Notre système de santé, autrement

Notre système de santé, autrement

Jean-Pierre Girard                Vol 15-2, Décembre 2006

Dossier Coopérative de Santé

Les manchettes de l’actualité nous rappellent fréquemment que notre système de santé doit composer avec quelques problèmes de fonds:

• Nombre croissant de ménages ne disposant pas de médecins de famille;
• Problèmes récurrents de l’accès aux services;
• Tendance à la surmédicalisation de la pratique;
• Consommation vertigineuse de médicaments (25 milliards $ en 2005 pour le Canada);
• Réduction du nombre de cliniques et de leur accessibilité.

Sur le plan de l’offre des services, en grattant un peu, on relève que la situation est, pour le moins, inquiétante. Les CLSC sont moins nombreux et ils sont désormais intégrés dans de grandes structures, les centres de santé et de services sociaux. La capacité des citoyens pour influencer ces organisations est, dans le meilleur des cas, fort réduite.

Par ailleurs, de plus en plus de cliniques sont la propriété de grandes surfaces commerciales, épiceries ou pharmacies de grandes tailles. La clinique est sise à proximité du commerce, pour des raison de commodité. En quittant la clinique, de plus en plus souvent, une prescription à la main, il n’y a que quelques pas à faire pour se retrouver au comptoir des ordonnances. Intéressant, diront certains, car on ne perd pas de temps. Préoccupant diront d’autres, car ces cliniques fonctionnent essentiellement selon un modèle sans rendez-vous. On oublie l’idée du suivi du patient comme le permet un médecin de famille et en ce qui concerne la promotion d’une approche préventive en santé, il faudra carrément repasser!

Notre système de santé, autrement, un livre publié chez BLG convie le lecteur à être bien conscient de ces changements de fond qui marquent l’organisation et l’offre des services de santé au Québec, mais sans se cantonner dans la seule dénonciation et le pessimisme, ouvre sur des actions concrètes, permettant de changer la donne, l’engagement citoyen par les coopératives.

De St-Étienne-des-Grès à St-Camille, en passant par le cas très urbain d’Aylmer, dans la ville de Gatineau, l’ouvrage expose des cas où des individus ont décidé d’être acteurs du système de santé et non simples spectateurs ou plaignants. Ce sont des citoyens qui mettent la main à la pâte, consultant leurs concitoyens, rassemblant les forces vives du milieu, et travaillant en concertation avec des professionnels de la santé dans un cadre coopératif.

En s’ouvrant aussi sur d’autres expériences dans la santé, basées sur le modèle coopératif (Saskatchewan, Belgique, Japon), le livre démontre qu’il n’y a pas une fatalité d’accepter le système comme il l’est, mais plutôt des opportunités pour la société civile de s’investir et jouer un rôle actif dans la définition et l’organisation des services. Révolutionnaire? Depuis près de 30 ans, l’Organisation mondiale de la santé s’évertue à répéter qu’il s’agit plutôt d’un facteur clé de réussite des systèmes de santé de première ligne. En d’autres mots, dans notre système de santé, on peut trouver de tout, mais il faut aussi avoir de la démocratie!

Autres textes sur les coopératives de santé.

La coopérative de santé

Jonquière Médic

Coopérative de santé Aylmer Lucerne.

Un médecin récalcitrant.

http://raymondviger.wordpress.com/2006/12/15/les-aines-du-japon-et-les-vieux-du-quebec/

http://raymondviger.wordpress.com/2006/06/23/guide-dintervention-aupres-dune-personne-suicidaire

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Studio de santé

Studio de santé
Chantal Racine, Office de la protection du consommateur
Vol 15-2, Déc 2006 
Dossier Protection du consommateur

Avec la venue de l’automne, vous songez peut-être à améliorer votre condition physique ou votre apparence en vous inscrivant à des cours d’aérobie ou en suivant un régime alimentaire particulier? Avant de signer un contrat avec un commerçant exploitant un studio de santé, tel un centre de conditionnement physique, un centre de musculation ou une clinique d’amaigrissement, il est important de bien s’informer afin de faire un choix éclairé.

Un établissement en règle

Le commerçant qui désire exploiter un studio de santé doit être titulaire d’un permis délivré par l’Office de la protection du consommateur, renouvelable tous les deux ans. Ce permis ne garantit aucunement la compétence et l’honnêteté du commerçant. Il vous assure uniquement que celui-ci a versé un cautionnement à l’Office, qui servira à vous indemniser totalement ou partiellement, en cas de faillite ou de fermeture de l’entreprise.

Prenez donc la précaution de vérifier si l’établissement qui vous intéresse est bel et bien titulaire d’un permis de l’Office de la protection du consommateur. Pour ce faire, consultez le Profil du commerçant, un service d’information accessible en tout temps dans son site Internet (opc.gouv.qc.ca). Vous pourrez aussi savoir si l’Office a déjà reçu des plaintes à l’endroit de ce commerçant au cours des deux dernières années.

Un contrat conforme

Les studios de santé offrent des services à exécution successive, c’est-à-dire des services échelonnés sur plusieurs jours, plusieurs semaines ou plusieurs mois, moyennant rémunération. Des dispositions de la Loi sur la protection du consommateur concernant les entreprises de services à exécution successive réglementent spécifiquement les contrats conclus avec les commerçants exploitant des studios de santé. Ainsi, pour s’assurer de conclure une bonne affaire, il est important de lire attentivement toutes les clauses du contrat écrit qui vous est proposé.

Un contrat signé avec un studio de santé doit contenir les renseignements suivants: vos nom et adresse, ceux du commerçant, le lieu et la date de la signature du contrat, la description des services offerts, la date à laquelle vous commencerez à bénéficier des services, l’adresse où ils seront fournis, la durée du contrat, le nombre d’heures, de jours ou de semaines sur lesquels seront répartis les services et le taux ou le tarif à l’heure, à la journée ou à la semaine (le même pour toute la durée du contrat). Doivent aussi y figurer le total des sommes que vous aurez à débourser pour les services prévus au contrat, les modalités de paiement et toute autre mention prescrite par règlement.

Les studios de santé ont l’obligation de vous fournir un contrat dont la durée ne peut dépasser un an. Votre paiement doit être perçu en au moins deux versements sensiblement égaux et réclamés à intervalles réguliers.

L’achat de biens vendus par un studio de santé

Le commerçant ne peut vous obliger à acheter chez lui un appareil ou du matériel dont vous aurez besoin dans le cadre des activités prévues à votre contrat principal. Cependant, si vous décidez de faire l’achat d’un bien auprès de ce commerçant, ce dernier doit vous remettre un contrat écrit lorsque le coût de votre achat est supérieur à 100$. Outre vos coordonnées et celles du commerçant, ce contrat accessoire doit contenir des renseignements précis: le lieu et la date de sa signature, la description du matériel que vous désirez acheter, le prix comptant de chaque article et les taxes applicables, le total des sommes que vous devez débourser et toute autre mention prescrite par règlement.

Annuler un contrat: la règle du 1/10

Vous pouvez annuler un contrat avec un studio de santé sans qu’il vous en coûte quoi que ce soit si vous n’avez pas commencé à recevoir les services (par exemple, une séance d’aérobie) ou que vous n’avez pu encore avoir accès aux locaux. Cependant, si vous avez commencé à profiter des services ou des installations, vous ne pouvez mettre fin à votre contrat que dans un délai plus court à 1/10 de la durée totale du contrat, à partir du moment où le commerçant rend ses services ou ses locaux disponibles. Dans ce cas, le commerçant ne pourra vous réclamer comme pénalité un montant supérieur à 1/10 du prix total prévu au contrat.

À titre d’exemple, vous avez signé un contrat pour faire du conditionnement physique dans un studio de santé pendant dix mois, moyennant un coût total de 400$, incluant les frais initiaux. Vous commencez votre entraînement le soir même. Vous pouvez donc résilier votre contrat (y mettre fin) n’importe quand pendant le premier mois et le studio ne peut vous réclamer une somme supérieure à 40$. Retenez que ce montant ne s’ajoute pas à ce que vous avez déjà payé; il représente le maximum que le commerçant peut exiger de vous, incluant le montant que vous lui avez déjà versé. Après le délai prévu à la loi, seule une entente à l’amiable avec le commerçant pourrait vous permettre de mettre fin à votre contrat et de récupérer, peut-être, une partie de votre argent.

Renouveler un contrat

Par ailleurs, si vous êtes satisfait des services offerts par votre studio de santé et que vous souhaitez renouveler votre abonnement, sachez que le commerçant peut, à certaines conditions, vous offrir de renouveler votre contrat pour une période n’excédant pas un an. Ainsi, vers la fin du contrat en cours, mais avant son expiration, le commerçant doit vous expédier un avis écrit vous faisant part de son offre de renouvellement et indiquant la durée, le coût total et les modalités de paiement du nouveau contrat proposé. Le contrat sera renouvelé si, avant l’expiration de votre contrat initial, vous avisez le commerçant par écrit de votre acceptation.

Pour plus d’information visitez le site Internet de l’Office de la protection du consommateur

Autres textes Protection du consommateur concernant les cartes de crédit:

Taux promotionnel CIBC VISA et fausses représentations

Quand l’argent des cartes de crédit disparaît de la circulation

Fausses représentations des cartes de crédit

Carte de crédit et taux usuraire

Dépassement de la limite autorisée

Endettement sur carte de crédit

Canadian Tire devient une banque et une carte de crédit

Ressources protection du consommateur

Office de la protection du consommateur du Québec
Montréal: 514-253-6556
Québec: 418-643-1484
Partout au Québec: 1-888-OPC-ALLO (1-888-672-2556)

Option consommateurs
Montréal: 514-598-7288
Numéro sans frais: 1-888-412-1313

Protégez-vous

Rédaction
courrier@protegez-vous.ca
2120, rue Sherbrooke Est, bureau 305
Montréal (Québec) H2K 1C3

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicide Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 4,95$.
Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.editionstnt.com/Livres.html
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Capteur de rêves

Capteur de rêves
écrit par Kim Auclair, Vol 15-2, Décembre 2006

Jeune, j’aimais gérer des projets et j’aimais apprendre, mais je n’avais jamais pensé être une entrepreneure dans l’âme. Je n’avais jamais réalisé que c’est grâce à ces qualités que j’ai pu avancer aussi rapidement dans mon cheminement professionnel. Mes premiers mentors m’ont appris à développer ces qualités.

Je les ai connus par Academos, un site Internet qui permet de développer des relations avec des travailleurs d’un domaine professionnel qui nous intéresse. Ensuite, je les ai rencontrés en personne. Ce sont des perles rares qui croient en moi.

Un de mes mentors a été un graphiste qui a su me guider dans le réseau professionnel et me conseiller sur l’orientation de ma carrière. Il y a deux ans, c’est lui qui m’a incitée à me lancer en affaires.

Il y a eu aussi un entrepreneur forestier qui, ayant mis sur pied sa propre entreprise, m’a guidée dans mes démarches administratives, pour mon plan d’affaires, et m’a orientée vers de bonnes ressources. Mes mentors m’ont permis de comprendre de ne jamais avoir peur de contacter la personne la plus susceptible de répondre à mes besoins.

À titre de jeune entrepreneure, je dois me rappeler que la plupart des gens d’affaires aguerris ont tendance à faire preuve de générosité, d’empathie et de simplicité lorsqu’il s’agit de partager leurs connaissances et de prodiguer de précieux conseils aux jeunes entrepreneurs dynamiques. Je peux alors discuter avec eux librement et exprimer mes besoins en toute confiance.

Le mentor idéal

Un bon mentor, me permet de demeurer optimiste et d’adopter une attitude positive. Plusieurs de mes mentors ont une façon toute personnelle de me faire voir les choses différemment devant les obstacles rencontrés.

Au-delà de ma première impression, je suis invitée à juger si la situation serait différente si je cherchais une solution plutôt que de m’attarder à ne voir que l’embûche. Cette façon de voir me permet de réagir positivement et d’éviter que la situation ne s’aggrave.

Le mentor idéal m’oblige à voir la réalité en face. Mes mentors m’assurent que, des erreurs, j’en ferai comme ils en ont fait. L’expérience s’acquiert en apprenant de ses erreurs!

Ce mentor me fait accepter le risque comme une réalité de tous les jours et avec laquelle je devrai vivre en tant qu’entrepreneure. Il m’évite également de paniquer à la première difficulté et il m’encourage à adopter de belles valeurs, comme l’honnêteté.

Rêver en couleurs?

Il m’arrive d’être démotivée par des personnes prétendant que je rêve en couleurs, incapables de reconnaître mes capacités d’entrepreneure et refusant d’accepter mon choix d’entrepreneure. Les bons mots d’un mentor me permettent alors de remettre les pendules à l’heure, c’est-à-dire de m’encourager et de me stimuler.

J’ai eu la chance d’être soutenue par des mentors passionnés qui ont fait toute la différence dans ma vie! Le cybermentorat est en grande partie responsable de mes rencontres avec eux. J’ai eu accès à des mentors spécialisés qui habitaient loin de chez moi. Si vous cherchez un mentor, tentez l’expérience.

Je profite de cette occasion pour remercier tous mes mentors!

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/09/le-benevolat-un-tremplin-pour-le-travail/

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/02/donner-aux-autres-apprendre-sur-soi/

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/19/les-prisonniers-de-linstitut-leclerc-remercient-leurs-benevoles/

http://raymondviger.wordpress.com/2007/01/06/dvd-pour-la-promotion-du-benevolat/

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quand-un-homme-accouche-roman-cheminementQuand un homme accouche. Roman de cheminement. Le personnage principal accouche de son enfant intérieur qui devient son ami et son thérapeute tout au long du roman. Ce livre est le premier d’une trilogie qui a été reprise dans L’amour en 3 Dimensions. 9,95$

Disponible Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
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Une forêt contre le tsunami

Une forêt contre le tsunami
écrit par Patrick Alleyn, Vol 15-2, Décembre 2006

tsunami

«Nous avons protégé la forêt et elle nous a protégés.» Des villageois pauvres du sud de l’Inde racontent comment un projet de conservation de la nature les a sauvés du tsunami et sortis de l’extrême pauvreté.

Tamil Nadu, Inde — Nous traversons en chaloupe l’immense forêt marécageuse de Pichavaram, dans le sud de l’Inde. On s’y faufile à travers des canaux, guidés par Nagamuthu, un jeune membre de la tribu Irula. Pichavaram est une mangrove, c’est-à-dire une forêt d’arbres poussant dans l’eau salée et la boue, au bord d’un océan tropical. Dressés, tels des araignées, sur leurs dizaines de racines crochues leur servant de tronc, ils valsent au gré de la houle, réduisant ainsi jusqu’à 90% de l’énergie des vagues. Dans les régions tropicales soumises aux cyclones et ouragans, la nature a heureusement créé cet efficace système de défense des rives.

«Le jour du tsunami, les habitants des villages de Pichavaram ont aperçu trois vagues gigantesques au-dessus de la mangrove, raconte Nagamuthu. Ils ont eu le temps de s’enfuir, car les arbres ont ralenti la violence des vagues. La marée géante a emporté les bateaux, mais sans détruire les maisons. «Un village voisin, situé à la même distance de la mer, mais non protégé par la forêt, a, lui, été dévasté», fait remarquer le pêcheur qui dirige notre barque.

Le tsunami du 26 décembre 2004 a été l’une des pires catastrophes naturelles de l’histoire. L’immense raz-de-marée, provoqué par un tremblement de terre dans l’océan, a fait 280 000 morts dans plusieurs pays d’Asie. «Mais à Pichavaram, nous avons protégé la forêt et elle nous a protégés», conclut Nagamuthu, non sans fierté. Et non sans raison.

patrick alleyn

Gardiens de la forêt
Nagamuthu coordonne depuis 1996 un vaste projet de sauvetage des arbres de la mangrove de Pichavaram. Il était à peine âgé de 17 ans quand des biologistes marins de la Fondation Swaminathan, un organisme scientifique indien, ont débarqué dans son village à la recherche d’un meneur. Ils voulaient mobiliser les villageois pour enrayer la dégradation de la forêt après les coupes «sélectives» d’arbres, autorisées par le gouvernement dans les années 1970.

«Nagamuthu était le seul habitant du village sachant lire et écrire. Nous voulions transformer les habitants pauvres de la région en gardiens de la forêt, en leur démontrant que son reboisement allait améliorer leurs revenus», expose Selvam, le directeur de ce projet à la Fondation Swaminathan.

«Les gens ici sont très pauvres. Pour combler leurs besoins de base, ils coupaient les arbres ou faisaient brouter sans contrôle leurs animaux autour de la mangrove, des pratiques néfastes pour son écosystème», poursuit Selvam. Avec un financement de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) et du Centre de recherche en développement international (CRDI), deux organismes du gouvernement canadien, les scientifiques indiens ont démarré le chantier environnemental à Pichavaram.

Les villageois ont planté des arbres et, pour les alimenter d’eau fraîche, creusé des canaux. «Des pans entiers de la mangrove ont repris vie. Sous les arbres, les crevettes, les crabes et les poissons se sont multipliés. La pêche est devenue abondante», se rappelle le père de Nagamuthu.

patrick alleyn

Pour protéger l’environnement, les scientifiques croyaient qu’il fallait d’abord combattre la pauvreté dans ces villages isolés. Ainsi, les villageois cesseraient les activités nuisibles pour la forêt, mais aussi se mobiliseraient contre tout projet du gouvernement ou de riches investisseurs pouvant la menacer.

La Fondation a donc construit une école. «On s’est aussi battu devant les tribunaux pour faire reconnaître aux membres de la tribu Irula leurs droits comme population indigène discriminée en Inde. Ainsi, des places devaient leur être réservées dans les collèges», rapporte le biologiste.

Et le jeune Nagamuthu d’enchaîner: «Aujourd’hui, les gens de mon village conseillent le ministère des Forêts, et nous avons reçu le mandat de patrouiller la mangrove pour dénoncer toute coupe illégale.»

Le modèle de Pichavaram — gestion de l’environnement par les communautés pauvres elles-mêmes — a ensuite été reproduit pour la protection d’autres mangroves en Inde. C’est aussi un modèle promu de plus en plus dans le monde, en particulier par les Nations unies, pour protéger les écosystèmes en péril — forêts, rivières, terres agricoles… Car, les pauvres sont toujours les premières victimes de la destruction de l’environnement.

patrick alleyn

«Quand j’étais enfant, les hommes du village ne portaient que des caleçons qu’ils achetaient usagés au marché!», se souvient Nagamuthu. À 8 ans, je devais conduire les chèvres au champ. Je voyais les enfants d’autres villages se rendre à l’école. De moi-même, j’ai décidé de m’y inscrire. Mais, à 13 ans, j’ai dû retourner dans la mangrove pour pêcher. Sans filet ni bateau, j’étais expert pour attraper les crabes à mains nues!» rigole-t-il. Nagamuthu poursuit maintenant des études par correspondance en sociologie.

Destruction d’une protection naturelle
L’impact du tsunami de 2004 aurait été bien moindre si les humains n’avaient pas détruit les mangroves, estiment les spécialistes du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

En effet, plus du tiers de ces écosystèmes côtiers a disparu depuis 20 ans, pour céder la place à des hôtels, des routes ou des bassins d’élevage de crevettes. Souvent dans ces «fermes» à crevettes, les riches investisseurs abandonnent les installations après quelques années à peine, une fois la terre contaminée. Jetés au chômage, les habitants pauvres se retrouvent sans aucune ressource dans un champ de boue et de sel.

Le soir tombe. Nagamuthu nous presse de rentrer, car les filets des petits pêcheurs se dresseront bientôt sur le parcours de notre barque. «Le tsunami a créé auprès des gouvernements un intérêt nouveau pour les mangroves, constate le scientifique Selvam. Mais, je crains que cet intérêt ne s’estompe à mesure que le tsunami s’effacera des mémoires.»

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/23/de-la-guerre-a-la-rue/

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/23/traumatismes-de-guerre/

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/22/reflet-de-societe-a-la-sierre-leone/

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/22/chaudrons-et-ak-47-a-13-ans/

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/23/de-la-guerre-a-la-rue/

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/23/traumatismes-de-guerre/

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/22/reflet-de-societe-a-la-sierre-leone/

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/22/enfants-soldats-de-la-guerre-a-la-rue/

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Si Kimveer avait écouté du jazz ?

Si Kimveer avait écouté du jazz ?
écrit par Louise Girard, Vol 15-2, Décembre 2006

heavy metalLa bête a refait surface dans les médias en septembre dernier alors que Kimveer Gill a appuyé sur la gâchette en écoutant du heavy métal. Comme d’habitude, les médias ont parlé d’un des nôtres uniquement parce qu’il a fait un mauvais coup.

Oui, la communauté métal existe vraiment. Les amateurs de heavy métal se reconnaissent grâce à leur chevelure, à leurs t-shirts de groupes, à leurs logos, à leurs décorations argentées, aux crânes, flammes, serpents, araignées, chauves-souris, loups et aigles qui ornent leurs vêtements, puis aux tatouages qui décorent leur peau. Sur la planète métal, les frontières n’existent pas. Si bien qu’en voyageant de par le monde, d’une ville à une autre, ils finissent par se reconnaître et à se rassembler grâce à leurs affinités. Or, l’habit du métalleux typique est seulement une carapace. Ce qui unit ces personnes, c’est d’abord l’amour de la musique.

Une musique sous-estimée

Le heavy métal est une musique variée, technique et, pour plusieurs, incompréhensible! Que du bruit, disent souvent les non-initiés! Et, pourtant, le talent et la dextérité de plusieurs musiciens métal est comparable au génie des musiciens classiques et jazz. Les amateurs, quant à eux, sont des mélomanes, des collectionneurs, des mordus! Eux-mêmes, ils sont musiciens, artistes et écrivains dans leurs passe-temps. Ce sont des passionnés.

Les fans de métal sont rarement seulement des fans. Ils sont souvent dans un groupe ou bien ils sont impliqués dans une émission de radio, un webzine, organisent des spectacles, créent des courts métrages, dessinent. Ils rêvent de vivre dans le monde du rock comme leurs idoles. J’invite d’ailleurs tous les curieux à visionner le documentaire Metal — A Headbanger’s Journey, de l’anthropologue et fan de métal, Sam Dunn, qui offre un reflet réaliste et honnête de notre mode de vie.

Les pochettes des albums métal sont parfois de style gore et sanglant. Souvent, ces images ne sont que des dessins de nos peurs ou des caricatures de notre société dans la même veine que les films d’horreur.

Vous voulez voir du gore? La une de La Presse était bien plus dégueulasse le matin du 14 septembre, surtout pour déjeuner! Elle était vraie, la photo de cet enfant qui gisait dans son sang, en plein milieu du boulevard Maisonneuve à Montréal. En vente dans tous les bons dépanneurs!

Rarement, des experts du style écrivent et commentent l’actualité métal dans les médias de masse. Alors, un lot de clichés reviennent toujours. Les médias ne devraient pas chercher à nous comprendre, mais simplement essayer de nous connaître. Nous sommes des êtres humains à part entière. Pas plus fous, pas plus bêtes, pas plus sombres… peut-être juste un peu plus réalistes.
Il n’est pas normal que les journaux artistiques rapportent chaque escale de Dobacaracol en France, alors que personne n’est là pour mentionner que Neuraxis a joué au Japon et que Cryptopsy revient d’une tournée européenne! Les groupes québécois se font remarquer actuellement et se font même signer sur des étiquettes de disques étrangères. La scène locale est plus en santé que jamais!

La musique métal comprend plusieurs sous-genres, ce qui prouve qu’il y en a pour tous les goûts: le power métal, le black, le death, le grind, le thrash, etc. Ils ont tous leurs particularités, tant par rapport à leurs textes, à leur look, qu’aux instruments utilisés. Les formations varient entre le traditionnel quatuor (chanteur, batteur, guitariste, bassiste) et le grand orchestre (opéra avec violon, piano, accordéon, guimbarde, etc.).

louise girard

Trame sonore quotidienne

Revenons à Kimveer… Dans les jours qui ont suivi sa mort, les médias ont tout de suite trouvé le filon: il écoutait du métal! Les médias ont donc parlé des goûts musicaux de ce disjoncté et ils ont aussi mentionné qu’il aimait bien le coca-cola… A-t-on fait un lien entre la noirceur de ce breuvage et les actes qu’il a commis? Un coup parti, il auraient pu indiquer quelle était le type de détergeant qu’il utilisait pour nettoyer son linge noir!
Oui, j’ai déjà fredonné les paroles de la chanson «À tout le Monde», de Megadeth, avec cette envie d’en finir avec une situation de ma vie personnelle, mais aussi après avoir réussi à me libérer d’un fardeau, une larme de satisfaction au bord de l’œil. Souhaiter la mort, c’est seulement souhaiter la mort d’un aspect de notre vie, de notre condition… Ce n’est pas littéralement de mettre fin à la vie. Quand la mort sonne à notre porte, c’est le temps des changements! Je crois qu’il faut alors se donner le droit, en tant qu’être humain, d’être en constante mutation, en constante évolution, d’être à l’écoute de nous.

Combien de femmes ont pleuré en écoutant «Hélène» de Roch Voisine? Qu’est-ce que George Bush écoute avant d’envoyer les soldats au front? Quels étaient les goûts musicaux de Marc Lépine? Le père de famille sans histoire qui, du jour au lendemain, décime sa famille au complet, écoutait-il Cité Rock Détente au boulot? D’un côté plus positif, est-ce qu’on sait ce que fredonnent Tiger Woods et Saku Koivu en jouant à leur sport favori? Les effets de la musique sont multiples, mais, personnellement, je crois que c’est la condition de chacun qui pousse à appuyer sur «play». La musique est énergie, mouvement, libération, introspection… Ce qui me choque, c’est que, si Kimveer avait écouté du jazz, jamais les médias n’auraient parlé de ses goûts musicaux. Le heavy métal est une musique comme les autres, de la création, un exutoire.

L’auteure est la fondatrice du magazine
Sang Frais (www.sangfrais.com).

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 4,95$.
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Un père veut aider son fils

Un père veut aider son fils
Témoignage de Tom

Je suis un père de famille. Mon garçon est dans le trafic. C’est une expression que j’ai inventée pour dire qu’il vit des difficultés, qu’il s’est isolé dans un monde parallèle, qu’il s’est coupé des ressources qui pourraient l’aider.

Je n’ai pas le goût de vous décrire son mode de vie qui empoisonne sa vie ou faire son procès. Ce que je peux cependant partager aujourd’hui, c’est ce que je vis dans cette relation. Ou, plutôt, dans l’absence de relation avec mon garçon.

Il ne répond plus à mes téléphones. Je passe chez lui régulièrement, il n’est pas là. Je ne sais plus comment le joindre. Les rares fois que j’ai la chance de le croiser, je sens qu’il est gêné de me rencontrer, car il sait que je me rends compte où il est rendu dans sa vie. Cette honte empoisonne notre relation. Il préfère se débrouiller seul que de s’ouvrir à moi.

Je suis disponible pour l’aider. Je tente de l’aider. Mais, je ne peux rien faire s’il n’accepte pas mon aide et ma présence.

Le soir, je me retrouve seul à la maison. Je pense à lui. À cette aide que je voudrais lui offrir. Je ne cesse de pleurer en attendant qu’il m’ouvre sa porte. Je suis impuissant. Un père qui aime son garçon. Qui voudrait lui offrir ce qu’il y a de mieux. Comment survivre à cette impuissance?

J’ai demandé de l’aide. Pas pour mon garçon; il n’en veut pas et je ne peux rien faire de plus. J’ai demandé de l’aide pour moi. C’est moi qui vit de la colère, de la frustration et de l’impuissance. C’est moi qui suis en train de me tuer en attendant qu’il fasse un pas pour s’en sortir.

Parmi les ressources que j’ai trouvées, quelqu’un me parle de confier à Dieu le résultat. J’ai de la difficulté à le comprendre et à l’accepter. Confier à Dieu, je voyais ça comme abandonner mon garçon. Une façon de me fermer les yeux et de me déresponsabiliser vis-à-vis de mon rôle de père. Une façon d’oublier mon garçon, de tourner la page et d’aller m’amuser à vivre ma vie… sans lui.

Ce que j’en comprends maintenant est différent. Je confie à Dieu le résultat de mes interventions. Je continue de faire ce que je peux. Être disponible, cogner à sa porte, lui laisser des messages. Mais, les résultats, j’en suis impuissant. Comme père, je ne peux faire plus.

Il y a un bout de chemin que mon garçon doit faire seul. Je ne peux le faire pour lui. Dans mes prières, je ne demande pas à Dieu que mon garçon utilise les outils que je lui offre. Je lui demande qu’il trouve ses outils qui seront bons pour lui, même si ces outils doivent m’exclure de sa vie pendant un certain temps.
Confier à Dieu les résultats n’est pas passif en soi. Je continue de me questionner. Qu’est-ce que je peux faire pour l’aider? Est-ce que j’ai fait ce que j’ai pu? Alors, le résultat ne m’appartient plus. Je dois faire confiance à mon garçon et à la vie.

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l-amour-en-3-dimensions-roman-cheminement-humoristique-croissance-personnelle L’amour en 3 dimensions. Roman de cheminement humoristique. Pour dédramatiser les événements qui nous ont bouleversés. Pour mieux comprendre notre relation envers soi, notre entourage et notre environnement. Peut être lu pour le plaisir d’un roman ou dans un objectif de croissance personnelle.

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Mère un jour, mère toujours

Mère un jour, mère toujours
écrit par Martine, Vol 15-2, Décembre 2006

relais familleÇa fait plus d’un an que je n’ai pas vu mon garçon. Aux dernières nouvelles, ma sœur l’avait vu au centre-ville au coin d’une rue en train de vendre de la drogue. Je suis partie à sa recherche. Je suis revenue complètement bredouille de ma chasse au trésor. Je me disais: «Bon Dieu, faites qu’il se retrouve avec les bonnes personnes. Faites qu’il soit encore en vie.»

J’ai une conversation avec une amie. Un acte criminel s’est produit quelques jours auparavant. Elle me demande comment je réagirais si mon fils était impliqué? C’était clair pour moi que je ne pouvais le savoir sans l’avoir vécu.

Fin janvier 2006, je m’installe devant le téléviseur pour écouter les nouvelles. La première image que je vois est celle de mon fils. Il est activement recherché pour meurtre au premier degré.

Sous le choc, je me dis que je suis en train de vivre le pire cauchemar, celui que je redoutais le plus. Est-ce le ciel qui vient de me tomber sur la tête? En tentant de garder mon sang froid, je mets tout en branle pour le retrouver.

L’amour inconditionnel

Pour le moment, juste de penser qu’il peut être impliqué dans ce genre d’affaires m’angoisse. Je suis une mère, et quand on est une mère on doit aimer nos enfants inconditionnellement. Ce soir-là, malgré moi, j’ai su comment je devais réagir.

Je ressentais beaucoup d’impuissance. J’ai pris mon courage à deux mains. J’ai appelé un journaliste pour lancer un appel en direct à la télévision, pour qu’il se rende aux autorités.

En faisant des téléphones, je réussis à lui parler. Sous le choc et en larmes, il me dit: «Mam, j’ai rien fait… Excuse-moi!» Je lui ai dit: «Je sais, tu n’as pas besoin d’en dire plus, je sais… Tu es encore mon gars et je t’aime… Je veux t’aider, fais-moi confiance.»

Une jeune femme de 17 ans y a laissé sa peau. Elle aurait pu être ma fille. Je ressens une profonde tristesse. Je sors de ma bulle lorsque la sonnerie du téléphone retentit pour la millième fois. J’entends mon gars me dire: «Mam! La police encercle la maison, il faut que je me rende.» J’ai senti la peur et la panique dans sa voix… J’aurais tellement voulu être près de lui. Mais, il fallait que j’accepte la situation. Après avoir raccroché le téléphone, je ressens un grand vide.

Le procès

Puisqu’il est à l’extérieur de la ville, il est transféré à Montréal pendant la nuit. La nuit et la fin de semaine la plus longue de ma vie. Sans nouvelle de lui, le lundi matin, je me rends au palais de justice de Montréal pour assister à sa première comparution devant un juge.
Arrivée sur place, je ne me sens pas à l’aise dans ce milieu. C’est la première fois que j’y mets les pieds. Une vingtaine de journalistes à l’affût de la moindre information s’y retrouvent. Les yeux rivés sur moi, ils sont déjà en train de me photographier. Je ne peux me cacher.

Je me rappelle que je suis là pour mon fils. Je ne veux pas être une victime dans cette affaire. Je ressens des sentiments contradictoires: impuissance, colère, peur et la hâte de revoir mon fils. Je veux que, malgré tout, il sente que je l’appuie. Je suis donc allée m’asseoir dans la salle d’audience.

Quand je vois ce grand gaillard de six pieds et quatre entrer par la porte des accusés, une vague de tristesse et d’amour m’envahit en même temps. Je me dis: «C’est mon gars, mais, qu’est-ce qu’il fait là? C’est tellement surréaliste que je ne comprends pas. Mais regarde-moi, je suis là!» Son regard croise le mien. J’ai senti chez lui une profonde tristesse et une grande honte. J’imagine qu’il se demande ce que je fais là, encore une fois!

Pourquoi ?

Je suis la mise en accusation tant bien que mal. Mon regard fixe mon garçon. Je me demande pourquoi? Il plaide non coupable à l’accusation de meurtre au premier degré. Je sors de la salle. Je me retrouve entouré de journalistes qui voulaient avoir une entrevue. Même que certains me disent pouvoir m’aider. Comme si c’était moi qui avais besoin d’aide.

Étourdie par le flash des caméras et les propos discordants, je m’enfuis par la porte de sortie qui se trouve devant moi. Dure réalité. Je sens que tout cela fait maintenant parti de ma vie, et pour toujours. Alors, mieux vaut vivre avec l’idée que je ne resterai pas dans l’anonymat. Mais, quel triste combat!

Pourquoi ne pas m’en servir positivement? Je prends la décision d’appeler un journaliste et d’offrir une entrevue exclusive sur une chaîne de télé qui a toute ma confiance. En parlant au journaliste, je lui dis que j’ai un message à livrer et que j’ai aussi des condoléances à offrir à la famille de la victime. L’entrevue a eu, sur le moment, un effet thérapeutique.

Je n’ai pas à m’isoler ou à me cacher. Comme parent, je sais que j’ai fait de mon mieux pour élever mon enfant. Loin de moi l’idée de dire que je suis parfaite. Il n’y a personne de parfait. La vie l’a poussé à faire de mauvais choix. Est-ce que ma vie s’arrête là? Mon rôle auprès de mon fils est différent, à mes yeux. Il n’est jamais trop tard pour qu’il prenne le droit chemin. Je garde plein d’espoir. Si ça prend un tel drame pour y arriver, je l’assumerai jusqu’au bout. Mère un jour, mère toujours.

Prendre notre enfant dans nos bras

Il est détenu dans un centre à Montréal. Je vais le voir à l’occasion. On a aussi des échanges de lettres. On a des rencontres riches en émotions. Malgré la vitre qui nous sépare, on se sent plus proches que jamais.

Ma plus grande peine, c’est de ne pas pouvoir le prendre dans mes bras. Après neuf mois de détention, il est en attente de son enquête préliminaire qui aura lieu au mois de décembre.

En attendant, il se concentre sur son cours par correspondance pour terminer son secondaire 5. Il fait des démarches pour s’inscrire à un cours de musique. Je suis tellement fière de lui. Il fait un beau cheminement et il a les deux pieds sur terre. Comme il me dit, «quand tu sors de ton état de choc, ça fait mal de réaliser ce qui s’est vraiment passé. Je me suis mis les deux pieds dans les plats et je vous ai tous entraînés là-dedans. Je le regrette. Mon seul souhait serait d’avoir la fille devant moi, de la prendre dans mes bras et de lui demander pardon. Je sais que c’est impossible. J’aurai à vivre avec ça sur la conscience toute ma vie. Elle est là la vraie punition.»

La suite des choses

Chacun de notre côté, on se prépare psychologiquement à la suite, c’est-à-dire à l’enquête préliminaire et au procès qui va suivre. Cela va être long et pénible pour nous tous de voir ressortir la nouvelle. Je sais que ce sera très médiatisé.

Avec le temps et avec tous les efforts que je vois qu’il fait pour se garder la tête hors de l’eau, je garde espoir qu’il va s’en sortir grandi et qu’il pourra toujours compter sur sa famille pour l’appuyer.

Depuis le début, je peux compter sur l’appui de mes amis et sur celui de l’organisme Relais Famille, qui aide les familles qui ont un proche qui est détenu. Je me sens moins seule. J’y retrouve des intervenantes formidables et dévouées. J’y trouve aussi des femmes qui vivent la même chose que moi. C’est merveilleux d’arriver à un endroit où tu ne ressens aucun préjugé et où tu peux parler de cette épreuve sans retenue. Chaque fois, j’y retrouve une famille. Le plus beau, c’est qu’elles offrent aussi un programme nommé Machinabulles, adapté aux enfants. Sans ce support, je ne tiendrais pas le coup.

Chaque jour, je me lève en me disant que j’ai une mission à accomplir: parler de mon histoire à ceux que je rencontre. Du même coup, j’aide les gens à s’exprimer à leur tour et à trouver les bons mots pour exprimer haut et fort leurs émotions.

Mon but est de faire tomber les préjugés à l’égard des parents des détenus. Nous ne sommes pas la cause de leurs gestes et surtout pas les victimes de leurs actes. Je veux que, aux yeux de tous, les jeunes qui ont fait de telles gaffes aient droit à une seconde chance.

relais famille

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/19/les-prisonniers-de-linstitut-leclerc-remercient-leurs-benevoles/

http://raymondviger.wordpress.com/2006/08/25/linstitut-leclerc-sexprime/

Textes sur la famille.

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