Une piquerie et ses employés

Drogue et Toxicomanie

Les clients d’une piquerie

Pierre a longtemps été accro à l’héroïne. En plus de consommer, il a travaillé dans une piquerie à vendre pour la mafia cette drogue qui détruit la vie de ceux qui se l’injectent. De par son expérience, il a des suggestions à proposer quant à l’ouverture des sites supervisés pour héroïnomanes.

Dominic Desmarais Dossiers Drogue, Site d’injections supervisées

site d'injections supervisées toxicomanie drogue insiteAu tournant des années 1980, Pierre, grand consommateur de drogues dures, se fait offrir par un ami un boulot dans une piquerie. Pour le compte de la mafia, Pierre fait la navette entre 5 appartements dans le quartier St-Michel pour accueillir des accros comme lui. Le concept est économique: un loyer et deux employés à payer. Le vendeur, affairé à couper l’héroïne dans les toilettes, et le portier qui vérifie les entrées et les sorties des clients.

C’est simple. Si on ne connaissait pas la personne qui venait, elle n’entrait pas.» Armé d’un fusil au canon scié, le portier assure la sécurité. «Dans les piqueries, il y avait souvent des gens qui venaient pour voler la came. Et parfois, les junkies, quand ils ne peuvent avoir leur dose, deviennent agressifs. Il fallait utiliser l’arme pour leur faire peur, les faire déguerpir.

sites d'injections supervisées toxicomanie drogues injectables prostitutionÀ l’intérieur de l’appartement, c’est la jungle. Les clients se succèdent. Ils s’assoient sur le plancher pour se piquer.

On pouvait garder entre 10 à 14 clients en même temps. Ça changeait aux 20 minutes. Une bonne journée, on avait 60 clients. On faisait 10 000$ par jour. On donnait tout l’argent au boss et on recevait notre paie. Je faisais presque 1000$ en 5 jours. Je faisais de l’argent mais je n’en avais pas, j’achetais de l’héro. La dope, c’est payant seulement si tu n’en consommes pas.

drogue-toxicomanie-drugs-toxicomanesPierre doit s’occuper des junkies qui s’incrustent. Un boulot qu’il n’apprécie pas.

On donnait 20 minutes aux clients avant de leur dire de quitter l’appartement. On les réveillait. Avec certains, trop gelés, c’était difficile. Parfois, on en sortait pour les mettre dans une ruelle. Mais les bons clients, on les gardait plus longtemps. Comme on avait de grands apparts, ils pouvaient aller dans une chambre. Même moi, je dormais là des fois. Mais l’endroit était dégueulasse. Personne n’y faisait le ménage, il y avait du sang un peu partout. Je n’osais pas y toucher. Des fois, on faisait nettoyer la place par des clients qui n’avaient pas d’argent. Ça faisait leur affaire et la nôtre aussi!

Économie parallèle

drogue-toxicomaneUn client sans argent n’était pas rare. Pierre développait un business parallèle avec les objets offerts contre une dose.

C’était aussi un marché noir. Les clients arrivaient avec des télés, des manteaux de cuir, des bijoux. Des objets de 300 à 400$ que j’achetais pour 20$, le prix d’une dose. Quand un client venait avec des jouets d’enfants, je refusais. Je me sentais trop mal. Mais d’autres acceptaient.

Pierre voyait défiler des gens de toutes les classes sociales. Des danseuses, des hommes d’affaires, des avocats, qui envoyaient quelqu’un chercher la drogue.

Certains, qui venaient pour la première fois, semblaient avoir une belle situation. Ils avaient de l’argent et venaient une ou deux fois par semaine. Puis trois, puis quatre, pour finalement venir tous les jours. Ils étaient pris au piège et comptaient sur moi pour les soulager de leur douleur. Ils me voyaient comme un docteur qui allait les guérir. Ils paraissaient bien, avec de beaux vêtements, de belles voitures, de belles conjointes. Après 2 mois, ils n’avaient plus rien. Ils étaient à la rue. Je regardais ça et je me disais: il faut que j’arrête, je ne peux pas être responsable de ces zombies. On me suppliait de donner de la drogue. On s’accrochait à mes jambes. Le manque en faisait pleurer. Tu as beau cacher tes émotions, être défoncé, ça te touche.

site d'injections supervisées toxicomanie drogue insitePierre aussi consomme au travail. C’est la raison pour laquelle il a accepté ce boulot.

Je me gelais tellement que je ne vivais pas ce que je voyais. J’étais absent. Je voyais des gens tout maigres, tout croches, qui se décomposaient alors qu’au début ils étaient pleins de force. On me proposait du sexe contre une dose mais j’étais incapable de le faire avec des femmes comme ça. J’ai vu tellement de gens malhonnêtes. Des couples se piquaient devant moi. J’ai été marqué quand j’ai vu un client venir avec sa femme et leur fils de 6 ans. Ils se sont piqués devant lui. Je me sentais tellement mal que je ne voulais plus qu’ils viennent à la piquerie s’injecter. Je leur vendais mais il fallait qu’ils aillent se piquer ailleurs.

Un vendeur avec une conscience?

Il y a bien des choses que j’ai oubliées. D’autres que je ne veux pas dire. Je me sens trop mal, c’est trop dégueulasse. À travers toutes mes expériences, j’ai fait souffrir énormément de gens. Quand quelqu’un faisait une overdose, la plupart des autres s’en foutaient. Ils le laissaient crever. Dans la piquerie, il fallait les sortir et les mettre dans la ruelle pour éviter que la police ne débarque à l’appartement. C’est très criminel, comme endroit. Je vendais beaucoup, je travaillais pour des gens importants. Mais c’était juste une affaire d’argent, pour eux. Ils s’en foutaient que je crève.

Injection supervisée

drogue-toxicomanie-drugs-toxicomanesPierre a cessé de consommer au début des années 1990. Depuis, il s’est beaucoup intéressé à la condition des gens qui, comme lui, ont vécu l’enfer des drogues dures.

Un héroïnomane vit plus le jour que la nuit. Quand il se réveille, la première chose qu’il fait, ce n’est pas aller aux toilettes, prendre sa douche ou déjeuner, il prend plutôt sa seringue et se pique. Après, il peut aller travailler. Certains en prennent une fois par jour, d’autres ça peut être deux. C’est comme ça qu’arrivent les overdoses. Ils essaient d’en faire plus que ce que leur système peut supporter.

Autre problème qui peut mener à une overdose: la nouvelle drogue qui sort sur le marché. Quand Pierre mettait la main sur une nouvelle sorte qu’il ne connaissait pas, il coupait ses doses de moitié pour l’essayer.

Au milieu des années 1990 est arrivé de Vancouver le China White. C’était beaucoup plus fort que ce qui existait. En une semaine, il y a eu environ 30 overdoses.

Pierre est ouvert à l’idée des sites supervisés. Il a lu ce qui s’est écrit à ce sujet.

Au Portugal et en Espagne, ça marche fort, les sites supervisés. L’Espagne est le pays en Europe où il y a le plus d’héroïnomanes. On a été obligé d’ouvrir ces sites parce qu’on trouvait des seringues par-tout dans les villes. Dans ces sites, il y a de petites chambres munies de caméras pour surveiller si les gens font une overdose. C’est une bonne manière de garder le monde en santé, le virus du sida se propage moins, il y a moins de seringues dans la rue. Et comme ils sont dans un centre spécialisé plutôt que dans une ruelle, il n’y a pas d’enfants qui pourraient les voir.

Dans un site supervisé, l’héroïnomane est en présence d’anciens toxicomanes, de médecins, d’infirmiers et de travailleurs sociaux. Ce qui permet au junkie de rencontrer un personnel outillé pour lui venir en aide.

En même temps, ça permettrait de trouver d’autres solutions ou remèdes. Aujourd’hui, tout ce qu’il y a, c’est la méthadone. Ça constipe, ça touche le foie, ça endort. J’ai connu du monde qui, après avoir bu leur jus (méthadone), ont pris leur voiture et sont morts dans un accident car ils se sont endormis au volant. C’est dans la 1ère demi-heure que c’est dangereux.

Dans un site, au contraire d’une piquerie, les gens pourraient rester plus longtemps et obtenir des conseils.

Il serait possible d’aider les couples parce que plusieurs le font ensemble. Les employés du site pourraient leur dire comment aider l’autre si l’un fait une overdose. Avoir un savoir de plus que celui de se piquer, ça ne peut pas faire de mal. Ça éviterait des overdoses.

Se shooter à l’eau sale

drogue-toxicomaneFournir des seringues stérilisées aux héroïnomanes est une solution qui va de soi, pour Pierre.

Quand tu es dopé, tu t’en fous d’attraper le sida, de mourir. Tu n’y penses pas. Quand tu es junkie, tu es tellement gelé que, si tu as besoin d’eau pour te shooter et que tout ce que tu trouves c’est de l’eau de la toilette ou même l’eau sale d’une flaque dans la rue, tu la prends. Moi, je faisais attention de ne pas prêter ma seringue à ceux que je ne connaissais pas. Utiliser la seringue d’un autre, c’est la meilleure façon de contracter le sida.

L’ancien héroïnomane espère qu’avec un site dédié aux junkies le suivi sera meilleur et que les médecins seront plus humains.

Ce que je vois, c’est de la signature de paperasse. Ça ressemble plus à des numéros qu’on accole à des êtres humains. J’aimerais voir une relation autre que juste un médecin et une carte soleil. Qu’ils posent des questions. Ils sont rares ceux qui vont au-delà. Moi, ça fait 20 ans que j’ai le même médecin. J’ai pu établir une très bonne relation.

Pierre sait bien que le sort des junkies laisse une grande partie de la population indifférente. Pourtant, il est la preuve vivante qu’il est possible de passer de zombie à un être de lumière.

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Site d’injections supervisées, héroinomanes, morphine et le projet SALOME

Site d’injections supervisées, héroinomanes, morphine et le projet SALOME

Raymond Viger Dossier Toxicomanie et Sites d’injections supervisées.

659428_42488329 Pas de site d’injections supervisées pour les toxicomanes de Montréal. Le ministère de la Santé refuse de financer un traitement à la morphine pour les toxicomanes de Montréal. Il n’y a qu’un seul site d’injections supervisées au Canada et il se trouve à Vancouver. Éric Fabrès, coordonnateur au Cran et qui avait supervisé le projet Naomi, est déçu que le projet Salome n’obtienne pas son financement.

Confusion du Journal de Montréal

C’est ce que nous apprends le Journal de Montréal de ce matin sous la plume d’Éric Yvan Lemay. Il y a cependant une confusion importante que je me dois de corriger ici et qui fausse le débat sur l’ouverture d’un site d’injections supervisées à Montréal.

Un site d’injections supervisées est un lieu pour permettre aux personnes toxicomanes de faire leurs injections dans un lieu sécurisé. Une assistance médicale et psychologique est sur place pour intervenir en cas de besoin. Un site d’injections supervisées NE FOURNIT PAS LA DROGUE AUX TOXICOMANES.

Site d’injections supervisées l’Insite de Vancouver

Le site d’injections supervisées l’Insite de Vancouver n’en fournit pas aux usagers qui utilisent leurs services. J’ai visité le site d’injections supervisées l’an dernier et je vous avais fait un reportage sur cette méthode d’intervention.

Un site d’injections supervisées est une chose, un programme pour fournir de la morphine aux héroinomanes en est une autre.

Au Québec, nous avons eu les deux débats et il ne faudrait pas mélanger le sens du débat. Plusieurs citoyens sont contre le fait de payer la drogue aux « junkies ».

Ministre de la Santé Yves Bolduc et Philippe Couillard

L’an dernier, le nouveau ministre de la Santé, Yves Bolduc avait reculé dans un dossier que Philippe Couillard voulait faire avancer pour l’ouverture d’un site d’injections supervisées. Ici Yves Bolduc recule dans un programme qui aurait pu aider les héroinomanes. Souvenons-nous que Yves Bolduc est le ministre de la Santé qui aime voir ses citoyens malades. Est-ce que le ministre de la Santé Yves Bolduc est influencé par Stephen Harper qui tente, malgré un ordre de cour, de faire fermer le site d’injections supervisées de Vancouver.

On peut être contre un programme qui fourni la drogue aux héroinomanes tout en étant pour un site d’injections supervisées pour offrir un lieu sécurisé aux toxicomanes. Il ne faut pas créer la confusion entre ces deux débats.

La Santé publique de la Colombie-Britannique

Tel que décrit par la Santé publique de la Colombie-Britannique un site d’injections supervisées n’est pas une dépense, mais une source d’économie importante dans les soins de santé à offrir aux personnes toxicomanes tout en améliorant leurs conditions de vie et la sécurité publique.

NB. Je ne lis plus le Journal de Montréal, mais des gens me font parvenir les découpures des articles dont ils aimeraient que j’intervienne. Je ne le fait pas systématiquement dans tous les cas, mais quand cela cause préjudice aux débats sociaux qui nous concernent, il me fait plaisir de prendre la plume pour mettre mon grain de sel et alimenter la réflexion.

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Les sites d’injection supervisée au Québec

Les sites d’injection supervisée au Québec

Robin Drevet         Dossiers MTS-Sida, Toxicomanie, Alcool et drogue, Vancouver, Site d’injections supervisées , Itinérance

Suite à l’article de Raymond Viger sur le site d’injection supervisée à Vancouver dans le volume 16 numéro 6 de septembre dernier, Reflet de Société s’est intéressé à la possible ouverture d’un tel service au Québec. Puisque toxicomanie et transmission du virus sont en lien direct, cet article fait partie du dossier sur le VIH.

Les sites d’injection supervisée sont destinés aux consommateurs de drogues par injection (héroïne, crack…) pour leur fournir un cadre plus sécuritaire que la rue. Pour comprendre où en est ce processus, nous avons rencontré Jean Sébastien Fallu, président et fondateur du GRIP (Groupe de Recherche et d’Intervention Psychosociale), et professeur adjoint à l’école de psychoéducation de l’Université de Montréal.

Les toxicomanes restent dans l’ombre

Lors de la semaine de prévention sur la toxicomanie au Québec, du 16 au 22 novembre 2008, des bénévoles du GRIP ont fait signer une pétition pour l’ouverture d’une piquerie au Québec. Au contraire de la campagne de dépistage du cancer du sein, cette semaine de prévention est passée inaperçue. «Le problème, c’est que les toxicomanes attirent moins d’empathie que des personnes atteintes du cancer. On considère ces derniers comme non responsables de leur état, ce qui d’ailleurs est vrai», explique le professeur Fallu.

Pourtant, la toxicomanie est un problème réel et très présent au niveau de la Santé Publique au Québec. Alors pourquoi ces tabous?

Site d’injection supervisée: précisions

Il faut d’abord savoir ce qu’est exactement un site d’injection supervisée. C’est un endroit propre où se procurer des seringues neuves. Ce qui permet de prévenir la transmission de maladies comme l’hépatite C ou le VIH, évite les risques de surdoses entrainant souvent le décès, et aussi réduire les nuisances publiques créées par les toxicomanes. Ce genre de centre met aussi à disposition une assistance pour ceux qui veulent s’en sortir, comme sur le site de Vancouver qui allie à la fois piquerie et centre de désintoxication.

«L’opinion publique n’est pas informée des problématiques concernant la toxicomanie. Une étude a démontré qu’après une campagne de sensibilisation sur les difficultés rencontrées par cette population, 53% des personnes interrogées étaient en faveur de l’ouverture d’un tel site», dit Jean Sébastien Fallu.

Besoin des intervenants et des toxicomanes

Au Québec, il y a une forte demande, à la fois des intervenants et de la clientèle, avec un certain consensus de tous les organismes, pour l’ouverture d’une piquerie. Même le Programme National de Santé Publique établi par le Ministère de la Santé Publique et des Services Sociaux du Québec préconise l’ouverture d’un site d’injection supervisée. M. Fallu explique l’imbroglio politique autour de cette question. Philippe Couillard, ministre de la santé de 2003 à 2008, avait donné son accord pour ouvrir ce site. Seulement, son successeur, le docteur Yves Bolduc, n’a pas repris cette initiative. Bien qu’après réflexion il se soit montré plus flexible, il ne peut revenir complètement sur sa décision par peur de perdre la face.

Site d’injection supervisée: problème politique ou éthique

Le problème est-il politique ou éthique? Car des problèmes éthiques sont à considérer. L’ouverture d’un tel site encourage-t-il la consommation de drogues? Légitime-t-on cette dépendance? On peut répondre à ces interrogations que, malgré toutes les politiques répressives mises en place dans de nombreux endroits, la consommation n’a pas reculé. Aux États-Unis il apparaît clairement que la politique répressive n’a pas fonctionné. Dans les années 70, environ 2% de la population américaine avait déjà testé une drogue. Aujourd’hui, sous l’approche répressive, on estime que la proportion de gens qui ont goûté à la drogue est passée à près de 46%.

Aujourd’hui, l’approche rappelle la politique du moindre mal à savoir des centres d’échanges de seringues, la distribution de kits sains avec seringue neuve et préservatif.

Jean Sébastien Fallu résume bien la situation au Québec, qui peut s’appliquer d’ailleurs un peu partout, en citant un politicien luxembourgeois: «On sait ce qu’il faut faire concernant la drogue, mais on ne sait pas comment être réélu après.»

Reflet de Société, Vol.17, No 2, Février/Mars 2009, p.25

À lire aussi : Insite de Vancouver: site d’injection supervisée

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VIH-Sida: les problématiques de la prévention

VIH-Sida: les problématiques de la prévention

Robin Drevet

Dossiers MTS-Sida, SexualitéHomosexualité et Toxicomanie , Site d’injections supervisées

Après avoir abordé dans le volume 17 numéro 1 de novembre dernier la question du lien entre homosexualité et VIH, Reflet de Société profite de la journée mondiale de lutte contre le Sida pour vous offrir un dossier en trois volets sur l’impact du VIH au Québec: éducation et prévention, traitement des séropositifs et site d’injections supervisées.

Nous avons rencontré différentes personnes concernées par ce sujet: le médecin et fondateur de la clinique l’Actuel, Réjean Thomas, spécialisé dans la santé sexuelle, le coordinateur en communication de la Coalition des Organismes Communautaires Québécois de lutte contre le Sida (COCQ-Sida), René Légaré et l’avis de personnes du ministère de la Santé et des Affaires sociales du Québec. De plus de jeunes homosexuels se sont confiés à nous.

L’éducation et la prévention sont les deux outils dont disposent les pouvoirs publics et les organismes qui veulent lutter contre l’expansion de l’épidémie du sida. Encore faut-il comprendre l’ampleur et l’impact du VIH dans la province.

Situation du VIH au Québec

Selon divers rapports du ministère de la Santé et d’associations de luttes contre le sida, l’épidémie du VIH au Québec s’est étendue. On compte environ 500 nouvelles infections en 2008. La population touchée étant pour 79% des hommes dont 52% contaminés suite à une relation sexuelle avec un autre homme et 12% en consommant des drogues par injection.

Ces chiffres peuvent être trompeurs. Ils ne prennent pas compte des personnes qui ne se savent pas infectées. «On considère que un tiers des personnes infectées par le virus ne sont pas au courant de leur statut sérologique», explique le docteur Réjean Thomas. Après cet ajustement, on peut considérer qu’il y a eu 700 infections en 2008.

Durant les mois d’octobre et novembre, la clinique l’Actuel a mis en place une campagne de publicité offrant un test de dépistage gratuit pour les hommes gais : «en un mois et demi, nous avons effectué plus de 500 tests, ce qui veut donc qu’il existe un réel besoin», assure M. Thomas.

Quelle est la réponse des pouvoirs publics à ce besoin?

La prévention du VIH

Le ministère de la Santé Publique et des Affaires Sociales a mis en place une campagne annuelle de prévention lors de la journée mondiale de lutte contre le Sida qui a lieu chaque année le 1er décembre. Cette campagne existe depuis environ 20 ans. Ces dernières années, elle cible les populations à risques, soit les consommateurs de drogues par injection et les Hommes Ayant des Relations Sexuelles avec d’Autres Hommes (HARSAH).

La campagne de prévention 2008 cible les HARSAH. Intitulée «Juger Propage le SIDA», elle explique que les actes homophobes entraînent une baisse de l’estime de soi et une plus grande difficulté à s’accepter et se sentir bien tel qu’on est. Or, M. René Légaré confirme, «l’estime de soi joue un rôle très important dans la probabilité d’avoir ou non des comportements à risque».

En effet des études ont démontré que les personnes qui se sentent dévalorisés ont tendance à ne pas respecter leurs propre corps et donc à le mettre en danger plus facilement, de même que le corps de leur partenaire.

Mais notre jugement venant principalement de notre éducation, quelle place les pouvoirs publics réservent-ils à la question de l’éducation?

Une jeunesse de plus en plus exposée au Sida

Jusqu’en 2003, un jeune recevait un cours d’éducation sexuelle par un professionnel de la santé comme un sexologue par exemple. Ces cours permettaient aux jeunes de démystifier les relations amoureuses et de les sensibiliser sur les différentes orientations sexuelles existantes, sans oublier de les informer sur les différentes Infection Transmissible Sexuellement et par le Sang (ITSS) et les comportements à risque.

Cette démarche d’accompagnement a été supprimée pour être remplacée par un programme réparti sur toute la scolarité et pouvant être assuré par n’importe quel professeur. Monsieur Légaré fait d’ailleurs remarquer : «on ne voit pas un professeur de mathématique parlant de sexe avec ses élèves, et les professeurs de biologie vont souvent seulement aborder la sexualité sous un angle purement technique, évoquant donc peu l’homosexualité.»

La prévention du Sida manque de budget

Le gouvernement met en place des campagnes de prévention depuis 20 ans. Seulement, le budget alloué à la lutte contre le Sida n’a pas augmenté depuis des années alors que les besoins ont connu une croissance exponentielle. C’est ce qu’a voulu montrer le COCQ-Sida en rebaptisant cette année la Journée mondiale de lutte «Journée mondiale du photocopieur.» «Depuis 20 ans, le ministère consacre le même budget à la lutte contre le Sida alors que notre combat se porte vers un public plus large, vers de plus en plus de maladies que dans les années 80», dit René Légaré.

Évoquant les subventions que son organisme touche pour faire des campagnes de prévention il s’exclame : «Je dispose de 80 000 dollars pour un an à répartir entre des campagnes auprès des hommes gais, des femmes, des immigrants et des utilisateurs de drogues par injection.» Les besoins sont de plus en plus lourds, surtout ces dernières années, où on voit le retour de maladies qui avaient presque disparues: la syphilis (300 cas en 2008, 18.6% de plus qu’en 2007), la chlamydia (14 400 cas, 6.5% de plus), la gonorrhée (1 626 cas, 13.5% de plus). Et pour ce qui est du Sida, on peut estimer entre 500 et 1 400 nouveaux cas en 2008.

ITSS: La responsabilité de tous

Bien sur, chacun est responsable de son corps et de ses actions et donc des risques qu’il prend et que l’on fait prendre à son partenaire. Mais les pouvoirs publics ont en charge l’éducation et la sensibilisation. Or, cette mission ne semble pas être remplie pleinement lorsqu’on voit la recrudescence des ITSS dans la jeunesse québécoise démontrée par les chiffres ci-dessus.

Alors, il faudrait rappeler aux responsables de l’éducation de nos jeunes (parents, professeurs…) que si on veut changer ces faits inquiétants, il faudrait savoir aussi se mobiliser comme lorsqu’on a voulu supprimer les cours d’éducation religieuse et morale.

On a les moyens et les ressources de changer les choses en ce qui concerne cette pandémie alors c’est à nous de donner l’exemple, de prendre en main les générations futures en les informant, en les déculpabilisant car l’estime de soi joue un rôle très important dans la gestion des comportements à risques.

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HARSAH

HARSAH: Homme ayant des relations sexuelles avec un autre homme. Concept inventé pour pouvoir toucher les hommes qui n’assument pas leur penchant homosexuel. Ce sont souvent des hommes mariés avec enfants. Cette population est très présente en région et les comportements qu’ils adoptent peuvent avoir des répercussions fortes sur leur famille. Le problème qu’il y a eu avec ce terme est qu’il a éclipsé le terme gai et donc, d’un point de vue marketing, certains homosexuels ne se sentent plus concernés.

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Réponse sur un article paru:

Dans le numéro précédent, nous avions publié un article sur le lien systématique fait entre la communauté homosexuelle et le VIH. La polémique venait d’une publicité de la clinique l’Actuel proposant des tests VIH gratuits pour les hommes gais. Nous avons rencontré le fondateur de la clinique, le docteur Réjean Thomas, qui nous a répondu: «cette publicité avait pour but de choquer et de faire parler, ce qui a fonctionné. Le besoin est réel mais les gens ne s’en rendent pas compte. Il fallait donc un message-choc pour interpeller les hommes gais qui se font rarement dépister.» Cette campagne de publicité est justifiée mais, sans explication adéquate, elle peut avoir des conséquences néfastes (renforcement des préjugés, baisse d’estime de soi pour les jeunes homosexuels, augmentation des comportements à risques pour les hommes non-gais, etc.)

À lire aussi: Le Sida tue encore

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Pétition: site d’injection supervisé et le ministre de la Santé Yves Bolduc

Pétition: site d’injections supervisées et le ministre de la Santé Yves Bolduc659428_42488329

Dossier Site d’injections supervisées, Philippe Couillard

Nous venons de recevoir du GRIP, une pétition à signer pour sensibiliser le nouveau  ministre de la Santé, M. Yves Bolduc sur l’importance de créer un site d’injections supervisées.

Philippe Couillard avait débuté le travail dans ce dossier et devait annoncer l’ouverture d’un site d’injections supervisées à l’automne 2008. Il n’a pas terminé ce dossier avant de quitter et le nouveau ministre de la Santé, Yves Bolduc a décidé de mettre le projet sur la glace.

Cette pétition est réalisée par la coalition de réduction des méfaits pour des services d’injection sous supervision médicale. La nouvelle date limite est le 15 janvier 2009.  Lorsque les pétitions seront signées et remplies, s.v.p. les retourner au GRIP Montréal au 1212, St-Joseph Est, Montréal, Québec, H2J 1L6.

Reportage:  site d’injections supervisées Insite de Vancouver.

Reportage: quartier chaud de Vancouver Downtown Eastside.

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