhendait son avenir avec peu d’espoir, au Nigeria, vu le nombre d’habitants. Je n’ai pas les chiffres avec moi, désolé. Mais, bon, David ne me semble pas mieux parti ici. C’est un jeune très intelligent, qui essaie de se débrouiller en jouant les caddys au club de golf. Il aspire à devenir un génie de l’informatique. Encore faut-il qu’il ait les moyens d’aller à l’école…

Mais je m’écarte. Donc, je rejoins mes 2 compères à 21 h. Namvula, une Anglo-Zambienne, vient nous rejoindre. Elle est photographe à la pige. Je l’ai rencontré le lendemain de mon arrivée. Tous les 4, nous nous sommes dirigés vers un endroit fort populaire auprès de jeunes sierras leonais peu fortunés. Sans surprise, Namvula et moi sommes les seuls étrangers. L’endroit est en fait une rue qui donne sur un petit cinéma (une cabane de bois avec une télé qui joue des films en DVD), un bar, de petits kiosques qui offrent de la nourriture, des bonbons, des cigarettes, etc.

En début, de soirée, la rue est plus populaire que le bar. À l’intérieur, les rares clients du moment essaient de discuter sur une musique qui crève les tympans. Le bar n’a pas de plancher. Que le sol, de la pierre sablonneuse inégale. En retrait, près des toilettes, se trouvent des chambres. 4 chambres. Les femmes de l’endroit y amènent leurs clients. 4000 Leones (3000 Leones = 1$ US) la chambre, 10 000 la fille. Pas de pimps. L’endroit est assez lugubre, peu éclairé. Les femmes sont peu affriolantes, et pour cause. Les plus belles traînent dans les boîtes fréquentées par les étrangers, dans l’espoir non pas de passer une nuit contre rétribution, mais plutôt pour y trouver un petit ami, voire un mari. Une façon comme une autre, pour elles, de se sortir de leur misère. L’amour, pour ces filles, est synonyme d’argent, de vie à l’extérieur de la Sierra Leone. Elles sont nées belles, elles utilisent leur principal atout pour se sortir de leur vie.

Je m’égare encore!!! Retour à la rue, donc. Alex semble connaître beaucoup de jeunes. Pour le reste, ils viennent parler à Namvula ou à moi. Il y a Alsyn, un jeune de 13 ans, qu’Alex a pris sous son aile. Alsyn (je ne sais comment il écrit son prénom) a dû transporter toutes sortes de choses, dont des munitions, à la fin de la guerre. Il avait 8 ans. Je suis censé le rencontrer le week-end prochain. Il va à l’école, ce qui ne l’empêche pas de traîner avec nous.

Les gens autour de nous boivent de l’alcool. Mais, ce qui surprend, c’est le nombre impressionnant de personnes qui fument de la marijuana. Tout le monde tire sur un joint. Ils sont en petits groupes, à se le passer. Ce manège, c’est toute la nuit qu’il se poursuit.

Vers une heure du matin, Alex nous amène faire un tour. Un long tour. On déambule dans des rues qui me sont totalement inconnues. Il fait noir à ne rien voir devant soi. Déjà que la ville a un grave problème d’électricité, ce n’est certainement pas dans ce quartier qu’on risque d’en trouver. Alors, pas de lumière dans cette nuit sans étoiles!!!

Alex, lui, avance d’un pas assuré. Il sent les trous, les flaques d’eau, sans même regarder le sol. Il avance rapidement, mais se retient pour nous. Il joue au protecteur. Et il prend son rôle au sérieux. Lui, qui souriait quelques minutes avant, avec ce qu’il avait fumé, le voilà soudainement sérieux. Il veut nous montrer tous ces jeunes qui dorment là où ils le peuvent. Il fait tellement noir que, sans son œil averti, je serais passé sans les voir.

Ils sont partout. C’en est affolant. Sur des chaises contre les maisons ou petits commerces, dans un café Internet ouvert toute la nuit, sur le sol… Certains dorment debout, arc-boutés contre une commode. Namvula sort son appareil photo. Pas d’autres choix que d’utiliser le flash, vu la noirceur.

C’est là que je me suis rendu compte que j’étais journaliste, pas photographe. J’avais avec moi mes appareils photo. Mais je n’ai pas été capable de les sortir. J’aurais été bien incapable de prendre ne serait-ce qu’un cliché. Parce que je ne pouvais assumer de prendre leur image sans leur permission. Remarquez, j’étais bien content que Nam ait le caractère qu’il faut pour ce genre de situation. Je n’ai aucun problème à rencontrer des gens dans des endroits qui ne sont pas sécuritaires, des tortionnaires, des criminels de guerre. Ça ne me dérange pas du tout. Au Congo, on m’a déjà sorti de mon véhicule. Une trentaine de miliciens, le AK-47 à la main, qui m’ont forcé à me rendre dans une hutte. Et j’en passe. Je n’ai aucun problème avec ça, parce que je suis capable de bien vendre ma salade. Pourquoi je suis là, ce que je fais… Mais pas la photo. Je ne suis juste pas capable de l’assumer, donc de l’expliquer.

Parce qu’on en a eu, des problèmes! Chaque endroit visité, chaque photo, était source de conflits. Ceux qui avaient les yeux grands ouverts n’apprécient pas notre présence. Nam est drôlement bonne. Elle parle créole, leur langue, elle est jolie, rassurante. Bref, avec l’aide d’Alex, on s’en sortait à tous les coups.

Notre marche nous a menés vers un terrain de soccer. À l’arrière du terrain, se trouvent de simples installations comme le banc des joueurs. Je n’ai pas pu compter le nombre de jeunes qui y dormaient. Trop nombreux. À en donner la chair de poule. Puis, le plus vieux, celui qui voit à leur bien-être — de façon informelle — est arrivé sur les lieux, attiré par le flashe de Nam. David et Alsyn, dans un premier temps, ont dû lui expliquer ce que nous faisions. Alex est allé les joindre, nous laissant, Nam et moi, en retrait. Finalement, le gars en question a accepté que Nam prenne ses photos. À condition que j’aille lui parler…

On n’a pas négocié. Il voulait simplement me dire qu’il approuvait ce que nous faisions. Que personne, dans son pays, il parlait du gouvernement, sans le nommer, ne voulait faire quoi que ce soit pour ces jeunes. Je vais peut-être, si le temps me le permet, aller le voir. M. Alfred Wilson, de ce que j’ai compris!

Ensuite, c’est la marche à travers d’autres rues. Sous le brouhaha des jappements de chiens. Bientôt suivis par des lumières qui s’allument, lampes de poches ou à l’huile, des résidents. À cette heure, dans ces rues, il n’est pas normal d’y retrouver des gens. On a déguerpi, plutôt que d’avoir à fournir — encore! — des explications.

Puis, ce fut la visite d’un marché. Une grande surface en béton blanc. La montée, boueuse, était assez difficile. Et l’odeur… Quand ils m’ont dit que c’était un marché, je ne les ai pas crus. Ça ressemblait davantage à un abattoir. Avec les déchets de toutes sortes, que je ne pouvais voir, mais que pieds sentaient au fur et à mesure que je foulais le sol. À perte de vue, de longs comptoirs blancs de béton, avec des ouvertures ça et là vers le plancher. Il était trop tôt, mais Alex m’a dit que, vers 4 ou 5 heures du matin, ils sont nombreux, les jeunes à venir s’y assoupir, après une nuit a faire la bringue.

C’est d’ailleurs ce que nous sommes allés faire. Nous sommes retournés au point de départ. Mon enfant soldat de la rue, il passe ses nuits debout, à cet endroit. Il passe les heures avec ces jeunes qui, comme lui, n’ont rien d’autre à faire que de traîner à cet endroit. En attendant que la fatigue les prenne, que l’endroit où ils vont dormir devienne alors bien secondaire. Alex, lui, dort vers 5 h. Il se réveille 2 ou 3 heures plus tard. Je comprends, maintenant, pourquoi il passait son temps à me dormir dans la face, de jour, lors de nos rencontres…

Moi, qui suis habitué à ces longues nuits — pas de partys, cependant —, je n’en pouvais plus à 5 h. Mais il faisait encore trop noir pour penser rentrer à la maison. Alors, on s’est assis, comme ça, sur le trottoir, à attendre. Des jeunes se sont rajoutés à nous. Les joints se sont encore allumés. Je parlais avec Ibrahim, 8 ans. Incapable de dormir. Il vit lui aussi dans la rue. Pas de parents. Que sa sœur, qui arrive à peine à faire vivre ses propres enfants, sous son toit. Ibrahim travaille l’après-midi. Il transporte pour d’autres des biens sur sa tête. À raison de 200 ou 500 leones (entre 20 et 25 cents) dépendamment de la longueur de la route ou de la pesanteur de ce qu’il a à porter. Ibrahim me raconte tout ça dans un anglais plus qu’approximatif, teinté de créole. Il tire sur sa cigarette, plus tard un joint, comme un vieux de la vieille.

J’ai acheté à manger pour notre petit groupe. On a dû partager avec d’autres jeunes qui squattaient avec nous. Au menu, à cette heure, des omelettes — sale un peu trop à souhait! — dans des pains de style kayser. Un seul remplit l’estomac plus qu’il n’en faut. Ibrahim n’a pas partagé. En 2 minutes, il avait tout englouti. Rien mangé de la journée. Pas de travail, la malaria l’a gardé au lit toute la journée. Encore que parler de lit est une expression, dans ce cas-ci.

Le temps du repas a été calme. Tout le monde — moi y compris — dévorait sa moitié de sandwich.

Et le bal est reparti… Alors que la plupart des gens que nous avions rencontrés étaient sympathiques, en un rien de temps l’atmosphère s’est changée. Pour un rien — je crois que des jeunes s’ostinaient sur le bien-fondé ou non de nos photos prises plus tôt — deux jeunes se sont mis à se taper dessus. Une bataille pour hommes, mettant aux prises des ados… Tout le monde s’y est mis pour les séparer. Rien à faire. Les fils se sont touchés. Ils ont continué de plus belle. Ensuite, ce fut le tour à ceux qui tentaient de les séparer. Une violence gratuite. Cette violence, elle est latente. Il ne suffirait de rien, ici, pour que la guerre ne reprenne. Mais ça, c’est un autre sujet sur lequel je reviendrai peut-être une autre fois!

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