Autochtones: les pensionnats indiens

Commission de vérité et de réconciliation du Canada

L’impact du rapport

Reflet de Société s’était rendu en 2013 à la Commission de vérité et de réconciliation du Canada (CVRC) lors d’une audience à Montréal.

Flora Lasalle   Dossiers  AutochtonePolitique

Cet événement avait regroupé des Autochtones venus de tout le Québec, bouleversés par le fait de se replonger dans leur histoire vécue au pensionnat. À quoi ont servi tant d’efforts? Suite à la sortie du rapport de la CVRC en juin, des changements se préparent.

Retour sur les traitements

cvrc rapportDepuis 2009, la CVRC s’est déplacé à travers le Canada pour récolter des témoignages concernant les pensionnats indiens. Elle fut mandatée par le gouvernement canadien afin de relater la réalité des pensionnats entre 1874 et 1996. Le 3 juin 2015, la CVRC a diffusé son rapport, mettant en lumière cette époque de l’histoire du Canada.

Comme il lui a été demandé, la CVRC ne fait aucune interprétation des paroles des survivants. Elle expose des faits le plus objectivement possible, en offrant l’anonymat aux victimes qui le désirent, ainsi qu’aux prêtres, enseignants et religieuses n’ayant pas avoué leurs méfaits ou ayant été condamnés pour ces derniers. Les auteurs décrivent les kidnappings d’enfants dans les familles, les traitements violents au sein des pensionnats, en utilisant telles quelles les paroles des survivants.

Le rapport de 274 pages est capital pour l’histoire du Canada. Pour la première fois, un organisme mandaté par l’État affirme sa volonté d’anéantir la culture des Autochtones. On parle enfin de «génocide culturel», un terme faisant débat et que certains politiciens et médias rechignent encore à employer. Ils préfèrent parler d’assimilation forcée ou d’ethnocide. Pourtant, il s’agissait bien d’extermination volontaire et planifiée d’une culture.

Selon la définition du génocide de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de l’ONU, il y a bien eu atteinte à l’intégrité physique et psychique des personnes (violences, abus sexuels, sous-alimentation, enfants numérotés, cheveux coupés courts, habits traditionnels jetés…), soumission à des conditions d’existence mettant en péril la vie du groupe (séparation des membres d’une même famille, interdiction de parler la langue maternelle) et des transferts forcés d’enfants du groupe visé vers un autre (150 000 enfants envoyés de force dans des pensionnats religieux entre 1872 et 1996, menaces aux parents qui s’opposent au départ de leurs enfants vers les pensionnats).

La CVRC souligne aussi qu’au moins 1 enfant sur 25 mourrait dans ces pensionnats, ce chiffre ne faisant pas état de ceux morts après leur expérience traumatisante.

Incidences politiques

pensionnats autochtonesL’Assemblée nationale du Québec a voté à l’unanimité la motion affirmant le fait que «les pensionnats autochtones étaient un outil de génocide culturel à l’égard des nations autochtones du Québec».

Philippe Couillard en a lui aussi employé l’expression: «On parle d’une tentative délibérée d’effacer l’identité, la langue et la culture d’un peuple, on peut appeler ça un génocide culturel».  Mais au fédéral, Stephen Harper et Bernard Valcourt (ministre des Affaires autochtones) évitent d’utiliser cette expression dans leur discours. Serait-ce le fait que la reconnaissance d’un génocide implique juridiquement un devoir d’intervention?

En effet, sur les 94 recommandations de la CVRC pour l’insertion sociale des Autochtones, le gouvernement fédéral s’est pour l’instant engagé à en appliquer deux. Il a déjà versé des compensations financières aux anciens élèves entre 2007 et 2011. Il s’engage à ouvrir un Centre national de vérité et de réconciliation dans l’Université de Manitoba (Winnipeg) et d’offrir un apport financier pour faire connaître l’histoire des pensionnats au Canada, en particulier dans les écoles.

Même si ces deux mesures sont primordiales pour ouvrir le chemin vers une réconciliation, le gouvernement fédéral est resté silencieux face aux autres recommandations.

Parmi elles: la préservation des langues autochtones, la transparence sur les difficultés sociales auxquelles font face des Autochtones, la protection de l’enfance, le respect des traités avec les Autochtones, l’ajustement du droit des Autochtones d’ici au droit international, la diminution des écarts en matière de santé, de justice, d’éducation et d’égalité des chances entre les Autochtones et le reste de la population canadienne.

Tant que le gouvernement sera réticent à entreprendre ce grand chantier, la réconciliation s’avèrera difficile. Un premier pas a été entrepris, mais il demeurera insuffisant tant qu’il ne sera pas accompagné d’autres mesures. Une affaire à suivre…

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Nunavik: la Santé des Inuits et Minnie Grey

Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse

Prix hommage à Minnie Grey

Raymond Viger  Dossiers Justice, Autochtone

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse souligne le parcours exceptionnel de 40 personnes qui font avancer les droits et libertés au Québec.

Une des récipiendaires que j’ai eu la chance de croiser lors de mes interventions dans le Grand Nord:

grey-minnie inuit grand nord kujjuak chartes droits et libertésMinnie Grey, directrice générale, Régie régionale de santé et des services sociaux du Nunavik (Kuujjuaq).

Je suis heureux et fier d’avoir aussi été nominé en même temps que Minnie Grey.

J’ai voyagé le Grand Nord de 1995 à 2000. Déjà à cette période, on m’avait souligné l’importance que Mme Grey avait pour la défense des droits des Inuits.

Parce qu’à cette époque, les Blancs s’accaparaient les postes de contrôles budgétaires dans le Grand Nord. En théorie, les décisions devaient se prendre par des Inuits. En réalité, des Blancs prenaient les décisions et présentaient les papiers à signer à des Inuits mis en poste pour se limiter à les signer.

Minnie Grey fait parti des premiers Inuits à dire non à ce système d’esclavagisme que les Blancs avaient instaurés dans le Grand Nord. Le pouvoir Inuit aux Inuits.

D’un côté, je suis fier que l’on remettre aujourd’hui ce prix honorifique à Minnie Grey. Je suis aussi fier de recevoir le mien en même temps que le sien. Je suis cependant déçu que le Québec ait mis tant de temps avant de reconnaître l’importance de Minnie Grey.

Ordre National du Québec

Apôtre du changement, Minnie Grey a toujours travaillé au mieux-être des membres de sa communauté, les Inuits, notamment ceux du Nunavik.

Outre qu’elle fut consultante auprès de diverses organisations, elle fut directrice (1991-2000) de l’Hôpital de l’Ungava, directrice (2000-2002) de la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik, négociatrice en chef (2002-2008) puis négociatrice principale (2008-2011) pour l’autonomie du Nunavik.

Depuis 2013, elle est directrice générale de la Régie régionale de la santé et des services sociaux Nunavik. À de multiples occasions, Mme Grey s’est exprimée haut et fort sur trois enjeux chers aux siens – l’enseignement, le devenir de la jeunesse, l’autonomie de pouvoir – devant des décideurs publics, des universitaires, des intellectuels et des dirigeants d’organismes internationaux comme l’ONU.

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Les communautés et leurs talents

Musique Nomade

Rencontrer les artistes autochtones

La culture est souvent une source identitaire. Urbaine ou ancestrale, tout semble les opposer, mais une certaine jeunesse nous prouve le contraire.

Marie Semeur    Dossiers autochtonesHip-hop

autochtones talents musique nomadeOn connaît Wapikoni mobile pour sa promotion d’artistes audiovisuels de communautés autochtones, mais on connaît moins sa petite sœur: Musique nomade, une plateforme musicale basée sur le même principe.

L’équipe de professionnels à bord de son studio d’enregistrement sur roues se déplace de ville en ville dans tout le Canada afin d’identifier les talents musicaux directement dans les communautés autochtones. Durant l’année, ces spécialistes sont à la recherche de talents isolés, pour les mettre en ligne et leur permettre de se faire connaître.

Musique nomade

Karine Gravel, la coordinatrice de projet pour la plateforme, explique leur cheminement: «Notre plateforme souhaite soutenir la relève autochtone. Nous leur offrons gratuitement de quoi se perfectionner. La musique des Premières nations ne passe quasiment pas sur les radios. Pour encourager les artistes, on a créé ce pont entre la relève et l’industrie du disque.» Les jeunes n’ont pas les moyens financiers et matériels pour se produire.

Elle explique également que c’est dans les communautés Innu et Atikamekw qu’on trouve le plus grand nombre d’artistes voulant garder leur langue traditionnelle vivante afin de conserver leurs racines. Au Québec, on trouve quelques artistes populaires portant ces valeurs. Sur la scène québécoise, certains artistes se sont démarqués en se taillant une place tout en restant fidèles à eux-mêmes et à leur culture. Parmi eux se trouvent Samian, Elisapie Isaac ou encore Florent Vollant.

Choc de culture

Les Premières nations mélangent entre autres peinture, chant, musique et danse traditionnels comme moyen d’expression. Dans la culture hip-hop, ces 4 disciplines complémentaires ont permis à plusieurs jeunes de s’affirmer et de faire la paix avec eux-mêmes.

Révélé par l’émission de télévision Le Rythme des nations (saison 2), Malcolm est un jeune rappeur de Pesami qui compose depuis l’âge de 17 ans. Aussi confortable en français qu’en innu (sa langue maternelle), son rap est son moyen d’expression.

«J’ai connu une période très noire étant adolescent, l’écriture m’a permis de me libérer et de trouver la paix», raconte-t-il. Les thèmes récurrents dans sa musique reflètent sa vie personnelle, traitant de suicide, d’adolescence et de paix.

«Avec mes amis et mes cousins, on a pris l’habitude d’écouter beaucoup de rap. Grâce à la reconnaissance d’artistes autochtones, on touche d’autant plus près au monde de la musique.»

Musique nomade a également permis à Malcolm de concrétiser ses projets et de gagner en visibilité. L’inspiration, la passion, son travail acharné et sa collaboration avec la plateforme lui ont permis à ce jour d’enregistrer un album et de participer en tant qu’artiste au festival Présence autochtone 2015.

Réelle aubaine pour ces jeunes, Malcolm est content d’avoir eu la chance de faire partie de ce programme. Il apprécie le travail que mènent Karine et son équipe. «C’est une bonne chose qu’ils viennent vers nous. Ça permet de nous faire connaitre et d’animer la communauté», conclut-il.

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Femmes autochtones: abus policiers en Abitibi

Radio-Canada a-t-il bien couvert les évènements?

Conséquences des dénonciations collectives

Raymond Viger   Dossiers SuicideAutochtone

J’ai voyagé pendant cinq années le Grand Nord pour intervenir auprès des communautés Inuit où des épidémies de suicide faisaient rage et former lescommunity workers locaux à intervenir et en arriver à pouvoir préparer eux-mêmes leurs relèves.

Qu’est-ce qui avait induit ces suicides en série?

show-image5Pendant de nombreuses années, des séries d’abus envers les femmes Inuits ont eu lieu. Les femmes se sont prises en main et ont débuté à dénoncer massivement et collectivement tous les abus qu’elles avaient subis.

Revivre ces horreurs pour les victimes et la honte pour les bourreaux a créé un climat fragilisant la communauté. Trop de gens devenant vulnérables en même temps a provoqué un climat propice pour des vagues de suicide.

Dans un tel état d’esprit et avec les liens de proximité que connaissent ces communautés, le suicide est rapidement devenu une épidémie.

Les communautés autochtones de Val D’Or vont-elles passer par le même processus suicidaire?

Il est important de favoriser un climat de dénonciation des abus. Parce que nous voulons que ceux-ci cessent. Mais plusieurs questions demeurent:

Est-ce que de médiatiser les victimes est la meilleure façon d’agir envers des personnes fragiles et vulnérables? Il arrive régulièrement qu’une victime décide de changer d’idée et de ne pas dénoncer ces agresseurs. Cela fait parti de son processus de guérison. Il faut accepter cette période d’ambivalence. Mais quand on fait passer ces femmes autochtones devant la caméra, elles ne pourront plus reculer.

Est-ce éthique et valable de laisser des personnes témoigner pour des tiers? On entend le témoignage d’une personne qui parle des abus subis par sa mère. Mais si la mère n’était pas prête à rendre publique sa dénonciation?

Certains témoignages ont aussi jeté un doute majeurs sur le sérieux du reportage. Il ne faut pas se contenter de recevoir un témoignage et le mettre en ligne. Une enquête exige un minimum de validation des témoignages reçus.

Oui, il est important de dénoncer ces abus.

Oui, il est important que les médias en parlent.

Non, les médias ne peuvent pas parler de sujets sociaux sensibles n’importe comment.

Non, les victimes n’ont pas à être présentées ainsi aux nouvelles. Et si elles témoignent, nous devons préserver leurs anonymats.

Il y a un processus de guérison qui doit rapidement être mis en place. Il faut aussi accepter que ce processus ne se fait pas rapidement mais qu’il nécessitera beaucoup de temps.

Malheureusement, je ne crois pas que Radio-Canada ait bien géré la présentation de ce dossier.

Parce que la protection des victimes est tout aussi importante que la dénonciation des abuseurs.

Est-ce les coupures que Radio-Canada a subies qui crée ce genre de dérapage?

Mise à jour 29 octobre: le Journal de Montréal nous apprend qu’une femme autochtone qui avait témoigné devant Radio-Canada est accusée de voies de faits sur les policiers.

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Maison de la culture Frontenac présente une exposition autochtone

Femmes autochtones

Exposition à Hochelaga sur les disparues

Le 30 avril 2015 a été inaugurée l’exposition « Oubliées ou disparues: Akonessen, Zitya, Tina, Marie et les autres » à la Maison de la Culture de Frontenac à Montréal. Pour cette exposition, 7 artistes autochtones ont été invitées à représenter la condition de ces femmes.

Delphine Caubet dossiers AutochtoneCriminalité.

Femmes autochtones oubliées, disparuesCette exposition a été un choc pour moi, car il y a peu d’œuvres, mais elles percutent.

Celle qui m’a le plus marqué est l’œuvre d’une artiste anonyme. Sur tout un pan de mur, des tableaux de femmes autochtones sont affichés. Elles sont sensuelles, belles, martyres… En dessous se trouvent des portemanteaux avec des noms de femmes. Dont Loretta.

En relevant la tête, je remarque une affiche avec un texte. C’est une jeune fille décédée qui parle. Elle raconte où elle a été aperçue la dernière fois et comment son corps a été retrouvé à l’intérieur d’un sac.

Mon regard redescend sur le portemanteau de Loretta. Ce n’est qu’à cet instant que je remarque le sac. Un grand sac sale. Comme celui dans lequel Loretta a été retrouvé…

Une œuvre qui au premier abord n’attire pas l’attention, mais qui percute lorsque l’on comprend son sens.

Vue d’ailleurs

Je me suis rendue à cette exposition avec 4 amies. 3 Iraniennes et une Française. La majorité d’entre elles ne connaissaient pas la condition des femmes autochtones au Canada, alors forcement, elles n’ont pas compris les œuvres au premier abord.

Après une mise en contexte sur les maltraitances, les disparitions et l’absence d’enquête sur ces femmes, leur regard a changé.

Mais un questionnement est apparu: elles viennent d’Iran et le Canada les a accueillies. Alors comment se fait-il que ce pays, si pacifique vu de l’étranger, traite les femmes autochtones de cette façon?

Après avoir remarqué l’absence de visage dans la majorité des œuvres, l’une de mes amies est arrivée à une dure conclusion: les femmes autochtones ne sont personne.

Une exposition gratuite à voir dans le cadre du Printemps autochtone d’art deux à la Maison de la culture Frontenac. Du 29 avril au 6 juin 2015.

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Autochtones: discrimination imposée par la Cour suprême

Discrimination autochtone

Principe et rapport Gladue

Un homme passe devant le juge, ce n’est pas sa 1re comparution. En réalité, il est dans le système judiciaire depuis ses 13 ans, mais ce n’est que maintenant qu’une information importante émerge: il est à demi autochtone. Un rapport Gladue est demandé…

Delphine Caubet        Dossiers JusticeAutochtoneCriminalité.

Le principe Gladue fait référence à l’alinéa 718.2e) du Code criminel. Selon la loi, les autochtones doivent être confrontés à une discrimination systémique de la part du système judiciaire. Il s’agit d’une disposition réparatrice vis-à-vis des préjudices qu’ont connus les Premières nations par le passé.

Principe Gladue

Concrètement, cela signifie que pour diminuer la surreprésentation des autochtones en prison, les juges sont invités à modifier leur mode de détermination de sentences.

D’après le jugement Ipeelee de la Cour suprême du Canada, «la détermination de la peine est un processus individualisé», et le principe Gladue doit «encourager le juge à aborder la détermination de la peine dans une perceptive corrective.» L’objectif est de protéger la société, tout en réadaptant le contrevenant et en l’aidant à se réinsérer dans la collectivité.

Les juges doivent changer leur pratique de détermination de la peine pour répondre aux besoins des délinquants autochtones et de leur collectivité. Ils doivent porter une attention particulière aux circonstances dans lesquelles se trouve le contrevenant.

Les tribunaux doivent également prendre connaissance des valeurs du délinquant, de sa communauté, de l’Histoire de cette dernière et des traumatismes qu’elle a connus. Car si ces évènements sont anciens, les conséquences sont actuelles avec un faible de taux de scolarisation, de graves problèmes d’alcool, de chômage et de violence.

Dans l’arrêt Ipeelee, les juges de la Cour suprême précisent que «ne pas tenir compte de ces circonstances contreviendrait au principe fondamental de la détermination de la peine.» À noter que d’après ce jugement, rien n’empêche de tenir compte de ces mêmes facteurs historiques et systémiques pour les délinquants non autochtones.

Rapport Gladue

Toutes ces informations concernant le contrevenant sont la responsabilité de son avocat. Elles doivent être dans un rapport, appelé rapport Gladue. Ce document est préparé par l’agent de probation, le conseiller parajudiciaire ou l’avocat de service. Les informations nécessaires au processus de détermination de la peine sont: l’histoire et les circonstances du prévenu, et des mesures pénales de rechange à l’incarcération.

Toutes ces recherches et alternatives autour de la spécificité des autochtones ne réduisent pas nécessairement leur peine.

Lors du jugement de la Cour suprême dans l’affaire Gladue, les juges précisent que «l’alinéa 718.2e) ne doit pas être considéré comme un moyen de réduire automatiquement la peine d’emprisonnement des délinquants autochtones. Il ne faut pas présumer non plus que le délinquant reçoit une peine plus légère pour la simple raison que l’incarcération n’est pas imposée.» Les juges de la Cour suprême stipulent également dans l’arrêt Ipeelee que la «sanction pénale est le dernier recours.»

Malgré cette théorie, sur le terrain, seul le juge est à même d’utiliser adéquatement le rapport Gladue. D’après Lyne St-Louis, directrice de Taïga Vision (organisme de soutien aux communautés autochtones), «il est parfois frustrant de constater l’utilisation du rapport par les juges.»

Ces derniers, de même que les avocats, peuvent être mal informés sur la réalité autochtone et mal comprendre les problématiques. Les sanctions peuvent en conséquence être mal adaptées au contrevenant.

Contexte global

Malgré que la Cour suprême du Canada ait réitéré en 2012 sa volonté de diminuer la surreprésentation carcérale des autochtones, le contexte politique empêche de voir la réalisation de ses volontés.

Le magazine National constate que «le gouvernement fédéral a incorporé dans la loi des peines minimales obligatoires et limité le pouvoir discrétionnaire des juges à imposer des peines d’emprisonnement avec sursis qui permettent aux délinquants de purger leur peine dans la collectivité.»

Concrètement, même si le taux de criminalité est à son plus bas en 40 ans, la population carcérale, elle, augmente. Le jugement Gladue de la Cour suprême du Canada date de 1999, pourtant en 10 ans, le taux de femmes autochtones en prison a augmenté de 90%.

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Les jeunes du secondaire et un voyage dans le Grand Nord

Secondaires du Cégep Sophie-Barat

L’expédition au Nunavik

Les Inuits. Une culture que beaucoup pensent connaître. Certains les appelant plus ou moins péjorativement «Esquimaux», d’autres imaginant des Indiens dans la neige. Pour lutter contre ces préjugés et ces erreurs, des jeunes de 4e et 5e années de l’école Sophie-Barat sont partis 11 jours dans le Nunavik.

Delphine Caubet dossiers AutochtoneÉducation.

Cégep Sophie-Barat voyage Nunavik

Pendant 1 an, ces jeunes ont été éduqués sur l’Histoire des Inuits et des Premières Nations. Aidés et accompagnés de Lyne St-Louis, directrice de Taïga Vision (organisme d’aide et conseils auprès des autochtones), les jeunes ont maintenant une mission: parler des Inuits et de leur Histoire pour ne pas oublier.

Mission

Partir à Kangiqsualujjuaq n’était pas le fruit du hasard. L’organisatrice, Lyne St-Louis, connait bien la région et ce petit village de 800 habitants possède une riche vie culturelle. Pour cette expédition, Élodie, Noé et leurs acolytes y sont allés en journaliste. Enregistreuse en main, ils ont vécu au rythme de la vie locale pour s’intégrer et poser des questions.

Car le plus gros du travail est à leur retour. Au travers de conférences et d’événements, les jeunes partageront leur expérience et leurs connaissances pour sensibiliser la population québécoise aux enjeux des Inuits. «Car il n’y aura jamais assez d’efforts pour sensibiliser», précise Lyne St-Louis, et il faut comprendre comment ils en sont arrivés là.

Comme dans toutes expéditions, certaines craintes peuvent se présenter au départ. Noé, élève en secondaire IV, se posait une question importante: les Inuits sont-ils toujours fâchés après les Blancs?

Durant les mois de préparation, les jeunes ont vu des films tels que We were children ou Echo of the last howl, suivis de discussions pour appréhender la réalité de ces peuples. Ils ont appris l’histoire des pensionnats et du traumatisme collectif, mais aussi de l’abattage des chiens, qui en plus d’être un crime envers ces animaux, a bouleversé le mode de vie de ces peuples.

Mais Noé est vite rassuré. À leur arrivée, leur premier contact sur place est Charlie. Un Inuit qui a marqué autant Noé que son professeur par le calme et la sérénité que dégageait cet homme.

Survie

«Les 3 mots d’ordre de ce peuple sont force, beauté et résilience», annonce Élodie. Les jeunes ont pu observer comment les habitants, avec résilience, travaillent à la survie de leur culture. Noé donne l’exemple de festins communautaires pour illustrer ce phénomène.
Plusieurs fois par an, les habitants se réunissent autour d’un festin composé de nourriture traditionnelle et contemporaine. Dès leur arrivée, les jeunes ont pu assister à celui organisé en l’honneur de la fin de la formation des femmes. Pendant cette soirée, des spectacles ont accompagné le souper, et les jeunes ont eu l’opportunité d’échanger avec les aînés.

Un souvenir agréable pour les apprentis journalistes, bien qu’ils aient gardé une gêne à poser des questions sur les pensionnats et les traumatismes du passé.

Autre exemple de force et de résilience: les cultural classes. Dans ces cours, les garçons apprennent à réparer les motoneiges et à chasser, tandis que les filles apprennent (entre autres) la couture. Toujours dans le but de conserver leur patrimoine.

Alimentation

Pendant leurs 3 jours au parc national Kuururjuaq, les jeunes ont appris à pêcher comme la tradition inuite l’exige, à chasser et à monter une tente. «Comme le répète Éric, notre professeur, il faut garder l’esprit ouvert», précisent les étudiants. Alors, après la pêche vient le repas. Au menu: du poisson cru. Et ils ont adoré ça! À part le cœur qui a laissé un souvenir plus partagé chez les apprentis pêcheurs.

Dans le Nunavik, les Inuits se nourrissent de viande et de poisson crus, tout en intégrant des
aliments plus «occidentalisés». «Mais c’est extrêmement cher», précise Élodie. À quoi Noé ajoute que les prix sont parfois 3 fois plus chers et qu’un sac de chips peut coûter 9,95$.

Pendant ces 10 jours dans le nord, les jeunes n’ont pas fait que regarder. Ils ont aussi participé. À travers du bénévolat, notamment dans les cuisines pour participer à une meilleure éducation alimentaire ou dans les écoles pour aider les jeunes avec le français.

Perte culturelleKangiqsualujjuaq parc nature communauté

Malgré la beauté de ce peuple et leur volonté de conserver leur culture, comme bien d’autres jeunes dans une situation analogue, les jeunes Inuits se trouvent pris entre deux feux. D’un côté, ils vivent dans un village isolé qui ne possède qu’une route pour se rendre à l’aéroport. Ce qui aurait tendance à conserver leur culture.

D’un autre côté, les jeunes Inuits sont eux aussi influencés par la culture américaine. Car bien qu’ils n’aient pas le réseau téléphonique, Internet et le wifi fonctionnent et ils voyagent en métropole. «Ils ont tous un iPod et écoutent Justin Bieber», conclut Élodie.

Étudier?

Comme dans beaucoup de lieux isolés, les étudiants font face à un choix difficile.

Dans le village de Kangiqsualujjuaq, jusqu’au secondaire, les jeunes peuvent rester dans leur famille pour étudier. Quant à ceux qui souhaitent continuer, ils doivent quitter leur village pour se rendre au Cégep. Élodie et Noé expliquent alors que pour beaucoup d’entre eux, ils doivent faire une année de préCégep pour se mettre à niveau.

Jusqu’en 3e année, les Inuits étudient dans leur langue: l’Inuktitut. Un moyen de faire vivre leur culture. Mais à partir de la 4e année, il bascule vers le français. Et forcément, «tu ne peux pas arriver au même résultat», explique Lyne. Les jeunes doivent apprendre simultanément une langue et une matière. Alors, forcément, les élèves ont du retard dans leurs cours.

En plus de ces difficultés linguistiques, le mode d’apprentissage des Inuits n’est pas le même que celui des autres Québécois. D’après Lyne: «Les Inuit ont le même
programme, mais il n’est pas adapté à eux, ce n’est pas assez concret. Déjà qu’en général au Québec c’est difficile… Eux apprennent selon le mode watch and learn. Le programme est trop abstrait pour eux.»

Retour

Depuis leur retour à Montréal, les jeunes ont donné quelques conférences dans les écoles pour sensibiliser la population et lutter contre les préjugés. «Car ce n’est pas vrai que tous les Inuits sont des alcooliques, s’insurge Élodie. Pour ceux qui le sont, il faut comprendre leur Histoire et pourquoi.»

À l’avenir, nul ne peut prévoir les effets de cette expédition sur les jeunes et la communauté du
Nunavik. Une relation s’est créée et les villageois demandent des nouvelles des adolescents. Parmi les apprentis journalistes, Élodie a été particulièrement influencée par ce voyage et elle souhaite désormais devenir infirmière ou ambulancière dans le Grand Nord.

Impact auprès des jeunes

Sur les 18 jeunes faisant partie de l’expédition, environ 5 sont toujours très engagés dans leur mission de sensibilisation. Une réalité, mais aussi une grande déception pour Lyne, «car les jeunes ne réalisent pas toujours le travail qu’ils ont au retour.»

«Mais c’est l’expérience d’une vie, et pour 50% d’entre eux, ce vécu aura un impact.» Si l’engagement sur le long terme de ces jeunes est difficile à évaluer, Lyne St-Louis n’oublie pas de préciser «que c’était un bon groupe», qui s’est bien adapté et a tout essayé.

Sur le court terme, Éric Laforest, professeur d’Éducation physique et de plein air à l’école Sophie-Barat, constate une réduction du bruit de la part de ses étudiants. «On se faisait souvent dire que l’on parlait trop fort», plaisante Élodie. Si Éric constate ce 1er changement, il veut surtout que ses jeunes prennent conscience d’être des privilégiés.

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La prison et les premières nations

Autochtones en milieu carcéral

Sanctions substitutives

Les chiffres sont effarants. Au Canada, les autochtones représentent 4% de la population. Une minorité que l’on ne remarque pas au quotidien. Mais en prison, la tendance est tout autre: les Amérindiens représentent 23% des hommes et un tiers des femmes. Une surreprésentation qui ne cesse d’inquiéter et d’augmenter. Preuve étant, en 10 ans, la présence de femmes autochtones en prison à augmenter de 90%.

Delphine Caubet dossiers AutochtoneCriminalité.

sanction substitutives prisonPour lutter contre ce phénomène, le Canada et plus lentement le Québec se dotent d’une politique de discrimination positive envers les peuples autochtones. Cette discrimination est le principe Gladue: elle demande aux juges de modifier leurs sentences et de trouver des sanctions substitutives pour lutter contre cette surreprésentation carcérale.

Explication

Lyne St-Louis est consultante auprès des Premières nations, et des autochtones ayant des démêlés avec la justice, elle en a vu. Son travail est d’accompagner le contrevenant et le système judiciaire pour comprendre le comportement de la personne. Et si possible, de trouver des sentences substitutives pour éviter la prison au contrevenant.

Dans ce plan de réhabilitation, le contrevenant y prend part intégrante en proposant des alternatives. Il y a peu, Lyne suivait une personne ayant des problèmes de drogue: elle avait des démêlés avec la justice et elle risquait la prison. Pendant ses visites, Lyne discute avec elle, et d’elle-même, la contrevenante proposa un plan pour faire des ateliers de sensibilisation dans les écoles. L’objectif était d’éveiller les jeunes à l’impact de la drogue sur l’individu et leur culture. Lyne prend les choses en main, s’adresse à l’école de la communauté, et le directeur est enchanté.

Dans ce type de réhabilitation, le contrevenant n’est pas laissé à l’abandon, il est suivi et aidé. Dans le cas présent, la personne a fait des ateliers en partenariat avec la police et les aînés.

Succès

Lyne St-Louis a constaté que ces sanctions sont plus efficaces que les travaux communautaires. Ces derniers, souvent non effectués, ne prennent pas en considération le contrevenant, ses intérêts et son passé. Les sanctions substitutives sont plus efficaces, car elles prennent en compte le contrevenant en tant que personne. Il est consulté et il propose une sanction adaptée pour lui permettre d’évoluer. Lyne donne l’exemple d’un bon chasseur autochtone condamné à être guide en forêt. L’homme, enjoué par la sentence, va jusqu’à proposer son véhicule personnel et son carburant pour effectuer sa sanction.

D’après l’expérience de la consultante, dans de nombreux cas de sanctions substitutives, il n’y a pas de récidive. La sanction n’est pas le principal moteur de cette réussite, c’est essentiellement l’aide qui se trouve autour. Car certains ne connaissent pas la cause de leur mal-être, et la famille n’est pas toujours présente pour expliquer la situation.

Mylène Jaccoud, professeure au département de criminologie de l’Université de Montréal, explique que bien souvent derrière chaque contrevenant, il y a une victime. Il est donc important de regarder le passé, et de comprendre comment la personne en est arrivée là. Les rapports Gladue, que peuvent demander les juges, contiennent ces informations sur le passé de la personne, ainsi que l’impact qu’ont eu sur elle les pensionnats, les politiques d’assimilation… Les jeunes générations n’ont pas vécu ces traumatismes, en revanche, elles peuvent avoir été élevées par des victimes de ce passé toujours présent.

Juges

Selon le lieu où se trouve l’autochtone, les juges n’ont pas toujours la même réceptivité envers le principe Gladue et les traumatismes du passé.

Maurice Bowen, animateur au Centre d’amitié autochtone de Montréal, constate que non seulement les contrevenants ne connaissent pas les services à leur disposition, mais surtout, si le contrevenant est jeune, les juges ne tiennent pas vraiment compte des traumatismes du passé.

«Le Québec est à la traîne, explique-t-il, on ne parle que de défense, mais il faut regarder le crime, pourquoi et faire de la médiation.» Alors, lorsqu’il accompagne un autochtone devant la justice, il travaille pour que la cour tienne compte de sa spécificité.

Quant à Lyne St-Louis, elle sillonne la province au gré des besoins des communautés. Et elle constate que les juges immergés dans les communautés sont plus réceptifs à ces sanctions substitutives. En Abitibi, elle a constaté une certaine réticence au commencement, mais face à l’inefficacité de la détention, les hommes de loi se sont ouverts à ces possibilités. Mais comme elle dit, «le Québec est grand», et ce n’est pas vrai que le traitement est le même pour tous. Preuve étant, avec le ressenti de Maurice Bowen en milieu urbain.

Prison

Dans son rapport destiné à Sécurité publique Canada, Mandy Wesley est pessimiste quant à l’avenir des autochtones en milieu carcéral, et plus particulièrement celui des femmes. Elle dit: «Le plan actuel du gouvernement fédéral ne fera qu’augmenter le nombre de détenus et aggraver les injustices criantes que subissent déjà les peuples autochtones en général.»

Si les sanctions substitutives sont un bon départ pour sortir les autochtones de prison, les femmes autochtones se trouvent dans une situation inquiétante. En 10 ans, leur présence en prison a augmenté de 90%!

Dans son article, la professeure Jaccoud explique que les femmes autochtones représentent 45% des femmes purgeant une sentence à sécurité maximale. Ce qui d’emblée les écarte des sanctions substitutives pour éviter l’incarcération.

En théorie, le principe Gladue demande au système carcéral de tenir compte de la spécificité des autochtones. Des programmes tels que le Sentier de la guérison ont été mis en place pour aider les détenus autochtones grâce à des thérapies spirituelles et leur culture. Quelques programmes ont été trouvés au Québec pour les hommes, en revanche, on constate un manque flagrant d’aide pour les femmes détenues.

Les statistiques montrent que 75% des détenus autochtones restent incarcérés jusqu’à la fin de leur sentence, soit 10% de plus que le reste de la population.

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La justice et les premières nations

Pouvoir judiciaire des autochtones

Les comités de justice

Notre système judiciaire classe les personnes par catégorie: victimes et agresseurs. Mais bien souvent, la réalité n’est pas aussi simple. Si l’on observe le passé des contrevenants, des troubles peuvent s’ajouter. Les agresseurs ont pu être des victimes, et la victime d’aujourd’hui peut être l’agresseur de demain. Autant de mélange et de marasme dans une société qui aime l’ordre et le rangement.

Delphine Caubet dossiers CriminalitéAutochtoneJustice.

Ministère justice collaboration autochtone indiens réservesMais pour les autochtones, la justice prend un autre sens. Alors doucement, certaines communautés tentent de travailler avec les instances officielles pour adapter la justice à leur réalité.

La conception de la justice entre autochtones et allochtones est différente, comme l’explique Mylène Jaccoud, professeure au département de criminologie de l’Université de Montréal.

Au Québec, on a une justice punitive, avec une approche contradictoire, basée sur le modèle défense/accusation, et «ça n’a pas de sens», ajoute la professeure.
Au contraire, les autochtones mettent l’accent sur la responsabilisation et la guérison. Il est difficile de généraliser pour l’ensemble des communautés, certaines ayant une conception de la justice plus intransigeante que d’autres. Mais un point commun émerge: nombre d’entre elles émettent le souhait d’assister le système judiciaire.

Vision de la justice

Les comités de justice sont conçus en complément du système judiciaire traditionnel. Ils ne le remplacent pas. Car punir un crime n’est pas suffisant, il faut observer le contrevenant comme une personne, et comprendre comment il a pu en arriver là.

Maurice Bowen, animateur au Centre d’amitié autochtone de Montréal, donne l’exemple d’un homme passant devant les tribunaux pour agression. Sa famille n’était pas présente, et lui-même n’avait pas conscience du pourquoi de ses actes. Grâce au rapport Gladue (rapport destiné à éclairer la cour sur l’individu et son passé), il a été dévoilé que le contrevenant fut victime d’agressions sexuelles par le passé. Une simple détention ne résoudrait donc pas son problème.

Philosophie

Les comités de justice ont une approche réparatrice, et la discussion avec la victime et le prévenu y est très importante. Le contrevenant doit accepter la responsabilité de ses actes et réparer ses méfaits.

Pendant les séances, la victime et le contrevenant émettent des solutions et besoins pour résoudre ce conflit. Le comité de justice fait par la suite des recommandations au juge quant à la sanction à donner.
L’idée est de déjudiciariser les autochtones pour les infractions mineures ou d’accompagner le système judiciaire et le prévenu lorsque l’incarcération est inévitable. Les sanctions substitutives font partie des mesures que peuvent recommander les comités de justice.

Infractions

Mais tous les contrevenants ne peuvent pas éviter la détention. Pour les infractions mineures (moins de 5 000$, vol…) l’autochtone est guidé vers la déjudiciarisation. Le juge abandonne les accusations contre des mesures de rechange.

Mais lors de crimes sévères, les comités de justice font des recommandations, tandis que l’avocat du contrevenant peut demander un rapport Gladue pour éclairer la situation de son client, particulièrement s’il a de lourds antécédents.

Cris

Chez les Cris, les comités de justice sont répandus. Actuellement, 9 communautés ont des comités. Donald Nicholls, directeur du Département des services juridique et correctionnel du Grand conseil Cri, explique que la communauté choisit les membres qui représentent le mieux ses valeurs et ses normes pour siéger au conseil, où des formations leur sont offertes. Après quoi, ils peuvent travailler sur des cas de leur communauté.
Les comités de justice veillent à ce que la cour tienne compte de l’Histoire des autochtones. Par le passé, les Cris ont connu des problèmes de violence domestique. Mais d’après Donald Nicholls, grâce aux comités de justice et le panel de services qu’ils offrent, ils arrivent à résoudre eux-mêmes ces problèmes.

Travail d’équipe

D’après Jacques Prégent, du Bureau des affaires autochtones du Québec au Ministère de la Justice, toutes les communautés pourraient développer des comités de justice. Mais en pratique moins de la moitié l’ont fait. Environ 20 communautés sur 54, sans représentation homogène selon les peuples.

Les Innus, par exemple, n’ont pas mis en place de tels comités. Car il faut une volonté de la communauté, explique Jacques Prégent. Peu de ressources sont disponibles, et il faut de bons candidats sur place pour les mettre sur pied. Si tout le monde peut faire partie de ces comités, ils ne doivent en aucun cas devenir politiques.
En plus de candidats, les comités de justice ont besoin de fonds. Comme l’explique Lyne St-Louis, directrice de Taïga Vision (organisme d’aide et de soutien aux communautés autochtones), le fédéral n’a pas augmenté le financement depuis plusieurs années. Donc, même si de nouveaux comités voudraient se former, ils n’obtiendraient que peu ou pas de financement du gouvernement fédéral.

Dernier point pouvant expliquer que moins de la moitié des communautés aient des comités de justice: l’ordre des priorités.

Pour les Innus qui n’ont pas de comité, «ils ont d’autres préoccupations, explique Lyne St-Louis, ils ont des inquiétudes par rapport à leur territoire. Et peut-être qu’à l’époque, ils avaient mal compris de quoi il s’agissait.»

Sur les 2 dernières années, Jacques Prégent fait un constat positif des comités de justice. À quoi il conclut que «c’est un défi pour tout le monde.»

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